Je lance ici un appel : où peut-on trouver du stockfisch à Lyon ?
Le stockfisch, c'est le cabillaud, l'églefin ou le lieu noir, non salé et séché à l'air libre. A ne pas confondre avec la morue verte, salée et non séchée, que l'on ne trouve pratiquement pas en France mais plutôt au Portugal et dans le bassin méditerranéen -ni avec la morue sèche, salée et séchée, beaucoup plus courante.
Stockfisch = "bâton-poisson" : les filets de stockfisch sont durs comme du bois, ils mesurent entre 60 et 80 cm, ils doivent être préalablement attendris avec un maillet, puis trempés dans l'eau claire pendant plusieurs jours avant d'être cuisinés.
Les meilleurs stockfisch viennent des îles Lofoten, en Norvège, juste au-dessus du cercle polaire. La technique de séchage n'a pas changé depuis l'antiquité. Les cabillauds (Gadu Moruha) sont péchés à la fin de l'année, période où ils délaissent les eaux froides pour aller déposer leurs oeufs au large des côtes norvégiennes (c'est l'époque où le cabillaud frais prend le nom de Skrei, une autre merveille culnaire dont je parlerai une autre fois). La matière première doit être de toute première qualité, le plus petit défaut se révélant désastreux lors du séchage. Sitôt péché le poisson est vidé de son sang, il est ouvert, éviscéré et subit diverses opérations de découpage (tête, nageoire caudale...). Les filets sont alors suspendus par deux, liés par la queue, le ventre orienté au nord, pour un séchage à l'air libre qui dure environ 3 mois, entre février et avril, période où les conditions climatiques sont optimum.
A cause de sa haute teneur en protéines les Vikings avaient fait du stockfisch leur principal aliment, mais aussi un excellent moyen d'échange dans toute l'europe du nord. A la fin de l'époque médiévale la Ligue Hanséatique détenait le monopole de son commerce. Une page du Ménagier de Paris prouve qu'il était connu dans la capitale dès le 14ème siècle. Mais l'histoire de l'arrivée du stockfisch sur les tables italiennes est passionnante. Les premiers documents italiens décrivant le stockfisch ont été publiés à Venise en 1559. Il s'agit d'un récit de voyage, entrepris par un navire marchand parti le 25 avril 1431 de Crête et échoué après de multiples avaries le 6 janvier 1432 sur l'île de Roest, au large des côtes norvégiennes. Les quelques survivants de ce périple, affamés, transis de froid, devront la vie sauve à un cabillaud séché trouvé sur une plage déserte. Ils seront ensuite recueillis par les pêcheurs de cette île qui leur communiqueront leur méthode de conservation du poisson, avant de rentrer à Venise le 14 mai de l'année suivante où l'un d'eux écrira le récit de son épopée. C'est ce récit, publié en 1559 qui fera connaître à Venise l'existence du stockfisch. Mais les eaux vénitiennes étaient riches en poissons de toutes sortes, et le stockfisch n'éveilla pas tout de suite la curiosité des vénitiens. C'est le Concile de Trente qui contribua à sa diffusion, et notamment le décret sur les jours maigres. On peut d'ailleurs se demander si les motivations de ce décret ne furent pas essentiellement commerciales. Les historiens racontent que lors du Concile de Trente se trouvait un certain Olaf Mansoon, archevêque de Uppsala en Suède. Ce dernier, après avoir latinisé son nom en Olao Magno, avait publié et fait distribué à tous les archevêques présents un ouvrage intitulé Historia delle genti e della natura delle cose settentrionali dans lequel il décrit abondamment le stockfisch. L'histoire raconte aussi qu'il aurait fait venir du stockfisch de son pays et l'aurait fait préparer et servir lors d'un repas réunissant tous les archevêques. Le 4 décembre 1563 fut publié le décret imposant à toute la chrétienté de ne pas consommer de viande ni de gras les vendredi et les jours "saints". Dès lors les marchands vénitiens prirent la route du Nord et Venise devint la plaque tournante pour le commerce du stockfisch dans toute l'europe du sud.
L'autre grande région du stockfisch était la Ligurie. Depuis la brandade nîmoise jusqu'à la morue à la Vincentina, en passant par toutes les variantes portugaises, la plupart des recettes applicables à la morue peuvent être adaptées au stockfisch, et inversement - et nombre d'entre elles sont des recettes de stockfisch adaptées à la morue salée. Actuellement, on en trouve encore facilement dans toute l'europe du nord ainsi qu'à Venise, où il est appelé baccalà (que ne ferais-je pour une simple tartine de Baccalà mantecato accompagnée d'un verre de Toccai du frioul !), à Gènes, et dans toute l'Italie. En France il est courant à Nice, où il est l'ingrédient de base du fameux stoficado niçois, une sorte de ragoût puissant de stockfisch mijoté avec tomates, oignons, ail, pommes de terre, et olives noires, excellent avec un Coteau de Bellet blanc. Un autre grand classique est l'estofinado rouergat, qui réunit stockfisch, pommes de terre, ail, crème, oeufs et huile de noix. Mais malheureusement pour nous, s'il a remonté le Lot jusqu'en Aveyron, le stockfisch semble avoir boudé le Rhône et la Saône...
Edgar
PS : je tiens la plupart de mes informations de l'ouvrage italien Baccalà e Stoccafisso all'italiana, de Giampiero Rorato (ed. Dario de Bastiani). Ce livre contient à peu près 80 recettes italiennes de stockfisch que je me suis amusé à traduire et que je tiens à la disposition de qui me les demandera.

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