Pathé teste à Lyon la révolution numérique
CINEMA - Avec l’ouverture du Pathé Vaise, Lyon vient de se doter du plus grand complexe de salles numériques en France. Huit sur les quatorze proposées par le multiplexe sont en effet équipées pour la projection numérique. Cinq fonctionnent déjà régulièrement, et jusqu’à sept les jours de grand vent du Nord portant les Ch’tis de Dany Boon au triomphe. Un véritable petit marché, totalement nouveau d’un point de vue technique comme commercial. « Ça nous permet de faire un test grandeur nature d’une exploitation cinéma numérique », explique Joël Luraine, directeur du Pathé Vaise. Allons-y pour le test...
Finie la pelloche
Exit, donc, la pellicule, dont le système de projection n’avait pas bougé d’une perforation depuis les bons vieux films de Charlot. La copie numérique (format jpeg 2000, pour les puristes) se présente sous la forme d’un disque dur de la grosseur d’une K7 vidéo, géré par un serveur et verrouillé par une clef fournie par le distributeur du film. Il arrive on ne peut plus simplement par Fedex ou Chronopost. Il n’y a plus ensuite qu’à le relier au projecteur. Dans la salle, la plupart des spectateurs n’y voient que du feu. « Depuis deux mois que nous sommes ouverts, nous n’avons eu aucun retour particulier, explique Joël Luraine, C’est complètement neutre. On ne le vante d’ailleurs pas auprès du public. On l’en informe, mais c’est tout. On ne veut pas que ce soit exceptionnel. On veut rentrer dans l’ère du numérique, donc pour nous c’est une projection normale. C’est pour cela qu’il n’y a pas non plus de surcoût, on est au même prix pour tous les films. On a simplement des clients qui nous appellent pour savoir quels sont les films projetés en numérique. »
Meilleur confort, moins bon rendu
Une différence avec la pellicule, il y en a pourtant une, et Joël Luraine la concède volontiers : « Même s’il est flatteur, je pense que le rendu est un peu plus plat. Il n’a effectivement pas la chaleur, le grain de la pellicule. Ça peut être un manque, mais ça viendra. » Sur la pellicule, les couleurs sont en effet formées par une réaction chimique à partir de pigments naturels, procédé proche de la peinture qui en fait toute l’âme mais qui n’a plus lieu avec la technique numérique. En revanche, la qualité de vision est incontestablement meilleure. « Même aux premiers rangs, on a une image qui ne fatigue pas, d’une stabilité parfaite et d’une grande lisibilité, notamment pour les sous-titres, ajoute Joël Luraine. La mise au point aussi est bien meilleure, tout comme le son, qui était déjà en numérique mais qui ne connaît plus aucune déperdition comme lorsqu’il était transféré sur pellicule. » Sans compter les rayures occasionnées par des projectionnistes peu scrupuleux après plusieurs semaines d’exploitation. ELles n’existent plus. Avec le numérique, tout est comme neuf, et pour longtemps.
On partage plus que du cinéma
Mais l’arrivée du numérique dans les salles ne se réduit pas à une mutation technologique. Elle permet aussi aux cinémas de se lancer dans des programmations alternatives : réunion ou congrès d’entreprise avec Powerpoint géant, projections de documentaires à la découverte du monde comme à l’ancienne mais cette fois-ci avec un rendu grand luxe, on peut tout imaginer. Même un match de l’OL ou un concert événement en direct. Là aussi, Pathé Vaise fait figure de pionnier en diffusant en haute définition les 5 et 26 avril prochains deux opéras en direct… du Metropolitan de New York, comme si vous y étiez ! « Le numérique est vraiment en train de changer notre métier, ajoute Joël Luraine. Pour des événements ponctuels, c’est un outil fabuleux. Ça permet par exemple de faire sortir l’opéra des lieux conventionnels et de toucher un autre public. Mais je pense par contre qu’on ne peut pas faire du cinéma avec un concert. Un concert reste un moment unique qui ne peut pas se répéter comme une séance de cinéma. »
La mutation ne fait que commencer : le groupe CGR vient de signer un accord pour équiper en numérique l’intégralité de ses 400 salles en France, dont le multiplexe de Brignais. Reste le plus important, devant l’investissement colossal que ce nouvel équipement représente : définir une réglementation commerciale qui permette à chacun, et notamment aux salles indépendantes, d’y trouver son compte. Le CNC vient de publier sur son site, en plus du rapport passionnant de Daniel Goudineau sur les enjeux de la projection numérique, un « document d’étape » sur ce vaste chantier. (à suivre)
Luc Hernandez




ET Le prix du ticket va t il baisser? pas de bobines pas de projectioniste, un support au lieu de plusieurs bobines, il existe meme une possibilité pour le studio d'envoyer numeriquement le film depuis hollywood dans les salles du monde entier???
