31/10/2008

Une Ville en crise (5/5) : Collomb met en place son "G8"

FINANCES - LibéLyon a consacré toute cette semaine une série d'articles aux finances de la Ville de Lyon en temps de crise. Comme de nombreuses communes françaises, Lyon connaît en ce moment de grosses difficultés financières. LibéLyon vous propose une autopsie de la situation pour essayer de comprendre quel est réellement l'état des finances, comment les politiques présentent la situation, comment ils comptent gérer la situation. Quelles conséquences sur le deuxième mandat de Gérard Collomb ? Et quel rôle réel jour la crise internationale dans cette situation ? Pour clore ce dossier, aujourd'hui :

IX - Comment les arbitrages budgétaires ont-ils été faits ? Après s'être beaucoup occupé du PS, Gérard Collomb est depuis plus d'un mois concentré sur les finances de sa mairie. Il a mis en place un G8 rassemblant ses principaux adjoints pour arbitrer ces questions…

X - Quelles conséquences politiques ? Les soucis financiers ont ragaillardi l'opposition qui trouve là matière facile à critique. En revanche, du côté de la majorité, l'ambiance est un peu plus tendue. D'autant que ces arbitagres budgétaires ont lieu en plein avant-congrès du PS…

Lire notre enquête dans son intégralité

ENQUÊTE : UNE VILLE EN CRISE

I - Où en est financièrement la ville de Lyon ?

Elle-même ne le sait pas encore totalement. Certaines inconnues demeurent pour connaître avec précision les recettes en 2009.  Quelles seront les bases fiscales ? Quels seront les droits de mutation (taxe prélevée à chaque changement de propriétaire d'un bien immobilier) ? Et la taxe prélevée sur le casino ? Deux recettes dynamiques qui risquent de pâtir très vite de la crise. La municipalité bâtit des scenarii, qui pourraient être révisés en cours d'année. Deux comités ont d'ailleurs été mis en place, pour adapter en progressivement les dépenses aux recettes réelles. L'un adaptera les dépenses de fonctionnement, l'autre les investissements. Présidé par l'adjoint aux Finances, ils réuniront les adjoints aux délégations les plus gourmandes afin de freiner les dérapages incontrôlés de certains.

Pour l'instant, la Ville sait surtout qu'elle va devoir resserrer partout en fonctionnement, et elle envisage de réduire d'environ 25% ses investissements. Elle table pour l'instant sur un montant de 90 à 100 millions par an pour ses programmes d'investissement, contre 120 en moyenne dans le premier mandat. Il faudra faire des choix, et élaguer un peu dans le catalogue des promesses que Gérard Collomb avait énuméré dans sa campagne électorale.

A plus long terme, la Ville risque de souffrir beaucoup plus. Parce que les caisses de l'Etat ne se seront pas remplies entre temps. Parce que la crise qui s'annonce risque d'avoir des conséquences sur les rentrées d'argent dûes à la fiscalité locale. La fin de la forte dynamique de création de logements aura par exemple des incidences directes sur les taxes d'habitation et les taxes sur le foncier bâti.

II - Pourquoi la situation s'est-elle dégradée ?

Pour plusieurs raisons, que l'ont peut diviser en trois catégories. Celles qui tiennent à la crise, à l'inflationniste et à la récessionniste. Celles qui tiennent au recul financier de l'Etat. Et celles qui tiennent à la propre gestion municipale.

La crise. La ville de Lyon met en avant la baisse des droits de mutation (taxe prélevée à chaque changement de propriétaire d'un bien). Cette ressource a été particulièrement dynamique pendant quinze ans, mais les demandes de permis de construire ont été divisées par quatre en deux ans. Gloups. Du coup la taxe, qui représentait 5% des recettes à Lyon cette année (24 millions d'euros en 2007), est prévue à la baisse de 10% l'an prochain. Même chose pour la taxe sur le casino que perçoit la ville, et qui risque de baisser de 20% l'an prochain.

Dans le même temps, les dépenses flambent au rythme des matières premières. L'indice du coût de la construction a augmenté de 22,5% en trois ans, avec la hausse de l'asphalte, du sable, du ciment, du fer, etc. De la même façon, l'énergie flambe (+8% pour Lyon). La ville a compensé en contractant pour ses investissements un prêt dont la courbe des taux est inversement proportionnelle à celle du pétrole. Un prêt structuré, ce qui est très mal vu en ce moment, mais qui vient équilibrer les fluctuations du pétrole. Tous les voyants ne sont cependant pas au vert pour les frais financiers de 10% (on y revient demain), qui progressent de 10%.

