10/10/2007

Le Rhône, empoisonné par les PCB

ENVIRONNEMENT - Plus de vingt ans après les premiers signaux d'alerte, Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, installe ce mecredi à Lyon un «comité de pilotage» pour faire face à une pollution colossale. Le Rhône est profondément – et peut-être définitivement - souillé aux PCB, aussi appelés pyralène.

LES PCB, EN 10 POINTS : 1) La pollution 2) Les conséquences sanitaires 3) Qui sont les pollueurs ? 4) L'ampleur géographique de la contamination 5) Les conséquences économiques 6) Que fait la justice ? 7) Comment dépolluer ? 8) Des signaux l'alerte négligés 9) Et maintemant ?


1) La pollution
Pendant plus de quarante ans, des tonnes de poly-chloro biphényls (PCB) ont été rejetées dans le Rhône. Le fleuve est souillé de l’Ain à la Méditerranée, avec des trace plus en amont, jusque dans le lac Léman. En aval de Lyon, tous les affluents et une partie des plaines inondables seraient contaminés. Aussi appelées pyralène, les PCB servaient d’isolant dans les transformateurs, les joints mastic, les radiateurs à bains d’huile, les adhésifs, les papiers peints... Ces mollécules sont interdites depuis 1987, mais les stocks restent considérables (plus de 500.000 appareils selon la Direction de ressources énergétiques et minérales). Et c’est en les éliminant qu’une usine de Saint-Vulbas (Ain) a notamment rejeté dans le Rhône des tonnes de pyralène. D'autres sites sont concernés. Parfois de petits rejets sauvages, parfois de gros contributeurs, notamment dans la vallée du Rhône. Or les PCB ne se dégradent pas. Leur stabilité, aubaine pour les industriels, devient un cauchemar environnemental. Non-solubles dans l’eau, ils se déposent sur les sédiments, sont mangés par les poissons de vase, puis remontent la chaîne alimentaire. Alain Chabrolle, administrateur de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), parle d’un lit «beurré» aux PCB, aux endroits de moindre courant. Des poissons présentent des taux dix fois supérieurs aux limites consommables préconisées par l’Organisation mondiale de la santé.

2) Les conséquences sanitaires

Le Word wide fund (WWF) pointe en un «Tchernobyl à la française». La situation se rapproche plutôt de celle de l'amiante. Des mollécules produites en très grande quantité (1,2 milliards de tonnes dans le Monde selon l'Inra), pas de crise aigue mais des expositions durables. On ne connaît encore aucune victime. Mais «les PCB sont considérés comme une molécule cancérigène mutagène reproductible, explique le professeur Dominique Belpomme, président de l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac). Une partie se stocke dans les tissus graisseux et peut y rester longtemps, puis se libérer pour fabriquer un cancer. Ils expliqueraient certains cancers comme les lymphomes, des cancers du sein et de la prostate, et ont aussi des impacts sur la reproduction.» Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, tempère: «Ces risques concernent ceux qui consommeraient beaucoup de poissons. Quelqu’un qui mangerait un poisson du Rhône ne courrait aucun danger», exlique-t-elle à Libération. Justement, Hélène Blanchard, vice-présidente (Verte) chargée du dossier à la région Rhône-Alpes, demande «une étude épidémiologique sur les populations ayant consommé de grandes quantités d’aliments pollués, par exemple certaines communautés asiatiques et africaines de la région lyonnaise».

3) Quels sont les pollueurs ?

Il existe sans doute de nombreux contributeurs, et certains continuent, notamment à Saint-Vallier, au sud de Lyon. Mais un industriel  eux se retrouve particulièrement dans le collimateur pour l'instant: l’usine Tredi de Saint-Vulbas, en amont de Lyon. Spécialisée dans le traitement de déchets sensibles, elle a éliminé à partir de 1985 des milliers de transformateurs et condensateurs construits avec du pyralène. Jusqu’en 1992, elle avait le droit de rejeter dans le Rhône 1,5 kg de PCB par jour. Puis 500 grammes jusqu’en 1995, 200 grammes ensuite, jusqu'au printemps dernier. L’usine, qui appartenait à l’Etat jusqu’en 2002, n’a par ailleurs longtemps respecté aucune norme imposée. "Nous sommes une cible facile. Nous faisons partie des contributeurs, mais nous ne sommes pas les seuls et nous n'avons pas rejeté des tonnes", réagit un porte-parole de l'entreprise. Celle-ci a monté une cellule de crise et d'investigation. «Pour l’avenir, dit le préfet de région, il serait souhaitable que, dès que la gendarmerie ou la police sont informées d’une pollution industrielle, une information judiciaire soit ouverte rapidement par le procureur.» Pour le passé, les pollueurs risquent de passer entre les mailles du filet. Liens de causalité et responsabilités sont en effet très difficiles à établir lorsqu’il existe plusieurs pollueurs. L’Etat devrait assumer l’essentiel des coûts, qui s’annoncent colossaux pour la seule dépollution.

