11/02/2009

Université : à Lyon, en droit, de droite et en grève

UNIVERSITE - Depuis le début du mouvement, c'est un phénomène qui intrigue. Lyon III, si peu prompte à se mobiliser d'ordinaire, est en grève illimitée contre le projet de réforme du statut des enseignants-chercheurs, depuis le lundi 2 février (LibéLyon du 3 février). Mardi, dans le cortège lyonnais (5 000 personnes), certains professeurs défilaient pour la première fois à quelques mètres de la Confédération nationale du travail (anarchiste). Pourquoi une faculté de droite se sent-elle pour une fois concernée ? Trois enseignants répondent...

Louis d’Avout, 31 ans, professeur de droit

«Jusqu’à la semaine dernière, je m’étais toujours opposé à la grève. Ce n’est pas dans ma tradition. Je crois que ce qui a vaincu mes réticences, ce sont les propos du président de la République. J’ai le sentiment que plus on monte au sommet de l’Etat, plus le mépris est profond pour le monde universitaire. Les enseignants-chercheurs sont inquiets d’une réforme qui se fait sans eux. A Lyon-III, c’est une mobilisation constructive, positive, qui s’opère sans blocage de l’institution. Beaucoup d’enseignants sont pour la réforme et l’évaluation. Mais pas de cette façon. Le sort des universités, ce devrait être à nous d’en décider, plus qu’à l’administration centrale. Le statut des enseignants-chercheurs unit tout le monde. En revanche, je ne suis pas certain que nous soyons à l’unisson sur l’opportunité d’étendre le mouvement. Personnellement, je suis apolitique et non-syndiqué, et je considère que ce mouvement devrait rester apolitique. Que les étudiants se joignent au mouvement ne me concerne pas. C’est une question de tactique syndicale et je ne suis pas syndicaliste.»


Catherine Fillon, 51 ans, maître de conférences en droit


«Nous sommes bêtes et consciencieux à Lyon-III, la grève n’est pas dans nos habitudes. Mais ce matin encore, il y a cinquante à soixante professeurs déclarés grévistes. Ce qui nous mobilise, quelles que soient nos sensibilités, c’est l’atteinte à notre liberté universitaire. Le transfert des carrières au plan local transformerait un fonctionnement féodal en fonctionnement mafieux, nous en sommes tous convaincus. Ce système permettrait un arbitraire total. La gestion de nos carrières par des potentats locaux nous priverait de toute liberté d’expression, de toute liberté intellectuelle. J’ai l’impression que chaque jour, la mobilisation progresse. La grève qui avait été votée le 2 février a toujours été reconduite depuis. Mais en réalité, nous faisons une grève tournante et les cours ont lieu. Certains d’entre nous assurent leurs cours même s’ils se déclarent gréviste. Les autres essaient de rattraper leurs cours, pour que les étudiants ne pâtissent pas trop du mouvement»

Olivier Faure, 55 ans, professeur d’histoire contemporaine (Snesup)

«Jusque-là, les gens de gauche, dont je suis, étaient considérés comme des pestiférés à Lyon-III. Là, tout à coup, on voit dans les manifs des gens qu’on ne s’attendait pas à voir. C’est tout à fait étonnant. Le statut des enseignants-chercheurs a cimenté le refus. L’idée d’évaluation par nos présidents a fait l’unanimité contre elle. Les universitaires sont habitués à être évalués, mais cela doit se faire sur nos travaux, par sur nos liens avec notre président. La présentation du projet de décret est par ailleurs venue sur un terreau de fort mécontentement, pas toujours exprimé. Il y a eu l’avalanche des réformes, l’augmentation des tâches administratives, qui nous dévorent et nous laissent de moins en moins de temps pour l’enseignement.»

Receuilli par Olivier BERTRAND

Commentaires

Dans le privé, un salarié est évalué par son supérieur hiérarchique.Celà ne transforme pas automatiquement ce dernier en despote, ni le salarié en lèche botte.
En cas de dérive, il existe le DRH, les syndicats et le "N+2"
On peut aussi en dernier ressort aller voir ailleurs ou attendre que le supérieur lui même aille voir ailleurs.
Pour que ce système fonctionne, il faut bien sur que ce fameux "supérieur" ait la compétence pour juger du travail de son "subordonné"; c'est peut être là que réside le problème....
(NB: je n'aime pas les termes de "supérieur" et de "subordonné" que j'emploie faute de mieux )

Étudiante à Lyon 3, je tiens à ce que nous n'oublions pas qu'au sein du mouvement national des universités contre les projets de réformes de l'enseignement universitaire, des étudiants préparant les concours nationaux sont mobilisés depuis le mois de novembre contre les projets de masterisation des concours, entre autres.