L'Etat. Ses caisses sont vides, circulez, y'a plus grand chose à voir. Certaines dotations stagnent, et les autres régressent. Ainsi la dotation globale de fonctionnement 2009 ne devrait progresser que de 2%, soit moins que l'inflation. Et encore, elle n'augmente que parce qu'elle prend en compte, comme elle doit le faire tous les sept ans, la hausse démographique de la ville (+5% depuis le dernier recensement). Les autres dotations sont en baisse, notamment le fond de compensation des pertes dues à la réforme de la taxe professionnelle. Au total, les compensations étatiques sur la taxe d'habitation, la taxe professionnelle et sur le foncier bâti reculent de 1 million d'euro.

La ville. Enfin pour ce qui concerne la ville, la crise, qui a très bon dos, va aider à faire passer la pilule, à masquer les dérapages locaux. Les dépenses de personnel se sont envolées, atteignant près de 300 millions d'euros en 2007 (+ 4%). La municipalité explique qu'elle a beaucoup investi dans les grands équipements, les crèches, les écoles (etc.), ce qui génère ensuite des coûts de fonctionnement. « Une bibliothèque qui coûte 3 millions d'euros à la construction coûtera ensuite 3 millions d'euros tous les ans en fonctionnement », illustre ainsi un membre du cabinet de Gérard Collomb.

Mais les livraisons d'équipements ont été regroupées en fin de mandat, ce qui a permis beaucoup de rubans à couper avant les élection, mais provoque une progression brusque des dépenses de personnel. En interne, certains suggèrent que toutes les embauches et augmentations n'étaient pas nécessaires. "Il y a eu beaucoup de laissez-aller, notamment en fin de mandat", résume pour l'oppostion le maire UMP du 2è arrondissement de Lyon Denis Broliquier. L'élu prend l'exemple des Berges du Rhône, réaménagées pour devenir lieux de promenades piétonniers. Belle réussite de Gérard Collomb, concède-t-il. Sauf que, tempère l'opposition, "ils n'ont absolument pas anticipé les dépenses de fonctionnement qui découleraient du succès de cet aménagement: entretien, sécurité, nettoyage…". Au sein même de la majorité, des élus confient que l'administration a mal anticipé les effets sur le fonctionnement des dépenses d'investissement. Quelques explications de texte ont fait trembler les murs de la mairie, ces dernières semaines.

 

III - La collectivité est-elle touchée par les prêts toxiques ?

Lyon possède des « prêts structurés », dont on parle beaucoup en ce moment, mais à hauteur de 7% seulement de l'ensemble de ses encours, et avec un mécanisme qui les rendrait beaucoup moins dangereux que certains produits acquis par d'autres collectivités, qui se sont débrouillées pour payer moins d'intérêt à court terme, au risque de frais financiers potentiellement colossaux, et indexés sur des événements incontrôlables. A Lyon, pas de bombes à retardement de ce type parait-il. La dette de la ville se divise en 39% de prêts à taux fixes, 40% de prêts à taux variables, 21% d'emprunts structurés (basés sur des index qui font évoluer les taux en fonction d'options qui se déclenchent dans certains situations, plus ou moins prévisibles). La ville se serait protégée en accompagnant les emprunts de ce type de plafonds protecteurs qui empêcheraient les taux de grimper au-delà de 7%.

Paradoxalement, l'un de ces prêts structurés, mis au point avec la Royal Bank of Scotland, a valu à la ville de Lyon un prix de l'innovation financière, délivré par l'association des directeurs financiers des collectivités. Son taux est inversement proportionnel à la courbe du pétrole. Ainsi, ils baissent lorsque le baril dépasse un certain niveau. Mais grimperait s'il devait s'effondrer. Le risque reste assez limité, et les économies d'énergie réalisées compenseraient.

IV - Quelles sont les marges d'économies de la ville ?

Elles sont assez classiques, et assez peu nombreuses. Les impôts vont augmenter plus qu'il n'était prévu (6 au lieu des 4% annoncés), et la plupart les budgets de fonctionnement et d'investissement seront taillés. La Ville va d'abord devoir serrer les dépenses en limitant surtout les embauches et les reconductions de contrat. En interne, certains parlent d'une centaine d'emplois supprimés à court terme. Les syndicats sont inquiets et des réunions ont eu lieu avec la direction générale. « Il n'y a pas de plan prévu », assure Jean-François Lanneluc, directeur de cabinet du maire. Qui confirme en revanche que tous les départs en retraite ne seront plus remplacés. « Une réflexion est en cours, précise-t-il, pour que les économies soient équitables et pertinentes. » Dans ce contexte, certaines embauches de chargés de mission, récompensés de leur aide aux dernières municipales ou cantonales, passent très mal.

La ville va aussi tenter de refourguer au Grand Lyon certains postes de dépenses. Ces transferts de compétences ne peuvent cependant se faire qu'en renversant à la communauté urbaine les recettes qui correspondent aux dépenses de fonctionnement de le compétence, au moment de son transfert. L'enjeu est donc de faire glisser vers le Grand Lyon ce qui ne coûte pas trop cher pour l'instant, mais coûtera cher plus tard. Une stratégie diversement appréciée par les maires des autres communes du Grand Lyon.

