Barack Obama dans le texte
LIVRE - Maître de conférences en
civilisation américaine à l’université Lyon
II, Olivier Richomme co-signe « L’Amérique de
Barack Obama » aux éditions Démopolis, un
des meilleurs portraits du candidat noir à la Maison Blanche.
Une approche synthétique, claire et documentée pour
mieux comprendre les mutations politiques en jeu derrière
l’Obamania...
Sous le charisme et la phénomène médiatique, qui est Barack Obama ? Et surtout, quelles sont ses convictions politiques ? Deux spécialistes des Etats-Unis, Olivier Richomme et François Durpaire, se sont lancés à la recherche de cette personnalité hors du commun, en le suivant pas à pas depuis la petite enfance jusqu’aux primaires démocrates pendant lesquelles leur livre a été publié. Ce qui frappe d’abord à la lecture de l’ouvrage, c’est la cohérence d’un parcours, une façon d’être à la fois fidèle à des convictions (parentales, notamment) et de toujours laisser une place au doute et à la contradiction. Un « don pour la conciliation » que lui reconnaissent même ses adversaires.
Rappelant que les Etats-Unis est un pays qui, contrairement à la France, ne connaît pas la « discipline des partis » et le clivage gauche-droite, rappelant aussi que le sénateur démocrate a voté nombre de lois instaurées par les Républicains, c’est lorsqu’ils abordent le programme politique d’Obama que les deux auteurs s’avèrent les plus pertinents. Pour le coup, Obama n’est jamais noir ou blanc. Il ne se déclare pas contre la peine de mort par principe. Il reste pour l’avortement, mais en faisant de cette question sensible un véritable « cas de conscience » qui trouve écho chez les « pro-life ». Avec le même sens de la dialectique, il défend le système éducatif tout en proposant une évaluation des professeurs qui est loin de faire l’unanimité. Habilement, sa façon de bousculer les conservatismes est de toujours intégrer la critique.
La technique d’Obama, c’est de toujours garder un couvert pour son contradicteur. Sa position par rapport au mariage homosexuel en est un bon exemple. Tout en n’y étant pas favorable (il prône une union civile accordant les mêmes droits), il précise que ce sont peut-être ses convictions religieuses qui le trompent et que, dans quelques années, l’évolution de la société lui donnera sans doute tort… Une façon de laisser la porte ouverte aux pro-mariage tout en faisant avancer les plus conservateurs. Comme le dit un ancien avocat de Bill Clinton cité dans le livre : « Il a une façon de prendre position sans vous contrarier. »
La fin des identités exclusives
Il a aussi une façon, comme le soulignent les chercheurs lyonnais, d’intégrer dans ses discours « une certaine dose d’idéalisme, devenu si rare chez les hommes politiques », notamment lorsqu’il évoque les plus pauvres. Après avoir détaillé son fameux programme présidentiel des « 5 E » (Efficacité, Energie, Education, Ecologie, Emploi), les deux auteurs abordent alors la question raciale. Là comme ailleurs, le succès d’Obama vient du fait que « sa personnalité serait suffisamment ouverte pour que chacun puisse y projeter sa propre histoire ». Si la communauté noire peut se reconnaître en lui (même si ça n’a rien d’automatique, Harry Belafonte, par exemple, a fait part de sa réserve), Obama parvient aussi à séduire l’électorat blanc du fait de son héritage « exotique » mais « non menaçant ».
Tout comme pour sa vision diplomatique, Obama privilégie l’ouverture. C’est la grande différence avec la façon d’envisager les minorités dans le système politique français sur lequel se conclut le livre : Obama, de façon mûrement réfléchie, exprime « l’identité transnationale » de millions de citoyens et prétend incarner la « fin des identités exclusives », selon les auteurs. Tout le contraire d’une France où l’identité reste le plus souvent communautaire et qui a institué un concept devenu obsolète dans la conception politique du candidat démocrate : l’identité nationale. Pour Richomme et Durpaire, ce n’est pas le seul fait d’être noir qui fait la nouveauté d’Obama, mais surtout son approche des identités multiples.
Luc Hernandez
L’Amérique de Barack Obama d’Olivier Richomme et François Durpaire (19 €, éditions Démopolis).
Lire aussi : Obama star et recours des militants de la diversité




"Rappelant que les Etats-Unis est un pays qui, contrairement à la France, ne connaît pas la « discipline des partis » et le clivage gauche-droite, "
pas d'accord, le clivage gauche droite est bien existant, on parle de left wing et de right wing...La présidente démocrate de la chambre des représentants, Madame Pelosi, se fait réguliérement traiter de leftist, la trés célébre républicaine et polémiste Ann Coulter se définit comme une "essayiste de droite" , l'un des livres politiques les plus vendus cette année est "Right Is Wrong" de Anna Huffington :etc... bref la droite et la gauche existent.