Les média rendent compte du mouvement des enseignants de Lyon 3, qui se mobilisent actuellement sur le statut des enseignants-chercheurs. Mais il n'y a pas qu'une seule réforme dont il faut parler. Il y a aussi la réforme du contrat doctoral, la réforme de masterisation des concours du primaire et du secondaire et puis tous les décrets qui découlent de la loi LRU.

Ces réformes remettent en cause l'indépendance des enseignants-chercheurs et la qualité de l'enseignement à l'Université. Mais n'oublions pas que ces réformes affaiblissent la qualité de l'enseignement général du primaire et du secondaire.

En réponse au premier message posté, cher monsieur, c'est bien là qu'est le problème, non pas dans l'évaluation en elle-même, mais dans les modalités de celles-ci. Ce qui a beaucoup contribué à mettre les enseignants chercheurs en grève, c'est que le président de l'université n'est pas obligé de tenir compte de cette évaluation, faite par nos pairs, au niveau national du Conseil National Universitaire (ce conseil est divisé en autant de sections qu'il y a de disciplines, sections elles-mêmes composées de spécialistes élus et nommés de ladite discipline). L'évaluation était donnée, dans la première version du décret, à titre purement indicatif et le président en faisait ce qu'il voulait... Il n'était pas obligé de la suivre et pouvait très bien alourdir le service d'enseignement de quelqu'un qui par ailleurs avait été bien évalué ou alléger le service de quelqu'un qui ne l'aurait pas été...Aucune limite n'étant, par ailleurs, apportée à ladite modulation à la hausse du nombre des heures d'enseignement.
En outre, il n'existait aucune des voies de recours que vous mentionnez dans votre post contre une décision présidentielle manifestement injuste : autrement dit, le personnel de l'Université devenait taillable et corvéable à merci. A mon sens le but est transparent : nous charger au maximum d'heures d'enseignement faites désormais à titre gratuit pour soulager les budgets des universités qui passent à l'autonomie... Mais bon, chut!!! C'est entre nous, il ne faut pas le dire trop fort...Quelques aménagements ont été apportés en janvier à ce dispositif, mais ils sont encore très insuffisants et ils ne nous prémunissent toujours pas contre la prise, à l'échelon local, de mesures arbitraires, de mesures de favoritisme, contre le développement du clientèlisme et autre petits arrangements entre amis. C'est ce que j'ai appelé dans ma discussion avec le journaliste de Libé, le fonctionnement mafieux... Il se trouve que nous l'avons bien connu à Lyon 3, il n'y a pas si longtemps encore (cf notre histoire agitée), que nous venons à peine d'en sortir, et que, pour ma part, je n'ai pas envie de le retrouver consacré et légalisé dans un décret!Bien sûr, on nous assure que l'on mettra des barrières au plan local pour éviter les dérives, mais ces barrières sont fragiles : elles n'engagent qu'un président (dans le meilleur des cas, s'il veut bien respecter les limites qu'il pose), elles n'engagent pas ses successeurs. Alors des barrières et des garde-fous solides, oui, mais dans le texte réglementaire lui-même.

Ah oui, et puis une dernière chose pour l'auteur de l'article : c'est pas sympa de m'avoir collé 10 ans de plus!!! Mais je vous pardonne

En réponse au tout premier message, cher monsieur c'est bien là que se trouve le problème, on peut tout privatiser mais pas le savoir. L'université n'est pas une entreprise, et les étudiants ne sont pas des clients. Il faut bien garder en tête que se sont eux, les enseignant chercheurs, qui marquent les esprits et façonnent le monde de demain

Moi je me souviens que quand on venait faire débrayer les amphis de Lyon 3 "La Manu", on se faisait virer a coup de bombe lacrymo par les vigiles et les fils de dentiste qui ne voulaient pas que les gauchos viennent leur compromettre leurs precieux partiels de futurs maitres du monde. Maintenant ils pleurent, parce qu'ils sont les prochains sur la liste de ceux qu'ils ont élu (dommage hein ... ?). Qu'ils crevent !!!

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