Selon nos informations, la ville envisage ainsi de transférer son couteux projet de festival international de cinéma. Festival qui doit être géré par Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière et du festival de Cannes. L'équipement polyculturel prévu à Vénissieux sera également de compétence communautaire s'il se construit. Et d'autres compétences pourraient glisser, comme le tourisme, l'éclairage public, l'accès à la voirie pour les handicapés, etc. Des synergies pourraient également être recherchées entre les deux collectivités. Le directeur général des services de la communauté urbaine, Benoit Quignon, s'en va en janvier. Le moment rêvé pour esquisser un rapprochement entre les deux administrations ?

V - Quels éléments du programme se feront de toute façon ?

Pour l'instant, les arbitrages semblent pencher pour un recentrage sur le social, afin d'assurer la cohésion, de soutenir les plus menacés par la crise. Le budget des Affaires sociales et celui du Logement seraient plutôt épargnés. Et la construction de logements sociaux doit se poursuivre à bon rythme.

Seront également maintenus tous les investissements obligatoires,et beaucoup de ceux qui dépendent du Grand Lyon, comme le percement d’un nouveau tube pour le tunnel de la Croix-Rousse. Rendu obligatoire suite à la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, la construction d’un tube de sécurité parallèle au tube de circulation automobile va être réalisé (ce qui n’était pas une obligation) de façon à servir de tunnel pour modes doux : bus électriques, vélos et piétons.

VI - Qu'est-ce qui devra être abandonné ?

"Rien de significatif", assurait lundi dans le quotidien 20 Minutes Gérard Collomb. Et pourtant, opération testé par LibéLyon, lorsqu'on pose la question aux différents adjoints sur ce qu'ils feront durant ce mandat, on se heurte à un mur gêné de silence. Cette simple question qui, habituellement, déclenche chez les élus des flots continus de paroles, les laisse les aujourd'hui muets. "On ne sait rien pour l'instant, les arbitrages sont en cours et c'est tendu", résume l'un d'entre eux. Tendu, et pas très clair. Le maire annonce, rassurant, que tout n'est pas cuit, que certains projets sont encore en balance, comme le funiculaire sur la Croix-Rousse, alors que l'adjoint en charge du dossier et les services nous affirment qu'on leur a d'ores et déjà annoncé que cela ne se ferait pas.

Serrage de ceinture oblige, il va bien falloir pourtant que certains projets passent à la trappe ou à la moulinette. Les adjoints et certains maires d’arrondissements ont été prévenus : ils vont devoir définir quelques priorités seulement, sur le grand catalogue des promesses que constituait le projet de programme électoral de Gérard Collomb.

Les restrictions ne seront pas forcément visibles au premier coup d’œil. Ainsi, certaines rénovations ne seront pas annulées mais réalisées à l’économie. D'autres s'étaleront sur un plus long terme. Les projets, plutôt que d’être clairement annulés, seront « différés », « retardés ». Surtout, les investissements ne générant pas de coûts de fonctionnement auront priorités sur les autres. Comme le résume l’un des adjoints : «en ce moment, toute mesure qui ne coûte pas chère est la bienvenue ».

Certains projets sont cependant purement et simplement rayés de la carte du mandat. Le centre centre nautique Sergent Blandan promi dans le programme ? Il a coulé. Le remonte-pente de la Croix-Rousse, qui devait permettre aux piétons, cyclistes et poussettes de gravir la colline sans effort via le tunnel de l’ancienne ficelle. Estimé entre 15 et 18 millions d’euros, il ne se fera a priori pas sous ce mandat. « C’est dommage, bien sûr, parce que c’était un projet très innovant, regrette Gilles Vesco, vice-président du Grand Lyon en charge des nouvelles mobilités urbaines. Néanmoins, concède-il, nous savons que nous avons des choix budgétaires à faire, il faut prendre en compte le principe de réalité. S’il faut arbitrer entre le funiculaire et continuer le développement du réseau de pistes cyclables, on choisi les pistes, c’est évident ».

La culture et l’évenementiel sont aussi bien partis pour faire les frais des restrictions. Ainsi l’éphémère projet de recouvrir durant quelques jours les berges de neige en novembre, pour faire faire de la luge aux enfants. Le projet passe discrètement à la baille, ce qui épargne à Gérard Collomb 45.000 euros, et la colère de nombreux élus qui trouvaient l’événement plus « Dubaï » que « Grenelle ». L'opposition s'en frottait d'avance les mouffles, et Fouzia Bouzerda (MoDem) n'a pu s'empêcher, lors du dernier conseil municipal, de dénoncer le projet, même s'il avait été retiré.

