Un ancien haut fonctionnaire publie une charge contre la rue de Valois
CULTURE - Longtemps, l’ancien adjoint à la culture et au patrimoine de la Ville de Lyon (2001-2008) Patrice Béghain eut du mal à se départir de la prudente réserve et de l’onctuosité verbale du haut fonctionnaire de la Culture qu’il fut depuis 1981 (1). Propulsé dans l’arène politique, théâtre de petites phrases assassines, de rapports de force et de coups d’éclats médiatiques, il resta mesuré dans ses engagements, subtil dans son expression, légitimiste vis-à-vis de ses chefs – et surtout de son maire, Gérard Collomb, même quand celui-ci faisait peu de cas de lui. Libéré de toute fonction officielle, l'ancien adjoint bine et débine. Il se fait acide et direct. Depuis son petit village du Lot, où il coule une studieuse retraite vouée à la lecture, l’écriture et la botanique, il vient d'écrire une « Lettre au successeur d’André Malraux », à paraître dans trois semaines (2), mais déjà en ligne sur son blog. Un sévère réquisitoire contre les « défaillances », la « banqueroute » et le « discrédit » qui frappent le ministère de la Culture depuis quelques années...
D’emblée, l’énumération des derniers locataires de la rue de Valois distille un savoureux fiel : Aillagon ? « Il en rêvait depuis longtemps, pensait y faire florès, mais ce fut un fiasco ». Donnedieu de Vabres ? « Un politique habile qui crut durer à force de bonhomie, mais qui perdit tout ». Albanel ? N’ayant « connu jusque là que L’Elysée puis Versailles », elle « n’a cessé sans doute de se demander pourquoi on l’avait envoyée rue de Valois succéder à André Malraux ! ».
La perte d’influence du ministère de la Culture tient certes à des raisons objectives. L’indépendance accrue des établissements publics (type musée Louvre ou BNF) et l’implication croissante des collectivités territoriales (qui apportent désormais 2/3 des financements publics de la culture) ont progressivement transformé le ministère de la Culture en un « acteur secondaire ». Mais l’incurie et l’inertie des politiques ont converti ce retrait en déroute. « Au quotidien, vous laissez le soin à vos DRAC (Directions Régionales des Affaires Culturelles) d’annoncer les baisses de subvention, tout en amusant la galerie par les Entretiens de Valois, dont la confidentialité laisse perplexe » écrit Patrice Béghain.
Face à ce constat, l’ancien adjoint prodigue un conseil d’une simplicité désarmante assassine : « puisque vous ne pouvez plus faire grand-chose, il faut passer la main » ! Et il ajoute : « Mais cette fois le faire dans la clarté, pas de cette façon mi-cynique mi-honteuse, qui est la vôtre depuis quelques années, au terme d’un vrai débat, et honnêtement ».
Le débat, justement, Patrice Béghain souhaite l’alimenter de façon constructive. Sa Lettre ne vise pas à prôner (comme d’autres avant lui) la disparition du ministère de la Culture. Il appelle au contraire (comme d’autres avant lui) à une refondation de la politique culturelle de l’Etat « autour de priorités définies dans un esprit partenarial » et grâce à « une administration centrale et régionale de la culture forte ».
Pour actualiser ce qui avait été engagé par Malraux, il préconise un première mesure forte : « mettre un terme (par un moratoire) à la folle dérive parisienne des investissements culturels de l’Etat » et « fixer un objectif de rééquilibrage des dépenses au profit des régions ». Exemple : pas la peine de créer une « triennale » à Paris quant il existe une « biennale d’art contemporain » à Lyon. Il suggère ensuite d’accompagner les transferts de compétences et de crédits au profit des collectivités, d’identifier à chaque fois un chef de file, et de privilégier la Région qui « apparaît comme le nouvel échelon pertinent d’impulsion et de gestion des politiques culturelles publiques ».
A ce stade de sa réflexion, Patrice Béghain, qui a décidément pris goût à la politique politicienne, interroge : « Aurez-vous, madame la ministre, monsieur le ministre, l’audace – toute relative – de passer la main aux Régions, nonobstant le fait qu’elles sont pour l’instant très majoritairement gouvernées par la gauche ? ». Depuis son jardin du Lot, le botaniste Patrice Béghain semble prendre plaisir à cultiver les plantes à épines.