4) Ampleur géographique de la contamination L’interdiction de consommer du poisson du Rhône s’étend du barrage de Sault-Brenaz, dans l’Ain, jusqu’à la Méditerranée. Mais on a retrouvé des traces de PCB beaucoup plus haut, jusque dans le lac Léman (le Valais compte plusieurs industries concernées par les PCB). En aval de Lyon, tous les affluents et une partie des plaines inondables seraient contaminés. «L’un des premiers objectifs du comité de pilotage va être d’établir un diagnostic partagé», explique Jacques Gérault, préfet de région. Plus de 850 mesures ont pour l’instant été effectuées et les sédiments sont en analyse à Lyon, les poissons à Nantes. Des carottages doivent ensuite déterminer les zones les plus contaminées. «Nous avons pour l’instant une cartographie statique, explique Nathalie Kosciusko-Morizet. Il faut désormais comprendre comment les PCB se déplacent, s’ils sont aussi stables qu’on le croit ou s’il y a une épuration naturelle.»

5) Les conséquences économiques

En attendant de connaître les coûts de dépollution, les conséquences concernent surtout la pêche. Depuis le 7 août, la vente et la consommation de poisson du Rhône sont interdites de l’Ain à la Méditerranée. Plus de 850 mesures ont été effectuées, les sédiments sont en analyse à Lyon, les poissons à Nantes, et des carottages doivent déterminer les zones les plus contaminées. Directement touchés, la quinzaine de pêcheurs qui vivaient sur le fleuve de la pêche en eau douce. Cédric Giroud, pêcheur professionnel qui avait demandé des analyses sur ses poissons, il y a trois ans, au moment de la grippe aviaire, a été le premier interdit de vendre sa pêche.La zone d’interdiction pourrait s’étendre à mesure des analyses. Les conséquences seraient alors lourdes si elle touchait la Camargue, l’embouchure du Rhône ou les zones irriguées par le fleuve. Le dragage sera également interdit dans les (nombreuses) zones de plus forte concentration,afin de ne pas remettre les PCB en suspension. Cela posera problème car le Rhône reste un fleuve navigué, dans lequel il faut régulièrement enlever les sédiments qui entravent le passage des embarcations.

6) Qu’à fait la Justice ?

«Nous avons enquêté dès que nous avons été saisis, répond Xavier Richaud, procureur de la République à Lyon. Une enquête préliminaire a été ouverte en 2005, à la suite d’un signalement, puis une information judiciaire ouverte après une première plainte déposée en février 2007 par la ville de Meyzieu, suivie par des collectivités locales et des associations. Avant 2005, nous n’avions eu aucune plainte ni remontée d’initiative d’organismes comme la Drire.» En réalité, une première plainte avait été déposée par la Frapna, en 1986. Sa médiatisation avait permis d’obtenir l’interdiction du pyralène l’année suivante.L’instruction n’avait en revanche débouché sur aucune mise en cause, même si Tredi était déjà pointé. Une quinzaine de plaintes sont à présent enregistrées. L’information, ouverte pour «déversement de substances nuisibles dans les nappes souterraines ou superficielles», pourrait quitter Lyon. Le parquet de Lyon a demandé le dépaysement du dossier vers le pôle de santé publique rattaché au trabinal de grande instance de Marseille.

7) Comment dépolluer ?

«Les PCB se stockant dans les sédiments, la seule façon de dépolluer est le draguage par bateaux spéciaux. Sur un fleuve comme le Rhône, c’est un chantier qui prendra plusieurs décennies», soupire Hélène Blanchard, vice-présidente régionale. Alain Chabrolle, de la Frapna, se montre bien plus pessimiste. «On sait aujourd’hui qu’on ne dépolluera jamais le Rhône», assène-t-il. Et Nathalie Kosciusko-Morizet confirme: «On ne pourra jamais enlever tout le pyralène, c’est impossible. Les quantités sont trop importantes. Comme les couches inférieures semblent plus contaminées, le fait de draguer le fleuve pour les traiter remettrait en outre en suspension les sédiments pollués». Que faire alors? «Choisir, selon les zones, entre le confinement et l’aspiration des sédiments, pour les dépolluer», répond Alain Chabrolle. Mais le militant de la Frapna ajoute: «On enrage car on a tiré la sonnette d’alarme il y a plus de vingt ans et l’on se retrouve avec un Rhône définitivement pollué».