Autre projet en passe de tomber à la flotte : « la fête des Merveilles », annoncée dans le programme électoral comme un grand événement populaire et festif autour de la thématique des fleuves. Le projet aura visiblement du mal à refaire surface.

La salle de concert de 10000 places se fera également attendre, à moins qu'elle puisse être entièrement financée par le privé, par exemple en devenant un lieu dédié aux concerts et au sport. Au dernières nouvelles, l'ancien tennisman Gilles Moretton restait intéressé par l'aventure.

L'aménagement des berges de Saône, lui, n'est pas supprimé. Mais il est désormais prévu sur un calendrier plus long. Les quais les plus fréquentés, donc les plus centraux, pourraient être réalisés sur le mandat. Le reste attendra sans doute un peu plus.

Denis Broliquier, maire du IIe arrondissement, craint par ailleurs un « demi-aménagement » de la place Bellecour. Gérard Collomb l'a rassuré sur ce point au dernier conseil, en ajoutant que la place des Jacobins serait également refaite durant le mandat. Les projets grandioses autour du site de l’amphithéâtre des 3 Gaules attendront en revanche. La mairie explique que les procédures à mettre en oeuvre, les fouilles à mener, étale de toute façon ce projet sur une durée plus longue qu'un mandat.L'Hôtel Dieu fera en revanche l'objet de réaménagement puisqu'il ferme en partie en janvier. « Mais les projets dépendront des moyens », convient la mairie. Le sort de la jungle asiatique du parc de la tête d’or, qui sent pour l'instant plus le sapin que l’orchidée sauvage, ne serait pas encore scellé.

Les maisons de retraite, point faible du précédent mandat de Gérard Collomb, seront rénovées comme prévues. Mais pas au rythme prévu. "Tout ne se fera peut-être pas dans le mandat", explique Pierre Hémon, l'adjoint en charge du dossier.

Pour ce qui concerne la petite enfance, Gérard Collomb avait promis lors des municipales de « répondre à 90% de la demande » de garde d'enfants, en ouvrant 744 nouveaux berceaux et en améliorant les autres modes de garde. « Cela reste notre priorité mais il faudra peut-être quelques années de plus pour l'atteindre », convient Yves Fournel, adjoint (Gaec) à l'éducation et la petite enfance.

VII - Les impôts seront-ils impactés ?

Plus qu'il n'était prévu. Pendant la campagne municipale, alors que Dominique Perben promettait de ne pas toucher aux taux, Gérard Collomb annonçait la couleur. Il augmenterait, disait-il, de 4% à la ville. Six mois plus tard, il annonce 6%. Sachant que des scenarios plus élevés, jusqu'à 8% ont été étudiés par les services. Elus et fonctionnaires glissaient d'ailleurs souvent, ces dernières semaines, que Paris allait relever ses taux de 8%. Histoire de préparer le terrain. L'annonce des hausses a déclenché aussitôt la colère de l'opposition. "Soit il a menti durant sa campagne, soit il ne tient pas ses promesses", déclare le groupe UMP à propos de l'annonce de hausse faite par Gérard Collomb. Ce dernier avance la conjoncture, la crise, la récession. Or une bonne partie des données étaient prévisibles au moment de la campagne électorale. Le maire, qui tient par dessus tout à ne jamais se faire prendre en flagrant délit de promesses non tenues, savait-il exactement quelle était la situation financière de sa ville ?

VIII - Quid du Grand Lyon

Au Grand Lyon, la situation financière est moins dégradée qu'à la ville. Même si les communautés urbaines se plaignent, elles aussi, du désengagement de l'Etat (lire), elles restent mieux servies que les autres collectivités. Le Grand Lyon va cependant devoir laisser se dégrader un peu ses ratios financiers, et augmenter lui aussi ses impôts. Mais c'est moins simple à décider que dans une ville. La hausse des taux d'imposition des communautés urbaines est forcément lié au taux d'imposition des communes qui la composent. Et ne peut en effet excéder 1,5 la moyenne pondérée des hausses votées par les communes. Les responsables financiers du Grand Lyon poussent du coup les villes à augmenter leurs taux, mais certains élus traînent des pieds, car ils ont promis le contraire à leurs électeurs.Et ne voient pas pourquoi ils paieraient pour éponger les malheurs financiers des autres, et notamment de la ville centre.

La confusion fréquente et parfois entretenue entre Lyon et Grand Lyon permet à Gérard Collomb de ne pas trop rentrer dans le détail des projets abandonnés pour la ville (lire question VI). Après avoir renoncé à présenter un plan de mandat, le maire a finalement décidé de mettre en perspective son mandat à venir en présentant conjointement ce qui se fera, tant sous la compétence de la ville que de celle du Grand Lyon, où près de 2 milliards d'investissements sont prévus. Traditionnellement, la ville centre récolte un tiers de cette somme (un autre tiers va aux équipements d'agglomération, le reste aux autres communes).