Rédigé par : bill carsson | 25/03/2008 à 09:49
Bonjour, cet article est bien gentil mais il oublie de dire pourquoi les cinés passent au numérique, tout simplement pour supprimer des emplois et être plus rentables. Grace au numérique on peut se débarasser des projectionnistes et de leurs salaires...
Rédigé par : philippe | 25/03/2008 à 10:35
Ouah, hyper intéressant cet article ! Effectivement, ca pose pas mal de questions : diffusion des films, diminution du piratage, des emplois, révolution de l'économie du cinéma, place des festivals dans le débat (après tout ce furent les premiers à tester l'évolution !)... En tous cas c'est surprenant que de telles initiatives cultuelles "opéra" vienne d'un cinéma comme le Pathé et non pas le Comoedia. Comme quoi, tout cela est loin d'être manichéen. J'ai hâte de découvrir la suite sous-entendue dans votre "à suivre"...
Rédigé par : Giorgio | 25/03/2008 à 12:28
Encore heureux que les prix n'augmentent pas avec le numérique : ils devraient plutôt baisser, tant le prix de la copie sur un disque dur (recyclable) est bien plus bas que celui de la copie pellicule. Même son transport est plus aisé.
En revanche, Giorgio, ce procédé facilitera à terme le piratage. Rien de plus facile, en effet, que de brancher le disque dur sur un PC portable, un matin dans la cabine de projection, et de le copier en qualité DVD pour le mettre sur les réseaux de partage. Finies les captations "CAM" pleines de soubresauts réalisées à grand peine dans les salles !
Dernière chose : un opéra en direct du Met de New York, c'est alléchant, en effet. Mais est-ce du vrai direct ? Je rappelle qu'on a six heures de décalage, quand même, alors s'il faut venir à 2 ou 3H du matin...
Rédigé par : Bernie | 25/03/2008 à 13:41
pour info,
ce type d'équipement est susceptible d'être subventionné par l'Europe.
Mais attention ! dossier lourd et réservé aux transformation de salles existantes
Rédigé par : video meliora | 25/03/2008 à 17:10
euh, à propos de la retransmission des productions du Met, l'idée de Peter Gelb est bien sûr excellente... sauf que, quand l'intendance ne suit pas, on est déçu. je m'explique : est-ce que Pathé pourrait nous dire pourquoi il s'est aussi mal organisé pour vendre les places?
je résume : il faut se rendre obligatoirement au multiplexe de vaise (la station de métro la plus proche est à un bon quart d'heure à pied) pour acheter une contre-marque, qui sera échangée le jour de la séance (ou à partir de trois jours avant) contre un ticket. deux fois plus de temps sont donc nécessaires pour s'assurer une place à cette représentation.
aucun achat ni aucune réservation ne sont possibles par internet ou par téléphone.
je vais faire péter les contre-ut samedi soir je sens
"Ah mes amis que-el jour de-e fê-te"
Rédigé par : temps changent | 20/04/2008 à 13:47