Anne-Caroline JAMBAUD
(1) Après avoir exercé les fonction de Directeur des affaires culturelles en Franche-Comté, Midi-Pyrénées puis Rhône-Alpes, il est délégué général de la Fémis (Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son) de 1996 à 1998, puis membre du cabinet de Catherine Tasca, ministre de la Culture et de la communication en 2000 et 2001.
(2) Patrice Béghain, Le cours du fleuve fait le mien, entretiens avec Nelly Gabriel et Jean-Pierre Saez, suivis de « Lettre au successeur d’André Malraux », 180 pages, 13 euros, Editions La passe du vent (sortie prévue le 15 mars).




Il dit vrai.
Rédigé par : SANTOS FONSECA osmar | 23/02/2009 à 13:37
Il y a beaucoup à redire sur le ministère de la culture, mais je pense que ce monsieur est complètement à côté de la plaque. Il reste dans le schéma actuel d'un ministère qui agit pour les artistes alors qu'il devrait oeuvrer pour le peuple. C'est pour cela que nous avons une culture prioritairement élitiste plutôt que prioritairement populaire... Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi la répartition selon les régions devrait être prioritaire par rapport aux départements, communautés de communes et communes. Ca revient à remplacer une centralisation par une vingtaine de centralisations...
Rédigé par : Plum' | 23/02/2009 à 14:37
et les étudiants dépendant du ministère de la culture on en fait quoi?
Rédigé par : Kmye | 23/02/2009 à 14:59
Il dit vrai.
Celui qui fut, et de loin, le meilleur orateur de la maison Collomb a un peu tardé pour mettre en scène ses critiques.
On regrettera que, malgrè la justesse du propos, ce dernier a attendu sa retraite pour sortir de sa réserve.
De tel propos, lorsqu'il était adjoint en charge de la culture à Lyon, aurait eu beaucoup plus d'impact.
Rédigé par : Battling's Friend | 23/02/2009 à 15:25
Je ne me souviens pas d'un Patrice Béghain "mesuré dans ses engagements, subtil dans son expression, légitimiste vis-à-vis de ses chefs", surtout sur son blog qui était peut être le plus agressif de la blogosphère lyonnaise.
Je me souviens notamment des articles pour le moins insultants et triviaux à l'encontre de Nicolas Sarkozy et de l'UMP au moment des élections présidentielles de 2007.
Il semble cependant que le nouveau blog laisse une plus grande part à la réflexion personnelle de son auteur qui semble s'être au contraire assagi avec la retraite
Rédigé par : Rodolphe ROUS | 23/02/2009 à 16:27
si vous voulez en savoir plus sur le désengagement du ministère de la culture des écoles d'art. Le site de la coordination nationale des enseignants en école d'art
http://blog.cneea.fr/
Rédigé par : chuck | 23/02/2009 à 16:30
on lèche
on lache
on lynche
Rédigé par : leined26 | 23/02/2009 à 16:36
Venez écouter Patrice Beghain parler de Camus & Sartre, le samedi 14 mars à 17h au Théâtre de la Croix-Rousse, il sera en verve! (enfin, on l'espère...)
Rédigé par : Amateur d'Art | 23/02/2009 à 17:13
Mr Beghain c'est cet amoureux de son milieu qui écrit sur son blog en 2007, alors qu'il est responsable de la culture à Lyon (je cite ) :
"Deux grandes présences à Lyon cette semaine, deux artistes majeurs: Edouard Bond aux Célestins,...David Lynch à l'Institut Lumière....... Elle est loin la province de jadis! Leur parole, leur aura nous réconfortent dans la médiocrité ambiante
Bond et Lynch à Lyon"
Par patrice beghain, lundi 5 février 2007 à 01:20 :: Culture
Rédigé par : LART OU COCHON | 23/02/2009 à 17:15
Depuis des années la part la plus importante du ministère de la culture est utilisée pour des "projets élyséens", il ne reste que des miettes pour le reste.
Le tournant a été pris sous Pompidou puis le processus s'est emballé sous Miterrand (les sommes consacrées à la rénovation du Louvre ont atteint des sommets) puis Chirac avec son musée des Arts Premiers.
Regardez les chiffres de la Cour des Comptes....vous comprendrez qu'il ne reste presque rien pour le reste. Et maintenant Sarko veut y aller de son musée officiel de l'HISTOIRE.....
