La soirée a commencé fort avec le torse bombé de la musique d’Alberto Ginastera et de Manuel de Falla. Anticipant cette débauche d’énergie sonore, et pour tenir tête à ces matadors, j’avais ressorti du fond de ma cave un barbare œnologique. Il se dit qu’en matière d’énergie ce Saperavi 2008 de la maison Pheasant's Tears n’en manque pas. C’est, parait-il, son mode d’élevage particulier qui lui donne cette énergie toute particulière pour ne pas dire tellurique.
En effet, en Georgie, son pays natal et berceau de la viticulture mondiale, les vins sont vinifiés et élevés en « qvevri », imposantes amphores qui sont enterrées et dont seul le col dépasse du sol. Comme
j’accueillais ce soir de concert le gratin du flamenco œnologique, j’avais, pour éviter tout faux pas, décidé la veille de déboucher la bouteille. A peine ai-je trempé mon nez dans le verre qu’immédiatement les plus immondes chiottes à la turc que j’ai pu croiser dans mon existence se sont bousculé dans mon souvenir. Une odeur de M…. comme je n’en avais encore jamais senti dans le vin. Pas de la petite réduction de chez nous ! Si ça c’est de l’énergie, elle vient du plus profond des entrailles. Il allait falloir trouver autre chose à mes altistes de la bouteille.
Au retour des mélodies hispaniques, et par acquis de conscience, je remets quand même mon nez dans ce vin. Et là, les latrines ont disparues pour laisser place à de généreux aromes de pruneaux un peu cuits signe d’un vin solaire et potentiellement fatiguant. Mais une petite lampée prudente révèle au contraire un vin d’une grande fraicheur, vibrant sur des arômes de terre cuite, de fumé, extrêmement complexe et…. énergique. Un vin d’un équilibre surprenant et d’une belle gourmandise qu’il faut vraiment découvrir. Nous avons dansé le Kartuli torse bombé toute la soirée.
Julien
Les altistes aiment les odeurs Turques, c'est bien connu ... En tout cas, c'était effectivement plein de vibrations telluriques, ce breuvage au nom poétique !
Rédigé par : Odile Bled | 17/12/2012 à 20:39