Souvent, lorsque le vin n’est pas la culture de départ d’un vigneron, l’origine s’accompagne d’un mythe fondateur. Pour Eric Pfifferling, c’était au début des années 70. Il avait une dizaine d’années. Son père, mécanicien, tenait un garage dans un petit village du Gard, à côté de Tavel. Un jour, un bourdonnement lui fait relever la tête. Un essaim d’abeilles venait d’élire domicile sous le toit de l’atelier. On appelle les pompiers pour le décrocher et le père et le fils regardent l’intervention, également fascinés. Quelque temps plus tard, le paternel installe une ruche à côté du garage, avant de revendre ce dernier, en 1976, pour devenir apiculteur...
Dans le village, son grand-père maternel, paysan en retraite, a entrepris de redresser les vignes abandonnées d’un arrière-grand-père. Quatre hectares disséminés sur quatre ou cinq parcelles, sur le vieux terroir de Tavel. A sa mort, une tante propose à Eric de reprendre le domaine. Il accepte. Son univers olfactif sera passé de l’huile de vidange au vin, en transitant par le miel. Il donne d’abord son raisin à la coopérative de Tavel, avant de commencer à vinifier en 2002. Se sent alors de nouveau éleveur, travaille du vivant. Il laboure ses vignes, limite les traitements au cuivre et au soufre, se prive de ce dernier dès qu’il le peut. Il récolte ensuite le raisin avec le souci de garder le fruit intact. Les équipes vendangent en caissettes transportées jusqu’au chai en camion frigorifique. Il faut que les fermentations démarrent avec une matière assez froide pour que le raisin travaille doucement et que le froid favorise certaines levures, plus subtiles. Les grappes sont versées entières dans les cuves saturées de gaz, elles ne sont pas foulées. La fermentation, dite carbonique, commence alors à l’intérieur même des baies. Une technique apprise de vignerons beaujolais.
Chez Pfifferling, dans ce pays trop ensoleillé, cela donne des vins digestes, pleins de fruit, de fraîcheur. Avec une trame enchanteresse. Une matière pleine et soyeuse, épanouie, qui vous tapisse la bouche. Ses vins s’arrachent désormais, il semble lui-même épanoui, veut que les gens qui travaillent avec lui soient heureux, parce que cela doit bien se sentir quelque part dans le vin. Il entraîne à présent de jeunes comparses, essaime à son tour.
Olivier
C'est magnifique !
Rédigé par : look at this | 18/10/2012 à 14:57