Je ne sais pas si vous avez noté, en glissant un œil dans les cuisines de nos restaurants lyonnais, la présence de commis ou stagiaires japonais. Espionnage industriel ? Main d’œuvre de qualité ? Je n’en connais pas les raisons. Mais rendez vous compte que certains d’entre eux, bravant les préjugés, se sont émancipés de leurs maîtres français pour faire, sous leur propre nom, de la cuisine française. Et ils poussent le toupet jusqu'à l’accommoder avec force wasabi et autres sauces soja.
Ainsi Katsumi Ishida d’ « En mets fait ce qu’il te plait » dont il faut bien admettre que depuis longtemps il nous régale de produits de qualité transcendés par des cuissons millimétrées. Ou encore « L’ourson qui boit » aux allures de troquet de quartier qui cache une créativité débridée. Mais connaissez-vous le dernier installé dénommé « Au 14 Février » ? Décidément, en adoptant la France, nos amis cuisiniers nippons sont passés maîtres dans l’art de se trouver un nom. Si j’ai bien compris, celui-ci tient au fait que le propriétaire a créé un premier établissement dans le village de Saint-Valentin (Indre) et choisi la date de la fête des amoureux comme enseigne. Et c’est sous cette même enseigne qu’a ouvert tout récemment le deuxième établissement, aux confins de Saint-Jean et Saint-Georges, saints qui sont autrement plus sérieux que le patron des amoureux.
C'est bien le ton qui est donné quand vous poussez la porte de ce petit restaurant d’une douzaine de tables. Vous n’arrivez pas dans un bouchon lyonnais. Le décor est léché à la limite du maniéré. L’accueil est digne des restaurants les plus étoilés. Ici l’ambition est clairement de tendre vers le parfait et les plus grands. Le ton est aussi donné par le menu. Vous ne vous prendrez pas la tête, vous n’avez pas le choix : ce sont deux menus dégustation qui se déclinent avec un nombre de plats différents et bien sûr des prix différents : 35 ou 52 euros. Le serveur s’inquiète tout de même de vos éventuels allergies ou dégoûts pour aménager, si besoin était, les plats proposés. Mais vous ne découvrez ceux-ci qu’une fois servis.
Alors que mange-t-on ? Tout d’abord, si j’ai bien compris, jamais vraiment la même chose. Le chef compose son menu en fonction des produits du jour. Et c’est une belle performance qu’il réussit le soir où j’y ai diné. Je ne vais pas vous assommer avec la description de tous ces mets parfaitement associés que vous ne retrouverez pas forcément si l’envie vous prenait de vous y rendre. Pour vous mettre quand même l’eau à la bouche, je pourrais vous dire que j’ai adoré les ris de veau poêlés servis dans une crème de potimarron et accompagnés de cèpes, chanterelles et autre shiitake eux aussi poêlés dont le goût se trouve rehaussé de manière incroyable par un caramel de café. Aussi cette sublime confiture de citron au poivre japonais qui accompagnait une lotte saisie au jus de tomate au chorizo. Bref de la belle ouvrage, la cuisine est ici chose sérieuse.
Peut-être trop ? Par quelques interstices il m’a été permis d’apercevoir le chef s’affairer avec ses baguettes pour les cuissons, découper les viandes et autres poissons avec la précision d’un orfèvre, tout cela avec l’énergie de la passion. J’aurais peut-être apprécié une ambiance plus décontractée, moins « grande maison », mais la cuisine était vraiment séduisante ce soir-là. Je chipote. En tout cas une adresse qui confirme que la cuisine Lyonnaise s’ouvre au levant.
Julien
Au 14 février
6, rue Mourguet
69005 Lyon
04 78 92 91 39
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