IX - Comment les arbitrages ont-ils été faits ?

Au sortir de l'été, alors que Gérard Collomb était très occupé à la préparation du congrès du PS, la tension a commencé à monter à la mairie. Le chat n'était pas là, et les souris faisaient la danse du scalp dans les trous du fromage. Après s'être s'être rapproché de Ségolène Royal, et bien qu'il continue à être officiellement le meneur de cette motion, Gérard Collomb s'est ensuite largement désinvesti de la course à l'échalotte au PS, et recentré sur sa ville.

Début octobre, il a rencontré tous ses adjoints avant une réunion collective, afin de définir les priorités politiques. Certains n'en sont pas encore revenus, le maire évitant d'habitude soigneusement de se retrouver face à toute son équipe, préférant les négociations de bugne à bugne, comme on dit à Lyon. « On verra si ce mode de fonctionnement tient sur la durée », glisse un élu sceptique. Gérard Collomb a créé une sorte de G8 réunissant les principaux adjoints, au grand dam des autres. Ce "G8 lyonno-lyonnais" travaille sur le plan d'équipement prévisionnel avec Gérard Collomb. Deux comités d'engagement travailleront ensuite avec l'adjoint aux finances Richard Brumm pour adapter au fur et à mesure les dépenses d'investissement et de fonctionnement, en fonction des ressources réelles qui tomberont en 2009.

Dans cette période, les engueulades ont été, et sont toujours, nombreuses, entre politiques mais aussi entre certains adjoints et l'administration. D'autant que cette période est aussi celle de l'avant-congrès de Reims. Plusieurs élus de Collomb ont fait le choix de ne pas soutenir sa motion. Ce qui a créé d'autres tensions internes. Et brouillé encore davatange le jeu. Rendant certains presque parano. Ainsi, voit-on certains adjoints ou maires d'arrondissement socialistes, se demander s'ils ne paient pas les frais de leurs choix politiques nationaux. "Comme il est extrêmement difficile, même pour nous, la situation réelle des finances et ce qui motive les arbitrages, on se pose toujours des questions, on se demande si l'on n'est pas puni", avoue l'un deux.   

X - Quelles conséquences politiques ?

L'opposition, qui peine a trouver des angles d'attaque depuis le début du mandat, et même depuis quelques années, commence à reprendre pied et se retrouve presque ragaillardie par cette situation. En effet, si une partie des contraintes financières sont liées à la situation nationale et internationale, la plupart étaient prévisibles. L'écart entre les promesses de la campagne et les possibilités réelle d'investissement sont bien trop élevées, et cela va poser un réel problème politique à Gérard Collomb, qui a souvent insisté dans son premier mandat sur le fait qu'il n'avait promis que ce qu'il pouvait réaliser. L'annonce de l'augmentation des impôts, et l'absence d'informations précises sur la situation réelle des finances constituent du pain béni pour les groupes UMP et centriste allié à la droite.

Au sein de la majorité, cette situation change aussi les rapports. Si Gérard Collomb semble changer de fonctionnement, c'est peut-être qu'il a besoin de souder les troupes au moment où l'orage guette. Les difficultés ne sont d'ailleurs pas derrière lui. Les arbitrages douloureux rendent en effet très délicate la question du Grand stade. Même parmi les plus proches de Collomb, de nombreux élus ne comprennent pas que les collectivités s'apprêtent à mettre peut-être plus d'une centaine de millions d'euros dans la construction de voies d'accès et le développement de transports en commun à un projet strictement privé, et dont les bénéfices directs ne profiteront pas à la collectivité. "C'est une erreur ce Grand Stade, mais il a tellement porté ce projet, il l'a défendu lui-même. Aujourd''hui, il est pris à son propre piège. et ne peut plus reculer", analyse un de ses adjoints, requérant très vivement l'anonymat. Le sujet, visiblement, est sensible.

En cette période où chacun est cordialement mais fermement invité à faire des économies, certaines dépenses de la mairie ont du mal à passer. On se souvient de la grande réception organisée à la mairie pour "fêter l’été", qui avait fait bondir l’opposition. Les voyages à l'étranger pour pour développer l'image de Lyon et les créations de postes au cabinet du maire ont également bien du mal à passer. Plus récemment, ce sont les généreuses subventions pour les entretiens Jacques Cartier qui ont fait grincer des dents, jusque dans les rangs de la majorité dont plusieurs élus ont refusé de les voter. Des dépenses avec lesquelles le maire a annoncé qu'il serait désormais plus vigilant.

