Ce week-end, à l’apéro, autour d’une très jolie bouteille de rosé du domaine Zelige caravent, nous avons eu une discussion serrée qui sied particulièrement bien au rosé pour savoir s’il est possible d’apprécier une œuvre littéraire ou artistique indépendamment de la personnalité de son auteur. En clair, peut-on encore apprécier une œuvre si son auteur est un salopard. Je n’ai pas l’intention de vous résumer ci-dessous ce débat qui n’avait rien d’épicurien. Simplement, il faisait suite à une petite après-midi de dégustation en terre de Pic saint loup, très beau terroir des coteaux du Languedoc dont les conclusions rejoignaient notre débat.
Notre première visite était pour le domaine Zelige Caravent. Un petit coup de fil sur le téléphone portable laissé par le viticulteur et celui-ci d’apparaitre en bleu de travail et en sueur au volant de son petit tracteur. Même s’il y a beaucoup de travail en ce moment à la vigne, dopée par une météo idéale, Luc Michel s’accorde une pose pour nous recevoir dans l’ancienne maison de ses grands parents. C’est d’ici qu’est parti le domaine, 3ha dont la vendange était livrée à la coopérative et que Luc Michel à l’occasion d’une reconversion professionnelle a entrepris d’exploiter pour son compte avec 5 autres hectares acquis par la suite. La passion n’a pas manqué et ne manque manifestement pas chez ce viticulteur qui se contente, aime t’il à dire avec humilité, d’accompagner la nature. Unviticulteur qui aime l’échange qui écoute le gouteur avant de lui donner toutes les clés de son vin.
Parlons-en justement de son vin. Le rosé, celui de notre apéritif, produit en petite quantité pour les besoins de la famille et des copains, est de couleur assez sombre et montre une belle vinosité. De quoi se réconcilier avec cette couleur. La première cuvée en rouge est « jardin des simples » un vin déjà sérieux mais qui se laisse boire sans façon. La deuxième cuvée, baptisée « velvet », est mon coup de cœur avec ses tannins déjà policés et ses arômes de fruits murs qui n’en finissent plus. Les deux autres cuvées « fleuve amour » et « nuit d’encre » (une cuvée presque expérimentale à base d’alicante) sont d’un profil très sudiste avec des tannins marqués et beaucoup d’exubérance. Des vins que le temps devra assagir. Une belle rencontre avec un vigneron et ses vins à forte personnalité.
Notre périple nous conduit ensuite au Clos Marie où, bien que débarquant à l’improviste, nous sommes sympathiquement accueilli par le viticulteur Christophe Peyrus qui parfait notre connaissance du terroir local. Dommage que peu de vins soient mis en bouteille et que nous n’ayons pu goûter que la première cuvée en rouge et la cuvée Manonen Blanc. Celle-ci est d’une belle fraicheur gourmande. Nos pérégrinations nous ont ensuite conduit aux domaines du Mas Bruguière et de l’Hortus. Et là, changement de décor !
Nous sommes accueillis, certes gentiment, mais pour entendre réciter la fiche technique des vins à la vente. Ilmanque de toute évidence ce supplément d’âme qui nous aurait permis d’apprécier cette visite à la juste qualité des vins dégustés. Car si je n’ai pas accroché avec la gamme du Mas Bruguière et certaines cuvées du domaine de l’hortus, j’ai été sous le charme de la grande cuvée 2007 de ce dernier tout en fraicheur et finesse loin des canons habituels des vins de ce secteur. Et alors ? me direz vous, pour en revenir à notre controverse apéritive. Ben rien, le vin est bon indépendamment de la personnalité de son auteur mais s’il a une personnalité riche et partageuse c’est tant mieux. Ce n’est pas pareil pour une œuvre d’art ?
Julien
http://www.zelige-caravent.fr/
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