Un an après l'explosion, les sinistrés du cours Lafayette tentent de se reconstuire
SOCIETE - C'était il y a un an. Une explosion tuait un pompier et touchait 21 immeubles dans le centre de Lyon. 1.200 personnes devaient être évacuées. Zora Aïssou, 35 ans, travaillait comme tous les matins dans son salon de coiffure, 117 cours Lafayette à Lyon. Peu avant midi, les pompiers ont poussé la porte de son commerce, lui ont demandé d'évacuer les lieux. Elle s'est exécutée, a attrapé son téléphone portable, s'est rendue au coin de la rue attendre que les secours finissent leur travail. Puis l'immeuble a explosé. Elle n'a jamais revu son salon de coiffure. Hervé Delorme, propriétaire d'un appartement au dernier étage du 119 cours Lafayette, jouait au golf en dehors de Lyon ce jour-là. Sa femme lui a téléphoné pour le prévenir. Leur immeuble venait d'exploser. Gaëlle Marienneau, 22 ans, locataire du premier étage travaillait au service comptable de la ville de Lyon. C'est son petit ami qui l'a prévenue. Zora, Hervé et Gaëlle ne sont pas prêts d'oublier ce jour où leur vie a basculé, comme celle de 75 personnes qui n'ont toujours pas pu retrouver leur appartement du cours Lafayette...
"Tout le monde a essayé de profiter de la situation"
Un an après, ils tentent de se reconstruire. Zora a rouvert un salon de coiffure plus bas sur le cours Lafayette. Elle s'est battue des mois pour retrouver un local où exercer son métier, en attendant que les assurances se mettent d'accord, que les travaux de réhabilitation débutent (pas avant fin avril), et que son commerce ne rouvre, pas avant deux ou trois ans pense-t-elle. « Un beau jour vous sortez dans la rue, téléphone portable à la main et deux minutes plus tard, vous n'avez plus rien », résume-t-elle.
Elle avait fini de payer les traites de son magasin, était propriétaire des murs et du fond de commerce au 117 cours Lafayette. Elle a dû se retrousser les manches bien haut pour ne pas sombrer. « La ville a proposé de me louer un préfabriqué après l'explosion, mais ils me demandaient 30 000 euros pour l'installation et 2295 euros de loyer mensuel. J'ai dit non, d'autant qu'ils ne m'autorisaient à rester que six mois sur la voie publique. » Elle s'est donc débrouillée seule, a fait le tour des régies pour trouver un local. « Tout le monde a essayé de profiter de la situation, dit-elle. Comme ils savaient que je serais remboursée par les assurances, les artisans à qui je demandais de faire des travaux ont tous essayé de gonfler leurs factures. »
Heureusement l'assureur de Zora était d'accord pour l'aider. « Mais mi juillet, devant la situation, il m'a dit stop » Elle travaille aujourd'hui six jours sur sept pour remonter la pente, a retrouvé quelques clients. Mais tous ceux qu'elle avait avant ne savent pas ce qu'elle est devenue. « Une gerbe de fleurs avait été déposée sur le trottoir en face de la devanture, les gens croyaient qu'une coiffeuse était morte. » Zora est bien vivante, et compte bien s'en sortir.
"Marquée à vie" par l'explosion
Gaëlle, l'ancienne locataire du premier étage, a retrouvé un appartement trois mois après la catastrophe. Stagiaire à la ville de Lyon, elle a aussi été titularisée depuis. Mais elle devra encore attendre un an ou deux avant de réaliser son projet professionnel. Deux semaines après l'explosion, elle devait passer le concours d'adjoint administratif. « Je l'ai raté, dit-elle en serrant les dents, mais je n'étais pas dans les meilleures conditions. » En effet, elle avait tout perdu dans l'explosion : vêtements, souvenirs, photos, lettres, meubles...
Sept mois après, elle a pu retourner sur les
lieux, le 15 septembre dernier. Elle raconte : « Il faisait noir, nous
avancions à la lumière d'une lampe de poche, j'avais des gravas jusqu'à
la taille, mais j'ai pu récupérer un cadre photo qui dépassait des
décombres dans mon ancien appartement». Un cadre en bois qu'elle a poncé et
reverni, puis installé dans son nouvel appartement. « Cours Lafayette, c'était mon
premier logement, j'avais pris la plus petite assurance,
explique-t-elle. Je n'ai récupéré que 500 euros, le plafond de mon
assurance habitation». Bien loin des sommes réinvesties depuis par la
jeune femme et sa famille pour la reloger. Sa
régie lui a même retenu 50 euros sur son ancienne
caution. « Ils m'ont même demandé de leur rendre les clés ! », raconte la jeune Gaëlle,
« marquée à vie » par l'événement.
Des appartements ouverts pendant un an
Le propriétaire du dernier étage, le joueur de golf, Hervé Delorme, ingénieur à la retraite, a lui aussi retrouvé un appartement. « Un meublé puis, trois mois plus tard, un appartement dans le sixième arrondissement très sympathique, mais ce n'est pas le mien », dit-il. Depuis un an, avec sa femme, ils n'ont pu revoir qu'une seule fois leur appartement du 119 cours Lafayette. Les neufs portes fenêtres avaient été détruites dans l'explosion. « Notre logement est resté ouvert au vent, à la pluie et à la pollution, sans chauffage, pendant un an », dit Hervé. « Les dommages sont considérables, la marqueterie des meubles s'est même décollée ».
Hervé dit avoir « très peur pour la suite ». Car selon lui, « chaque assureur cherche à ne couvrir que ce qu'il doit couvrir ». Il a peur de « perdre des plumes au passage ». Néanmoins, avec sa femme, ils espèrent retrouver leur logement le plus vite possible. Les travaux devraient débuter fin avril, selon les estimations de Vincent Delattre, le président de l'association qui défend les sinistrés du Cours Lafayette. Dans le meilleur des cas, les propriétaires pourraient retrouver leur logement fin 2010, ou dans le courant du premier semestre 2011.
Lucie BLANCHARD




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