Alice GERAUD et Olivier BERTRAND

Commentaires

GS

Merci pour votre essai d'article touchant au fond des finances publiques et de leurs gestions.
Mais malheureusement, vous tombez comme beaucoup dans le survol rapide sans aller plus loin...
L'exemple le plus frappant? Les dépenses de fonctionnement qui augmentent...pourquoi n'expliquez vous pas clairement que si les lyonnais veulent de nouveaux services, des lieux de vie agréables, il faut obligatoirement plus de personnel, plus de moyen et donc plus de rentrer fiscal!
Arretons de faire croire qu'il est possible de tout avoir sans mettre la main à la poche...

Second point, pour mesurer l'impact réel de la crise sur les finances lyonnaises et les promesses de campagne de Gégé, il aurait été bon de comparer ces effets avec ceux qui impactent les autres villes françaises... Des pistes? allez voir les gestions des municipalités précédentes à Bourg en Bresse, Saint Etienne (...) et voyez leurs effets sur la crise!

Brennos

Je trouve que l'exposé est technique. Trop technique pour mettre en exergue deux éléments (pourtant connus)mais non cités dans cet article :

Premièrement : Oui la Ville de Lyon (Comme le Grand Lyon) sont des collectivités territoriales qui présentaient en 2001 une situation financière moins dégradée que de nombreuses autres villes de même taille (ex marseill) ou de la même région (st etienne). Cependant cette situation se dégrade rapidement depuis 2003. VOILA POUR LA NOUVEAUTE et la crise mondiale n'a vraiment rien à voir avec cela. On pourrait citer en vrac comme indice de cela :
- les effectifs de la police municipale,
- la baisse des crédits associatif(en cours et à venir),
- l'explosion des budgets liés à l'évennementiel
- La pratique fréquente des cavaliers budgétaires (un peu tout le temps, comme cela c'est flou et mieux ainsi .... )
- comme la sous estimation constante des budgets de fonctionnement pour que les médiathèques construites puissent ouvrir normalement etc...

Deuxièmement : Les baisses de crédits en provenance de l'Etat était déjà conus. Archiconnu, commenté et détaillé. Je sais bien qu'il est utile médiatiquement parlant de dire "On m'a trompé, l'Etat m'a trahi" sauf que ce n'est pas la réalité... c'est du théatre de boullevard mais sans guignol.... Moralité on a vu en Mars droite et Gauche (surtout) promettre monts et merveilles à coup de millions d'euros de crédits qui n'auront jamais existé.

Si jamais Gérard Collomb fait les frais de sa gestion il ne s'agira pas d'un jugement financier "bon" ou "mauvais" ; il s'agira du décallage perçu par les lyonnais entre ce qui a été promis et ce qui ne pourra être réalisé.

Epilogue :
Il s'agira de Morale et pas de Finances.

On pourra dire en substance à Gérard Collomb : "La morale, ce n'est pas seulement être bon, mais aussi être bon à quelque chose" (Henry David Thoreau)

jérôme Manin

@Brennos
L'exposé n'est trop technique que pour ceux qui trouvent qu'il ne sert pas des idées préconçues toute faites. Étonnant argument que la baisse futur des crédits associatifs pour expliquer une situations financières à l'heure même ou le maire se refuse catégoriquement à donner le détails de ces financements au contribuables !

On s'aperçoit que le seul argument présenté en justification à tout par l'équipe municipale qui consiste à ressasser "c'est à cause du désengagement de l'État" ne tient pas.
Il est important aussi de se comparer aux autres villes mais tout aussi primordial d'aller voir du coté du Grand-Lyon ou de la Région pour voir que les mêmes personnes associées aux mêmes causes produisent les mêmes effets.

Ditirambik

Pfffff la situation entre la ville et la région n'a rien a voir.

C'est le vieux couplet UMP à deux balles pour essayer de sauver les prochaines élections.

Et puis il est courtois de ne pas tirer sur Johnny Queyranne avant qu'il promette ou non des millions d'euros en veux tu en voilà.

La leçon devrait être apprise d'ici là.

Collision 3

Et le plan de mandat? Ce machin qui détaille ligne par ligne ce que le maire va faire, il est ou ? N'est il pas scandaleux de ne pas avoir déjà rendu public ce document ?

A force de refaire leur copie, on peut commencer à douter sérieusement que la "fine équipe" sache sous quel vent naviguer.

En attendant et pour s'occuper on fait des banquets et on discute "motions" entre socialistes lyonnais.

Ecoeurant

jérôme Manin

@Ditirambik
Ne vous en déplaise la gestion de la région ressemble fort à celle de la ville et du Grand Lyon, même Libé commence voir et nous montrer ce qui se cachent derrière la pub et ce que vous empêche de voir vos réflexes pavloviens anti-droite.

@Collision 3
les premières versions du plan de mandat commencent à circuler, c'est une litanie de déclaration d'intention mais pas un seul chiffrage évidemment.

MT

Les bibliothèques ont bon dos.

