Invité hier soir, je devais apporter le vin. Je m’étais renseigné sur le menu : porc aux poireaux. Un plat délicieux, très lentement mijoté, aux saveurs mêlées (dont il faudra que je vous donne la recette un jour) et qui appelle plutôt le vin blanc. Prévoyant que cette couleur ne ferait pas l’unanimité, je m’orientais vers un rouge aux tannins souples qui ne se castagne pas avec le cochon. Le Volnay, dont on dit qu’il est féminin, devrait lui être un bon compagnon. Féminin, tient, ça me rappelle mon amie Christelle, à qui un jour, alors qu’elle me servait du volnay, je dis, dans un réflexe bêtement pavlovien, « Volnay vin féminin ». Et la donzelle de me foudroyer du regard croyant que je traitais son vin de « vin de gonzesse ».Comme s’il était dans mes habitudes de recourir à ce genre de formule ! Surtout en matière de vin ! Il me fallu argumenter sur le champ qu’il n’y avait pas d’offense mais au contraire compliment pour un vin dont la réputation est la douceur et la finesse. Verre en main la passionaria fut vite convaincue par la bouteille du domaine Devevey toute en franchise et naturel qu’il n’y avait pas misogynie de ma part. Ma première rencontre avec le Volnay a été, en compagnie de ma douce, chez la mère Brazier, à l’époque ou Jacotte officiait encore derrière les fourneaux. La bouteille, un simple village de la maison Jadot, m’avait séduit par sa finesse et sa suavité qui s’accordaient à merveille avec la célèbre poularde de mi-deuil. L’appellation méritait d’être creusée. Vous imaginez que depuis, je m’y emploie régulièrement chaque fois que les opportunités se présentent. Je découvrais d’abord que l’appellation comporte des premiers crus aux jolis noms de taille pieds, les brouillards, Champans, Caillerets….et que justement, un des petits producteurs de bourgogne chez qui j’avais mes habitudes, le domaine Buisson Charles, en avait un du nom de Santenots. Il n’était pas du genre à décourager ma soif de connaissance de l’appellation, bien au contraire, ce vin droit, goutu et de belle fraicheur. Aussi je ne fis ni une ni deux lorsque, à la lecture d’un article, je découvrais que, selon leurs termes si je me souviens bien, un « ours mal léché », du nom de Jean Pierre Charlot en faisait de délicieux en village et en premiers crus au domaine Joseph Voillot. J’organisais de toute urgence une expédition en direction de son antre. Je ne suis pas prêt d’oublier cette rencontre. Sous ses faux airs bougons se cache une personnalité riche et très sensible dont je ne dirais pas qu’elle est toute féminine de peur de passer un mauvais quart d’heure lorsque je retournerais voir cet artiste au physique de rugbyman. Quelle élégance il y a dans ses vins, très purs, aériens même, comme une ballerine. C’était justement son village vieille vigne de 2007 qui a compté fleurette au fameux cochon et ses poireaux. Et celui-ci s’en est amouraché dans un dernier soupir.
Julien
Cher Julien, si en plus tu écris aussi bien que tu cuisine, il ne nous reste plus qu'à boire! (ton vin?)
Très joli papier
Christel
Rédigé par : christel | 05/03/2010 à 12:51