Rédigé par : kecebo | 23/02/2009 à 17:49
Celui qui a incarné malgré une grande culture et un gros cigare "l’incurie et l’inertie des politiques" a grand courage de donner des leçons et d'attaquer Paris.
S'il établissais enfin un Bilan de l'action clientèliste, arriviste et contre-productive qu'il a mené avec son compère Collomb, il pourrait discrètement en bon candide cultiver son jardin et s'y tenir.
Rédigé par : Jérôme Manin | 23/02/2009 à 18:20
Pour avoir suivi un cours de master sur la culture par Monsieur Béghain, je présage sans avoir lu le livre un un avis engagé, non pas pour la politique politicienne, mais pour la politique culturelle, donc intéressant. Et s'il écrit comme il parle, c'est dans un français au charme surranné de la vieille école qui est un vrai plaisir.
Rédigé par : Mathieu | 23/02/2009 à 18:43
Il est dommage que, Mr Béghain, haut fonctionnaire de la culture... et élu... de la culture, ne se fasse " que maintenant " le pourfendeur d'un ministère auquel il a longuement participé à haut niveau, Monsieur de Kersvadoué, également haut fonctionnaire en a fait autant avec " la gestion des hôpitaux "
publics " dont il était un éminent responsable et je pense que bon nombre de " hauts fonctionnaires" pourront faire éditer leur "désarroi" personnel a appliquer une politique qu'ils condamnent - a postériori - Retraité(s), n'ayant plus cette " obligation " et ce " devoir de réserve " de tout fonctionnaire haut ou bas placé... Mais enfin " ILS " l'auront écrit... Nous attendons de nouvelles confessions... dont les nouveaux " hauts fonctionnaires " pourront tirer profit(s)
Rédigé par : ange vain | 23/02/2009 à 23:01
Après avoir lu in extenso la lettre, quelques remarques s'imposent.
Qu'elle soit partisane, social-démocrate grand teint n'est ni étonnant, ni condamnable. Après tout l'objectivité en politique comme ailleurs appartient au conte de fée.
Que la petite marquise Lang, le pire m(s)inistre de la Culture de la 5eme République soit épargné ne relève plus du partisan, mais de l'aveuglement ou de la propagande de comptoir.
L'air de rien, ce texte est plus près de M. Sarkozy que de M. Malraux. Il fait parti de l'arsenal politique mis en place pour la disparition du mystère de la culture.
Une clarification s'impose pourtant.
Plum commence bien mais finit mal.
Oui plum a raison de dire "qu'il reste dans le schéma d'un ministère qui agit pour les artistes alors qu'il devrait œuvrer pour le peuple". Malheureusement la suite retombe dans ce même travers. C'est à cela et seulement à cela que devrait servir un truc pareil. Les artistes n'ont pas besoin d'aide de l'Etat. Par contre, pour les musées, les théâtres -le bâtiment-, les maisons de la culture, etc, tout ce qui est infrastructure, tout ce qui relève de la conservation du patrimoine comme la Comédie Française par exemple, la Cité de la Musique, oui l'argent de l'Etat est nécessaire.
La création non seulement s'en passe mais a tout intérêt à s'en passer au risque d'être redevable. Pas d'argent sans contrepartie, ça n'existe pas ça, sauf dans les discours politiciens et dans la propagande.
Je m'attendais à une réflexion plus pénétrante. Je me suis retrouvé devant un catalogue de banalités plus ou moins techniques aussi discutables les unes que les autres. Une dissertation de fonctionnaire prétentieux, drapé dans sa dignité de retraité qui regarde le monde du haut de l'autoproclamation de son expérience et de sa sagesse. La presse pipole comme sarkolibe s'empresse déjà de pointer deux ou trois petites phrases sans intérêt, mais le reste ne l’est guère moins.
Rédigé par : B.Traven | 24/02/2009 à 07:41
"L'élitisme, c'est produire volontairement quelque chose d'hermétique, et c'est hautement répréhensible. L'élitisme peut très bien produire de la m..., quand la simplicité ou le souci d'accessibilité peuvent produire des perles et réciproquement.
Le cinéma politique italien des années 70 n'était pas élitiste, il reste pour autant d'une intelligence inégalée."
S.B
Rédigé par : S.B | 24/02/2009 à 14:10