Une bibliothèque "normale" coûte par an 20% du prix de construction, soit 600 000 euros pour une construction de 3 M d'euros.

Le chiffre donné ne correspond à aucune réalité ou alors on impute à la bibliothèque des coûts venus d'ailleurs...

Hervé

A lire le dénommé Jérôme Manin, Collomb et Queyranne sont presque les responsables de la crise finançière et de la récession mondiale. Réflexe pavlovien anti-gauche ? Surtout un manque flagrant d'objectivité.

jerome manin

@Hervé
Ne retournez pas le reproche que je leur fais de plaider l'irresponsabilité, Vous ne seriez sur ce coup pas plus pertinent en écrivant "c'est celui qui dit qui est" et ce n'est pas le sujet.
Cette seconde partie met en exergue ce procédé qui consiste à transférer des charges au Grand Lyon pour masquer des déficits de gestions que l'on ne peut pas imputer à la crise.
Tant que nous n'aurons pas un vrai bilan du mandat précédent avec (la gestion des ordures ménagères, les ventes du quartier Grolée, des actions CNR, de la participation Eurexpo etc...) et un plan de mandat à venir détaillé et chiffré... nous aurons des responsables de collectivités qui décline à toute les sauces "c'est pas faute" et des Hervé pour les défendre "parce qu'ils sont intelligents même que c'est eux qui le disent"

Ditirambik

Je suis plutôt extrême centre donc pas forcément susceptible de complaisance droite - gauche.

Mais pour être crédible il faut que le jugement soit approprié ; même si l'on peut critiquer de nombreux points, les jugement "à la JM" à l'emporte pièce ne font que renforcer zuper Collomb . Ce qui me semble être l'inverse de l'effet recherché. Comme disait Talleyrand "Tous ce qui est excessif est insignifiant".

La critique de Brennos me semble plus "réaliste" (Et trash en l'occurrence). Et quant à la Région et aux élections prochaines, j'espère que le débat ne se situera pas aussi bas mais sera plus argumenté.

Battling's Friend

Je n'avais pas vu l'indexation sur le cours du baril de pétrole.... C'est terrifiant d'inventivité dans une période ou le baril chute et où le coût du crédit va se raffermir

Quel est le trader public responsable de tout cela ? Arff arfff

VaeVictis

""Dans ce contexte, certaines embauches de chargés de mission, récompensés de leur aide aux dernières municipales ou cantonales, passent très mal.""

De qui s'agit il ? On aimerait bien savoir si le népotisme sévit également en pleine crise. Lybé Lyon a t'il des détails non encore public ?

Par ailleurs , il s'agit de Benoit Quignon et pas Benoit Quiniou.. et je suis estomaqué par le chiffre de 40 % de taux variable ... on est très très loin de la bonne gestion en père de famille. Quant aux prêts structurés, il s'agit d'un gadget qui sera nocif sous peu vu les courbes du pétrole.

jérôme Manin

@Ditirambik
Votre argument secours de dire qu'une chose est son contraire et qu'un avis va à l'encontre de ce qu'il énonce peut vous procurer un sentiment de supériorité intellectuel très salutaire. Cela est tout à fait hors sujet mais votre commentaire standard peut être le bienvenus dans tous les "posts" sans distinction.

Ditirambik

Cher Radical Valoisien, charité bien ordonné commence par soit même.

arthur

"la jungle asiatique du parc de la tête d’or, qui sent pour l'instant plus le sapin que l’orchidée sauvage" :
Excellent !!!

jerome manin

Bravo à LibéLyon pour cet article de fond. A la lecture du 3ème volet on sent de plus en plus que seulement 7 mois après les élections municipales, les lendemains qui chantent promis par Collomb ont été jeté au Rhône. Cela n'augure rien de bon pour ce second mandat. Les lyonnais qui ont suivi massivement Collomb dans sa campagne de pub vont ils comprendre que si l'anti-Perben était compréhensible, cela ne suffisait pas pour faire un programme et n'autorisait pas à promettre n'importe quoi ?

Orange Mécanique

Si au moins la fêtes des merveilles est abandonnée, la crise aura une externalité positive //// ;-) A la trappe le festival de cinéma de loose ou transfert vers le Grand Lyon ?

Tristesse aussi, je me demande comment Lyon va s'en sortir avec des programmes pharaoniques sans les crédits (ou le personnel) qui vont avec.