Pour ce qui est de la discipline de parti,les groupes parlementaires ont moins d'importance qu'en France, des lois républicaines ont souvent plusieurs voix démocrates et vice versa.Il faut dire que ce grand pays est trés divers et un représentant républicain de Boston aura rarement les mêmes vues sur les gays, que son collégue de l'Alabama.De même les particularismes locaux jouent beaucoup.Ainsi voter pour le contrôle des amres sous Clinton a coûté son siége à une représentante démocrate qui avait une usine d'armement dans sa circonscription.D'autres démocrates n'avaient pas eu ce courage et avient voté, pour des raisons locales, contre la réglementation proposée.
Ceci dit les Caucus, qui sont des sortes de courants au sein des groupes parlementaires ainsi que des partis jouent ce rôle de discipline de vote que ne fait pas touours le groupe.Ainsi le trés à gauche Progressive Caucus (qui se défini clairement comme étant de gauche) démocrate est trés préoccupé de justice sociale.Le républican liberty caucus est lui un rassemblement des plus libertariens des républicains.D'autres peuvent être transpartisans êt basés sur des origines comme le Black Caucus (qui reste quand même essentiellement démocrate).
Rédigé par : romain blachier | 19/08/2008 à 10:41
Bien que je ne soit pas d'accord avec lui sur la peine de mort(je suis résolument
contre),j'espère de tout cœur qu'il sera élu !
Rédigé par : Christophe | 19/08/2008 à 12:22
La gauche et la droite telle que nous l'entendons sont des concepts qui ne se sont pas vraiment exportés hors de la vieille europe.
L'utilisation du vocable "gauche/droite" aux States est juste une façon de positionner ceux qui seront les plus libéraux Versus ceux qui le seront moins. Nombre de libéraux français passent d'ailleurs pour d'affreux gauchistes pour nos "amis" américains.
Je doute pour ma part que l'UMP soit plus à droite que le parti Démocrate Américain ; et les exemples sont légions : de la place de la religion dans la société, de la dérégulation économique, peine de mort, conception de la justice sociale ...
D''où l'absolu ridicule des engouements des uns et des autres pour un Obama que les gauches bien pensantes européennes imaginent comme l'un des leurs.
On est proche du Hold Up Mental politique.
Rédigé par : Stéphane | 19/08/2008 à 17:56
@stéphane:Si, nous en sommes d'accord, le clivage gauche droite n'est pas situé exactement au même endroit qu'en France, il ne fonde pas moins la vie politique américaine presqu'autant qu'en France aujourd'hui.
Dans notre pays par exemple la notion s'est déplacée au fil du temps, les radicaux situés au début à l'extreme-gauche s'étant par exemple au fil du temps plus au centre de l'échiquier politique, avec l'apparition d'une force socialiste conséquente.Il y donc bien une gauche et une droite Us mais le centre de gravité est déporté un peu plus à droite que chez nous et ce qu'on appellerait droite en France commence à l'aile droite du parti démocrate.Et nombre de mouvements comme les DSA ou de magazines importants comme Mother Jones n'ont rien à envier en termes d'indentié à babord du champ politique à qui que ce soit...
Pour le parti démocrate, je suis en déssacord partiel avec toi:Premièrement la gauche européenne ne dit pas qu'Obama est l'un des siens, elle affirme simplement qu'elle serait contente de voir ce type diriger les USA face au candidat de la droite US .Deuxiémement le parti démocrate américain est composé de gens trés divers et ratisse trés loin à gauche et au centre droit.Des gens comme Gravel ou Kucinich seraient sans doute à la gauche du PS en France et le progressive caucus du parti démocrate a des positions similaires au PS français.A l'inverse,les Blue Donkeys, l'aile conservatrice du parti aurait sans doute sa place à l'UMP.
Rédigé par : romain blachier | 20/08/2008 à 08:25
Votre jolie joute de théorie politique montre en tout cas que l'article est intéressant et qu'Obama fait bouger les lignes.
Rédigé par : Rémi | 20/08/2008 à 13:14
@ Romain / Rémi
L'article est certes intéressant, mais je doute qu'Obama (soit élu) et fasse bouger les lignes. Malheureusement cela dit.
On a quand même l'impression qu'il s'agit moins de ligne politique que de la grande pêche aux corporations de tout type ; avec la semaine évangéliste, la semaine sub prime, la semaine sur le port d'arme etc...
On est plus dans le fait culturel que la politique non ?
Rédigé par : Stéphane | 20/08/2008 à 18:58
Et si on parlait un peu du programme de la candidate des Verts US, Cynthia Mc Kinney ?
http://votetruth08.com/
Rédigé par : Baster | 21/08/2008 à 16:40
Elle est crédité de combien de % après la virgule ?
Rédigé par : Batts | 24/08/2008 à 10:34