La Traviata s'offre gratuitement en Rhône-Alpes
OPERA - C’est une première. L’Opéra de Paris s’y est toujours refusé, sans doute pour garder son standing. Les opéras dits de province, eux, manquent souvent de moyens pour l’envisager. Directeur de l’Opéra de Lyon, Serge Dorny a réussi à réunir différents partenaires dont la Région Rhône-Alpes pour réaliser une véritable fête de l’opéra : retransmettre en (quasi) direct et en haute définition une représentation sur les places publiques. Six villes rhonalpines sont de la partie (Saint-Etienne, Grenoble, Chambéry, Thonon-les-Bains, Valence et Lyon). Six villes et un opéra, le plus beau et le plus populaire qui soit : La Traviata...
Une fois n’est pas coutume, Serge Dorny a repris pour l’occasion une des mises en scène les plus classiques du répertoire de l’Opéra de Lyon, la production de Klaus Michael Grüber initiée au Châtelet en 1993. Ancien assistant de Giorgio Strehler, grand monsieur du théâtre allemand, Grüber est décédé l’an dernier. Sa Traviata n’est certainement pas sa meilleure production. Elle ressemble un peu trop à une œuvre de fin de vie, développant un indéniable savoir-faire notamment dans l’utilisation des chœurs, mais se cantonnant à un minimalisme froid assez conventionnel, sans véritable inspiration (pas un geste amoureux ou une étreinte dans un des opéras qui parle le plus d’amour sous toutes ses formes, on frise le contresens). Les costumes de la pauvre Violetta frisent le mauvais goût sans jamais y tomber, mais les noirs décors de Lucio Fanti reprenant tout du long le motif des branches d’arbre annonçant la mort comme une radio pulmonaire de la dame aux Camélias maintiennent une belle homogénéité. Mais l’intérêt n’est évidemment pas dans cette mise en scène passe-partout, assez statique pour ne déranger personne mais assez lisible pour ne pas décevoir vraiment. L’intérêt principal, c’est la Violetta d’Ermonela Jaho, soprano aux aigus éclatants qui n’oublie pas que La Traviata est aussi un opéra de chambre où pleurer des rivières sur les amours déchues. Pas de vocalises gratuites ici, de la gymnastique de haute volée quand il s’agit de courir après les plaisirs (un grand gimmick de Verdi) et une voix susurrée, absolument bouleversante, quand elle accepte de se résigner par amour sous les exhortations du père de son Alfredo adoré. Alfredo, justement, c’est l’autre révélation de cette Traviata réjouissante : un ténor subtil lui aussi (Edgaras Montvidas), qui n’a pas peur de jouer la timidité de son personnage et qui sait ce qu’il chante (un homme amoureux d’un amour plus grand que lui), ce qui nous change d’un Roberto Alagna par exemple, tout gros organe qu’il ait. Les deux soirs où nous y étions (on aime La Traviata ou pas !), pas un applaudissement ni une mouche ne volait pendant que ces deux-la chantaient. Même le chef d’orchestre aussi mécanique qu’un métronome de caserne, Gérard Korsten, était obligé de les entendre à défaut de les suivre. Une qualité d’attention totale. De beaux moments de communion, difficiles à éprouver lors d’une projection. La retransmission sur grand écran gonfle et nivelle le son comme au cinéma, enjolive beaucoup, mais ne donne pas forcément à entendre la magie d’une voix en direct que seule la scène permet. Elle a néanmoins l’avantage de faire découvrir et de sensibiliser à un art total, toujours impressionnant quand on le découvre la première fois, et encore longtemps après. C’est tout le mal qu’on souhaite aux découvreurs de cette Traviata : attraper le virus et aller ensuite à l’Opéra, par exemple réentendre Edgaras Montvidas en Lenski dans Eugène Onéguine la saison prochaine. Rappelons-le : contrairement aux idées reçues, une place d’Opéra à Lyon ne coûte pas plus cher qu’une place de foot, ce qui n’empêche pas de faire les deux !
Luc Hernandez
Lieux de projection de La Traviata à 21h30 :
- Les Estivales du Château à Chambéry
- Parc Jean Verlhac à Grenoble
- Place Jean Jaurès à Saint-Etienne
- Plage municipale à Thonon-les-Bains
- Parc Jouvet à Valence
- Aux Nuits de Fourvière à Lyon (à minuit, complet)
Les misanthropes et autres asociaux peuvent aussi voir La Traviata en restant chez eux : en direct sur Mezzo à 20h et en différé à 21h30 sur TV8 Mont Blanc, TLM, TL7 et Télé Grenoble
La Traviata est aussi à l’affiche de l’Opéra de Lyon jusqu’au 7 juillet.




Après les prix de la critique et cette belle initiative, c'est décidément l'année de l'opéra de Lyon.
Rédigé par : Rémi | 06/07/2009 à 10:13