Battling's Friend

Le programme le - cher c'était celui du Modem
Le plus innovant aussi ..
Cela dit Jm "le jardin sans fin" c'était le même type de bêtises ;-)

romain blachier

tiens j'ai fait un billet sur le théme de la fiscalité dans le Rhône selon la droite
http://minurl.fr/1zk

jerome manin

On le voit, tend à se généraliser la technique pour défendre la politique de Gérard Collomb qui consiste à dire : il y a pire et d'autres aussi on fait des erreurs.. Certes mais cela autorise-t-il a ne pas essayer de limiter mes dégâts de celles actuellement à l'œuvre dans les collectivités territoriales, le Conseil Général y compris.

romain blachier

au vu de l'inflation, 6% sur 6 ans c'est une diminution d'impots sur le long terme.

jerome manin

Si les 6% qui sont une promesse d'aujourd'hui sont tenues à l'image du 4% promis il y a six mois, les "Romain Blachier" peuvent toujours nous dirent que payer plus c'est payer moins, la bonne politique de Gérard Collomb, il faut y croire pour la voir.

Ditirambik

Romain là sur ce coup c'est de la mauvaise foi --
Merci Gérard Premier de nous tondre en temps de vache maigre


Collision3

Et la réponse est : Non !! Gérard Collomb ne connaissait pas l'état des finances publics !!

Que ces derniers augmentent de 6%, de 8% ou plus ; l'inquiétude est là, la machine publique est gérée bien loin du politique.

"Au fait, ça sert à quoi les élections Papa ?"

EricB

C'est pas la crise pour tout le monde, qd on connait certains salaires de dirigeants de grandes institutions (Opéra, etc....). Il y a là aussi peut-être --sûrement, même-- des remises à plat à faire, apres la gabégie de ces dernieres années.

Fredo

Cet article est surtout un moyen détourné de démolir Collomb pour, en creux, encenser Bertrand Delanoê dont la campagne en vue du congrès de Reims (PS) ne décolle pas, s'écrase de plus en plus même.

jérôme Manin

@Fredo
Tous les lyonnais ne sont pas des membres du PS, que l'information circule est un bien pour tous.

krill

et si on tapait dans la subvention de l'OL? Il me semble que Mr Aulas sera capable de se débrouiller...

rodolphe

@ krill, je suis aussi d'accord pour taper dans la subvention d'Aulas, qui de toute façon n'en a pas besoin...

jerome manin

Que des adjoints n'osent pas parler hors anonymat en dit long sur l'état de l'organisation interne de la ville et du Grand Lyon et cela seulement à six mois des élections...

Je pense cependant que l'on peut rester optimiste, le congrès de Reims passé, Lyon va revenir au cœur des préoccupations :
Si Gérard C. obtient son bâton de maréchal, il laissera Lyon "tranquille" et JL Touraine ne pourra maintenir seul l'état d'esprit qui règne actuellement.
Si Gérard Collomb et Ségolène Royal sont renvoyés dans les cordes, il devra faire face à la réalité Lyonnaise et nous osons croire que son amour pour Lyon est plus fort que son égo.

stef

Tout à fait d'accord, l'Olympique lyonnais n'a pas besoin de la subvention de la ville. OL groupe réalise encore un bénéfice à la hausse en 2007/2008 : 20 millions d'euros !

Gloucester69

A lire les commentaires de cette série qui paraît bien (trop bien...) informée on se dit que tout est à faire : réhabiliter l'impôt, le bien public (et donc la dépense publique).
Il y a là un enjeu de société : avons-nous envie de vivre ensemble et sommes-nous prêts à en payer le prix (qui est modique au regard des revenus de certains !)
La politique de la Ville de Lyon est certes critiquable sur certains points (la part de l'évènementiel, la "fête des merveilles" ouf on a senti le vent du boulet !) mais elle peut se lire comme guidée par ce fil du "vivre (bien) ensemble". Parfois Collomb évoque un "projet territorial partagé" (y compris dans les milieux patronaux). C'est une ligne difficile à tenir : il faut se garder à gauche (les nostalgiques de la lutte des classes) et bien sûr à droite (dont la revanche sociale tous azimuts et la désignation de boucs émissaires semblent être les seules obsessions) mais il faut tenir le cap malgré la crise et l'incommensurable incompétence aux sommets de l'état.

Battling's Friend

Vox Populi

La politique c'est promettre peu et obtenir beaucoup.
A Lyon comme à Paris.

Pas l'inverse

jérôme Manin

@Gloucester69
La thèse d'un Collomb Caliméro qui fait tout ce qu'il peut face au méchant gouvernement ne tient pas, cet article (faut-il rappeller qu'on est quand même sur Libé) le prouve.
Encore une fois : la merveille Collomb, il faut y croire pour la voir, vous y croyez c'est bien pour vous, mais nous sommes dans un pays laïque.

Collision3

@ Gloucester

Quel rapport entre vos remarques et l'enquête de Libé Lyon ?
On ne peut pas tout accepter financièrement sous prétexte que les autres sont politiquement moins fréquentable.

La ligne est difficile à tenir, et en l'occurence elle n'est pas tenue.
Et pas "claire" du tout pour finir.

delors

Merci pour cette remarquable enquête, complète et bien documentée.
Dommage que les commentaires ne soient pas à l'avenant.

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