8) Des signaux d’alerte négligés

Au milieu des années 80, un conseiller régional écologiste avait publié un livre blanc sur la contamination. Il s’agit de Christian Brodagh, actuel délégué interministériel au Développement durable. L’Inra avait aussi mené un programme de suivi de la pollution. Malgré cela, la prise de conscience publique est récente. «Les PCB sont interdits depuis vingt ans, mais les normes européennes ont baissé en 2006, ce qui fait que les poissons sont devenus des signaux d’alerte», explique la secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Alain Chabrolle, pour la Frapna, répond que «le principe normatif ne suffit pas. Aucun principe de précaution n’a été appliqué alors que (son organisation) demande depuis vingt ans l’interdiction des rejets directs de PCB.» L’alerte est finalement venue d’un pêcheur lyonnais, Cédric Giroud. Victime indirecte de la grippe aviaire (il n’arrive plus à vendre ses poissons à cause d’oiseaux touchés dans son secteur), il demande fin 2004 aux services vétérinaires d’analyser ses poissons. On ne trouve aucune trace d’H5N1… mais des doses impressionnantes de PCB.

9) Et maintenant ?

Le comité de pilotage qui se met en place ce matin sous la présidence de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie «va tenter de dégager un constat puis un plan d'action partagés. Il travaillera sur les origines de la pollution, sur son évolution, avant d’établir un programme de dépollution», explique Nathalie Kosciusko-Morizet. La ministre devrait par ailleurs annoncer ce matin la mise en place d’un observatoire national des produits organiques persistant dans les milieux aquatiques. Les associations écologistes attendent cela avec impatience. Elles pensent que le Rhône n’est pas le seul fleuve concerné en France. Et s’inquiètent notamment de l’état des estuaires de la Loire et de la Seine, et de certaines parties de la Moselle et du Rhin. OLIVIER BERTRAND et ALICE GERAUD

Commentaires

Une fois de plus, on observe les consequences que l'on va payer tres cher. Quand comprendrons-nous qu'il faut s'attaquer aux causes ...

Quelles conséquences cette pollution au PCB peut-elle avoir sur les humain pratiquand les activités d'eaux vives sur les bassins artificiels tels Sault-Brenaz et St Pierre de Boeuf(42), sachant que ce sont des sites ou il y a un courrant important?
Ne devrait-il pas y avoir plus d'informations destinées à ce genre de sites, sachant qu'il y a eu plusieur cas d'intoxication sur des pratiquants?
Comment avoir des informations générals sur la qualité de l'eau du Rhône et les risques humains encourus?

c'est proprement ecoeurant! pourquoi refait on toujours les memes erreurs? pourquoi ne peut on attaquer les gouvernements sous lesquels de tels actes sont commis?...

@Ludovic Champailler
Il n'y a pas de risques lorqu'on pratique des activités nautiques. En effet, les PCB ne sont pas sollubles dans l'eau. Ils se fixent dans les sédiments et par ingestion à haute dose de poissons contaminés dans les tissus graisseux de l'organisme. Les cas de contamination par voies respiratoires concernent des personnes ayant été en contact direct avec des émanations de pyralène (en usine ou suite à des accidents industriels).
LA RÉDACTION.

Voilà qui va remettre l'église au milieu du village. Les USA + gros pollueurs de la planète, serais grand temps de balayer devant notre porte. Les nappes phréatiques polluées par les lisiers, nos fleuves surchargés de pesticides et autres gâteries, les OGM, l'amiante, le nucléaire et j'en passe alors que nos verts sont + préoccupés par le droit des femmes ou des sans papiers que d'écologie. Je ne veux pas insinuer que ces combats soient inutiles, au contraire, mais D. Voynet s'est trop longtemps éparpillée. Co-responsable, la Suisse, j'habite Lausanne et les vaudois, ainsi que les genevois adorent se baigner dans le Léman et se gaver de perchettes, ombles et féras. Bizarrement ça ne m'a jamais attiré et je crains avoir eu raison. Alusuisse, L'industrie chimique, doivent également y aller franco. Je suis curieux de voir les réactions dans la presse locale. La connaissant (En Suisse la Presse est à 100% de droite,Radio et TV comprise, exception faite de une ou deux feuilles de gauche insignifiantes) ça va puer le noyage de poisson. Et les verts.ch.? Plus préoccupés à vouloir interdire les 4/4, les animaux dans les cirques, boycotter la tomate italienne qui soit disant pollue avec le transport pour protéger la production "du pays" insipide et qui se cultive hors sols, sous des tunnels en plastique et à grand coûts de saloperies chimiques. On est mal barrés.

