Suite des chroniques qui sortent un peu par rafales, comme le ketchup quand on secoue la bouteille, dirait un élu lyonnais. Celle-ci était passé au moment du beaujolais nouveau, d'où l'attaque un peu décalée aujourd'hui. Elle raconte une bande dessinée que je vous recommande fortement, Les Ignorants, d'Etienne Davodeau...
Cela commence un matin d’hiver par la taille. Et soudain la vigne envahie de brume est tellement là que l’on sent le froid se glisser sous les vêtements, l’humidité qui gagne. On attraperait un rhume juste en lisant. Puis défilent tous les travaux lents de la vigne. Le soc qui fouille entre les ceps au moment du décavaillonnage (le labourage entre les pieds). La délicatesse de l’ébourgeonnage. La liane qui s’entortille au moment du palissage (lorsqu’on l’étend sur les fils de fer, pour qu’elle s’aère et mûrisse). Puis le moment particulier de la récolte, quand le vigneron est entouré et solitaire. Pendant la vendange si gaie, si sensuelle, il n’est plus que stress, anticipation, confronté à d’innombrables choix à faire dans ces quelques jours où se joue sa saison.
Quelques chapitres évoquent d’autres moments en suspension. Lorsque l’un des collaborateurs du critique américain Robert Parker fait un aller-retour express pour venir déguster les vins de Leroy, sans échanger. Il s’isole au fond du chai pour murmurer quelques commentaires dans un dictaphone, ne veut pas prendre le temps de grimper voir les vignes. Ou encore le traitement en biodynamie, lorsque le vigneron et son compagnon dessinateur pulvérisent au petit matin une solution faite d’eau de source dans laquelle on a «dynamisé» de la bouse de vache ayant séjourné dans une corne enterrée plusieurs mois dans la terre. Le dessinateur doute, le vigneron n’explique rien. Répète seulement ce miracle cent fois entendu : on peut se demander quel fou a imaginé une telle recette, pourquoi elle fonctionnerait, reste que tous ceux qui essaient disent que cela change tout. C’est très subjectif, en conclut l’auteur. Mais tout est subjectif dans le vin, lui répond le vigneron.
Olivier
(1) «Les Ignorants», Etienne Davodeau, Futuropolis, 272 pages, 24,50 euros.
Immersion très réussie dans ces 2 mondes, pleine d'excellentes références.
A consommer sans modération !
Rédigé par : Sabine Robert | 16/12/2011 à 11:48