Bon alors je m'y colle. Samedi, avec les deux autres auteurs de ce blog, nous avions prévu une escapade dans le beaujolais, pour préparer une future dégustation autour du seul cru de fleurie (les tours de morgon et chirouble viendront). L'idée était de passer chez quelques vignerons que nous connaissons et aimons, et d'en découvrir d'autres, pour proposer une séance à l'aveugle à d'autres comparse, sans doute autour d'un repas solidement constitué de cochonnailles. En route donc le matin, avec au départ l'idée de rentrer assez tôt. Que quelques goûteux imprévus ont contrarié...
Première étape, au domaine de la Grand' Cour, dont nous avons déjà parlé ici, autant pour les vins que pour le vigneron, Jean-Louis Dutraive, intègre et généreux. Il nous attend avec un saucisson sec assez rustique, un saucisson à l'ail cuit dans le paradis, et quelques fromages du coin. Cela accompagne d'abord quatre crus différents. La Part des grives, un vin élaboré sur le tard, avec ce qu'il reste dans les vignes en octobre ou novembre, parce que les vendangeurs ont oublié ces grains, ou parce que ces raisins n'étaient pas murs alors. C'est d'une fraîcheur ! Une acidité qui vous met un petit coup de trique sur les papilles, comme une croquée de verjus. A l'aveugle, difficile d'imaginer un gamay du Beaujolais. On croirait un Jura. Suivent les Clos 2007, puis le même en vieille vigne 2008, sans filtration, très bon au nez comme en bouche, fruité, sur la fraise. Puis le climat Champagne, dont nous avions parlé ici. L'article de l'époque serait tombé entre les mains des responsables du contentieux de l'inter-profession champenoise qui cherchent du coup des noises aux Beaujolais : ce climat (un terme bourguignon que l'on pourrait traduire par lieux-dit, avec dans le terroir des caractéristiques très précisent, qui marquent un vin) existe depuis longtemps, mais ils voudraient le voir remettre en cause. C'est vrai, des fois qu'on confondrait un blanc de blanc avec un gamay rouge de fleurie... Ce Champagne là est fruité, encore réservé cependant, mais avec une matière prometteuse.
Nous en sommes là lorsque débarquent dans le chais Yves Métras, que nous avions prévu de visiter mais qui ne nous avait pas rappelé. Et Julie Balagny, qui s'installe en fleurie après avoir fait des choses superbes en costières de Nîmes (lire). Nous glissons alors vers un chais en pente douce où Dutraive nous fait goûter sur fût des cuvées de l'an passé, et sur cuve le vin de cette année, qui vient juste de terminer ses fermentations alcooliques. C'est toujours un moment émouvant. Celui-ci présente des couleurs soutenues, inhabituelles, prometteuses. Beaucoup, en Beaujolais, disent que ce millésime sera exceptionnel, qu'il rejoindra au moins 1947. C'est bien d'attendre que le vin se fasse avant d'aller goûter, pour éventuellement confirmer.
Alors qu'une partie de la troupe vigneronne part pour un mâchon dans les vignes, nous continuons notre mission. Avec le domaine de la Madonne, qu'aucun de nous ne connait, mais dont le très souvent pertinent Rouge et blanc, revue intègre, exigeante et goûteuse, disait récemment le plus grand bien. C'est le fils qui nous reçoit, Arnaud, qui exploite depuis peu ses propres vignes, et vinifie toujours chez son père. Nous goûtons donc les deux domaines. Le jeune homme est timide, comme inquiet de nos dégustations. Les vins sont très droits. Notamment le 2008 de la Madonne, nom d'un autre climat de Fleurie (que les services contentieux du Vatican n'en prennent pas ombrage). Le grille-midi, autre terroir, est plus surprenant, assez grillé au nez, sans être passé en fût. Epicé, avec aussi de la griotte. Puis les vins du Domaine du Niagara, celui du fils, sont assez austères, en réserve, prometteurs cependant. Le 2006 commence déjà à gagner en rondeur. Mais on est à l'exact opposé d'un primeur. Il faut attendre un peu ces vins. La dernière cuvée est plus décontenançante. Passée au fût, elles propose des notes giboyeuses, épicées, et pourrait passer à l'aveugle pour un vin de la vallée du Rhône.
