Parlons crus - Bruno rêvait d’avoir un jour un bout de vigne à lui, pour y faire son vin. Mais il n’était pas fils de vigneron, n’avait pas les moyens de s’acheter des terres dans cette presqu’île de Saint-Tropez où il travaillait pour un petit domaine. Jusqu’à ce qu’un jour un berger lui cède son vallon, pour le sauver de l’urbanisation. Bruno Seignez est alors devenu propriétaire et le plus dur commençait : créer de toutes pièces un vignoble sur une colline...
A côté du domaine qui l’employait, il y avait un joli vallon. Des pins, des chênes-lièges, une rivière, une source, un sol de micaschiste. Le Val d’Astier, où vivaient alors un berger, Marcel, et ses moutons. Mais la retraite approchant, ce dernier avait peur que son vallon, terre paysanne de sa famille depuis sept générations, devienne un lotissement réservé pour des estivants. Alors il a proposé à Bruno de le lui racheter, moyennant un prix raisonnable. Ils ont topé et Bruno Seignez est devenu propriétaire de 35 hectares à deux pas de Saint-Tropez.
Il a défriché une partie de la forêt, à flanc de colline, pour faire des terrasses et planter 18 cépages, qu’il mélange dans certaines parcelles afin de les vinifier ensemble. Les premières années, avec Ellen, ils ont vécu dans une caravane sur le terrain. En attendant que la vigne ait poussé, ils vivaient des légumes et des plantes aromatiques qu’Ellen cultivait et vendait dans la baie, par une Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). L’ancienne serveuse s’est révélée dans ce travail et ses légumes s’arrachent, dans une région où l’on paie souvent à prix d’or des produits importés.
Pour faire sa cave, Bruno a d’abord récupéré un semi-remorque accidenté. Puis il s’est construit un petit caveau que la source, au fond, rafraîchit naturellement. Il vinifie en revanche à l’extérieur, dans une multitude de petites cuves en inox, certaines refroidies par ruissellement. Il développe un grand nombre de cuvées, en rouge, blanc et rosé, et les vend depuis peu dans des bouteilles qui ressemblent un peu trop à des flacons de parfum.
A l’intérieur heureusement, le vin reste assez simple, pas trop démonstratif, bien droit. Parmi les crus, un rosé délicieux, vif, aux arômes discrets, à base de grenache, carignan, cinsault et tibouren (un cépage local). Désormais les clients sont nombreux à emprunter le chemin défoncé qui mène à ce vallon de bout du monde où Ellen fait pousser ses légumes et ses herbes entre les rangs de vigne. Souvent, l’après-midi, lorsque le soleil écrase tout, un homme vient, se glisse sous une remorque et s’endort. C’est Marcel, l’ancien berger, venu faire une sieste sur ses terres sauvées.
Olivier
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