Enfant, l’une de mes passions était de suivre mon grand-père dans son potager pour l’arrachage des premières pommes de terre. A peine avait-il soulevé la plante à l’aide de sa triandine que je fouillais la motte de terre pour récupérer les chapelets de petits tubercules blonds. Et quelle fierté j’ai ressenti lorsque pour la première fois il m’a demandé d’aller seul les ramasser. J’avais enfin le droit de manier la triandine « comme un grand ». Je conserve depuis cette époque le gout d’arracher les pieds de patates, toujours impatient de découvrir quel trésor ils peuvent cacher. Surtout lorsqu’il s’agit des pommes de terre nouvelles, qu'une simple pression entre le pousse et l’index suffit à peler. Lorsqu’on les mange à peine sorties de terres, elles développent un délicieux goût sucré de noisette. Il faut les cuire le plus rapidement possible après les avoir ramassées pour qu’elles révèlent toutes leur saveur. Et surtout, il ne faut pas les peler. Pour moi la meilleure est la « BF15 ». Mais elle devient difficile à trouver de nos jours, la « délicatesse » l’ayant évincé. Justement on commence à la trouver sur les marchés. Celles que je préfère sont les plus petites que je trie dans la cagette avec la complicité gourmande de mon producteur de Turins. Lui aussi tient la passion de cette culture de son père à qui j’en achetais déjà. Hier soir ce fut mon plat unique (il se suffit à lui-même). Je les rince à peine, les essuie bien et les mets simplement à rissoler dans uns cocotte en fonte avec de l’huile d’olive et du beurre. Une fois n’est pas coutume, pour le reste, le dosage de la température, le temps de cuisson et l’utilisation d’un couvercle, je laisse faire ma femme. Elle a, elle aussi, une très solide culture familiale de la pomme de terre nouvelle et sait comme personne, les rider, les faire caraméliser et leur donner ce moelleux si particulier. Pendant ce temps, je prépare, pour accompagner ces trésors, l’indispensable salade verte (du clergeon c’est la saison) avec une pointe d’ail frais. Ce fut une soirée mémorable ! Au fait, je ne vous ai pas dit tout le plaisir que j’ai ressenti l’été dernier lorsque j’ai vu mes filles à quatre pattes dans le potager au pied de la triandine de leur grand-mère qui arrachait des rattes.
Julien
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