Nous rejoignons ensuite le domaine du Prion, tenu par un jeune vigneron à la carrure de rugbyman, et aux yeux pochés de... vigneron. Encore un gars visiblement sensible, attentif, qui se situe dans la lignée des Marcel Lapierre, Dutraive et autre Yves Métras. Ceux qui ont tenu à retrouver les vinifications à l'ancienne, à l'école de Jules Chauvet. A rebours des vins chimiques, technologiques. Sa Madonne 2008, sur des vignes de 50 à 60 ans d'âge, explique-t-il, renvoie quelques notes de réduction qui disparaissent à l'aération. Un beau vin naturel, qui ne triche pas. Mais nous tombons ensuite sous le charme de son moulin à vent soyeux, qui malheureusement n'aura pas le droit de concourir. Et sur une drôle de cuvée, "brute de cuve" : un vin resté un an en cuve, puis mis en bouteille sans filtration. Un vrai vin de soif qui ne donne qu'une envie, lorsque le verre est vide : le remplir sans dommage.
L'après-midi avance, nous sommes déjà en retard sur nos prévision, mais décidons de rejoindre les vignes d'Yves Métras, où se tenait tout à l'heure le mâchon. Nous voulons goûter ses vins avec de repartir. Las, le mâchon n'est pas fini. On nous fait place à table, dans une sorte de hangar emménagé, et le piège se referme. En vrac, parce que ce n'est pas l'objet de cette note, et que le moment est presque privé, nous goûtons un très bon pâté, des délicieux pupillins, des vins d'Ardèche et de Fleurie. En parlant de mousserons, de poulets, de saucisson et de hyènes... Et en découvrant le paradis de Métras : le vin qui a achevé ses fermentations alcoolique et va entrer dans les malolactiques. Des arômes à tomber, avec des notes que les anciens connaissaient à ce stade de la fabrication du vin, et que les promoteurs d'un beaujolais nouveau trop facile ont cherché à reproduire pour proposer des vins au goût de chewing-gum. Puis une autre cuvée. Yves Métras explique ce qui l'a mené au vin. Normalement, il serait temps de repartir. On y va ? Un dernier verre, une bouchée de ce pâté...
Olivier.
Une trés belle journée en effet au cours de laquelle j'ai été frappé de la sensibilité à fleur de peau de tous ceux qui ont eu la gentillesse de nous recevoit.
Et que dire de leurs vins, tous délicieux, tous différents mais tous bien Fleurie.
A cent lieux des stéréotipes bêtement véhiculés sur le Beaujolais.
Julien
Rédigé par : Julien Charnay Rousset | 12/10/2009 à 13:04
"La dernière cuvée est plus décontenançante. Passée au fût, elles propose des notes giboyeuses, épicées, et pourrait passer à l'aveugle pour un vin de la vallée du Rhône."
Ca arrive (malheureusement) de plus en plus
Cool vos commentaires sur les bons vignerons de fleurie : personnellement, plutôt que le machon, je serai allé courir chez Mme Chagny sur la place centrale de fleurie pour aller une fois de plus manger ses pigeons et ses grenouilles qui comme elle le dit, n'ont jamais vu la glace...
Les meilleures dégustations, c'est chez elle que je les ai faites, elle a absolument tout ce qui se fait de meilleur en beaujolais (ou presque)
Rédigé par : sborgnanera | 12/10/2009 à 17:54
@ Julien : Totalement d'accord et toujours très touché comme toi par cette sensibilité, qui s'exprime de façons d'ailleurs différentes d'un vigneron à l'autre.
@ sborgnanera : Pour ma part, pas mécontent d'avoir opté pour le mâchon : même quand un restaurant a tous les vins et une bonne table (atouts qu'il faudra tester une autre fois), je préfère encore découvrir les vins avec leurs auteurs.
Bonne soirée à tous. Olivier.
Rédigé par : Olivier | 12/10/2009 à 21:49
Quant à moi je l'avoue, je n'avais encore jamais mis les pieds à Fleurie, et jusqu'à ce jour très peu de Fleurie avait coulé au fond de mon gosier... je compte bien désormais rattraper mon retard.
Pas grand chose à ajouter à la fidèle narration d'Olivier. Plusieurs impressions resteront dans ma mémoire. Tout d'abord la dégustation sur fût, chez Jean-Louis Dutraive, de la cuvée de l'année à venir, l'impression délicieuse et troublante de goûter au fruit défendu, bref de commettre un pécher... Est-ce la raison pour laquelle la Madonne 2008, du domaine du Prion, m'a semblé tout d'abord plus austère. Il faut croire cependant qu'elle nous a rapidement pardonné notre pécher. Tout comme ses vins, au premier contact Sylvain Chanudet, du domaine du Prion, m'a paru sur sa réserve, puis très vite la confiance s'est établie et ses deux dernières cuvées, Moulin à vent et "brute de cuve" m'ont définitivement conquis. Un autre plaisir de cette journée fut la rencontre de Yves Metras, de son "Paradis", et de Julie dont j'adorais les Costères de Nîmes... Le paradis, les prochaines productions de Julie, beaucoup de plaisirs en perspective...
Rédigé par : Edgar | 14/10/2009 à 23:13