Re...voilà plusieurs années que les services ornithologiques du Léman, constatent et s'inquiète de la diminution de la population des cygnes, qui apparemment ne se reproduisent plus....une piste ???

L'Etat français est vendu aux lobbies : amiante, sang contaminé, ethyl-glycol, alcool, bagnoles ... A chaque fois, des milliers d'entre nous meurent, toujours pris parmi les pauvres. A chaque fois qu'un scandale vient sur la place publique,un haut fonctionnaire perd sa prime de direction, et c'est tout.

ET L EAU EST ELLE POTABLE R.J.

@ raymond jean : Les PCB n'étaient pas solubles dans l'eau, ils polluent roches et sédiments sans souiller celle-ci.

Au risque de me faire hurler dessus, s'attaquer au gouvernements en place aux moments des faits ne sert à rien, le problème c'est l'homme en général, individualiste qui ne pense jamais à sa descendance. Eduquons nous, voilà la solution.

Bonjour,
Le MANDRIN est un nouveau (n°9 en vente actuellement)mensuel indépendant et satirique de la région de Valence et la vallée de la Drôme, vendu 1€.
1)Nous voudrions savoir quelle est l'entreprise qui rejette du pcb près de st Vallier et si elle en a l'autorisation? Si oui à quel niveau de rejet?
2) Il parait que la Norvège a dépollué du pcb,ses fjords il ya une dizaine d'années en draguant les fonds sur 50cm de profondeur. Des analyses sur l'impact sanitaire ont peut être été faites concernant l'absorption d'aliments irrigués avec de l'eau fortement polluée au pcb: avez vous des infos là dessus ou des contacts pour les avoir?
Cordialement
F.Commun

Même quand il y a une loi de voter, les applications se font attendre ou ne le sont jamais. Se souvenir des abeilles tuées par milliers suite à des produits de jardinage "inoffensifs". Il a d'abord fallu liquider les stocks avant d'interdire.
Eduquer, je veux bien, ça c'est une bonne intention mais ça ne va pas plus loin. Il y a tellement d'argent dans ce genre de décisions qu'il faut hélas se reporter uniquement à nos élus et là ce n'est pas gagné. Quand verrons-nous dans la rue des défilés avec des calicots "sauvez les poissons du Rhône", demain...?

fuck lé polueur

bonjour

une honte !!
que faire maintenant ?
le PCB tue le Rhone..
quel demarche
étant professionnel moimeme

tous les pecheurs attende
me contacter

Un vrai tchernobyl à la Française... vive la France capitaliste. Il faut avoir le nez dans la merde pour commencer de réagir. J'aime pas l'odeur de la Mort qui plane sur le Rhône, mais il semble certain que plein de gens vont avoir un cancer grace à des gentils industriels qui ne pensent qu'à s'en mettre plein les poches. Très bon reportage de France5 le 18/12 à 16h32 et le 31/12 à 05h56. Je pensais que la richesse de notre pays était la terre ! mais on fait tout pour la tuer. L'écologie c'est pas une histoire de politique c'est surtout une histoire d'avenir de l'humanité. Notre président ne pense qu'à vendre des centrales, ça doit être ça l'avenir! Les eaux pollués par l'industrie, les terres par les pesticides issues de la pétrochimie, l'air par l'incinération de nos déchets. Il ne manque plus qu'un accident nucléaire à ce tableau sombre. Ne risque t' on pas de voir à l'avenir émerger des éco-terroristes plus radicaux que José Bové?

Bonjour, je suis en classe de 1ère S, et dans le cadre d'un TPE, je parle de la pollution du Rhone par le PCB. Pouvez-vous répondre a mes questions s'il vous plait ? Merci d'avance. Mes quextions sont les suivantes : Quel est l'influence du PCB sur l'environnement ? Le PCB est-il en augmentation ? Où le Rhone est-il le plus pollué ? D'où vient le PCB et comment est-il crée ? Qui a crée le PCB ? Comment agit le PCB ? Comment remédier a ce problème ? (les différentes solutions qui sont envisagées ? quelles sont les solutions qui ont déjà été tester ? Pourquoi seule l'usine Tredi peut déverser les PCB dans le Rhone ?

Je vous conseille fortement de lire "OPINION OF THE SCIENTIFIC PANEL ON CONTAMINANTS IN THE FOOD CHAIN ON
A REQUEST FROM THE COMMISSION RELATED TO THE PRESENCE OF NON
DIOXIN-LIKE POLYCHLORINATED BIPHENYLS (PCB) IN FEED AND FOOD" Cf. site internet de l'EFSA

d'ou provient le pcb

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