Un robot élevé comme un petit humain
SCIENCE - Brrr, le petit robot me fixe. Deux bras, deux mains finement articulées, des jambes, deux yeux de résine dotés d’une caméra, qui suivent les mouvements. Ce que “voit” le robot, moi, vous, s’affiche en temps réel sur un écran d’ordinateur. Troublant, surtout quand on connaît la suite. Icub le robot a fait son entrée dans le grand monde mercredi 1er juillet, présenté par l’équipe d’une dizaine de chercheurs lyonnais (1) qui va désormais s’atteler à son “éducation”. Car c’est bien d’éducation qu’il s’agit. Le réseau informatique d’Icub est une maquette du cerveau humain, son corps celui d’un enfant de 3-4 ans. Une manière de petit d’homme en devenir, conçu grâce aux avancées des sciences cognitives, neurobiologie et psychologie, et aux merveilles de la robotique, à 300.000 euros juste pour les pièces...
Icub
va avoir une double mission : parce que son système copie notre matière
grise, le robot permettra de mieux comprendre son fonctionnement et,
partant, d'identifier les causes des maladies neurologiques. L’équipe a
choisi de travailler sur la maladie de Parkinson. Son autre tâche, qui
justifie l’allure humaine d’Icub, est de nous servir, lui ou des
successeurs, de compagnon. “Pour étudier un cerveau humain dans un
corps humain, il faut qu’il nous ressemble. Pour la facilité de la
coopération homme-robot aussi. C’est un des meilleurs robots humanoïdes
du monde”, s’enthousiasme Peter Ford Dominey, directeur de recherche
CNRS devant son “cub” (petit d’animal en anglais : wolf cub =
louveteau). Qui reconnaît : “Je ne considère pas Icub comme un enfant,
mais, c’est sûr, il est plus qu’un objet”.
Coopération. Ainsi, Icub voit, entend, questionne, répond. Il identifie des objets, fait son apprentissage en observant les humains, sait peu à peu participer à leur actions, anticiper leurs demandes. Exactement comme un enfant. C’était là l'intuition de départ de Peter Ford Dominey, qui travaille sur le sujet depuis une quinzaine d’années : se calquer sur le développement psychomoteur infantile, pour “élever” ses robots. Ça a marché. D’abord copier des gestes. Passer à l'acquisition du langage qui permet d’échanger et d’agir sur son environnement. Enfin, se faire une représentation de soi et développer le sens de la coopération.
Ce jour là, Icub a joué à “mais où est donc caché le jouet ?”. Tiens, il est sous le carton. Et il commence déjà à savoir aider un humain à “monter des pieds sur une table, genre Ikea”, dit Peter Ford Dominey. Ce qui, on le sait, n’est pas une mince affaire. Les premiers mouvements sont laborieux, puis se fluidifient, au quatrième pied, Icub propose, sans qu’on le lui demande, de le fixer comme il a agi avec les trois précédents. Prochainement, les chercheurs vont lui faire faire ses premiers pas. Ils vont chausser ses pieds métalliques de semelles antidérapantes et le mettre sur... un trotter.
Compagnon. “Je pense que, dans le courant de notre siècle actuel, les familles investiront dans un robot de maison comme elles s’achètent aujourd'hui une voiture. La France, l’Europe ont fait ce pari. Ils pourraient devenir leaders mondiaux sur ce créneau”, espère ce lyonnais d’adoption, américain d’origine. “Dans les foyers, il arrivera comme un apprenti, qui prendra les habitudes de la maison”. Il l’imagine aussi veiller auprès d’une personne âgée, gérer la rééducation d’un convalescent, servir de compagnon à des enfants autistes pour qui le contact avec autrui est parfois compliqué. “Dans ce projet nous allons également donner au robot la motivation pour explorer par lui-même les choses, dans son temps libre”. De plus en plus autonome, donc. Un jour incontrôlable ? “Il a des systèmes de sécurité. Même s’il a l’air gentil, il est capable de faire mal. Nous avons entré des paramètres capables de gérer sa force”...
Sandrine BOUCHER
(1) du Robot Cognition Laboratory (Institut cellule souche et cerveau, Inserm/Université Claude Bernard)




Le robot est peu intéressant parce que largement déjà produit ou en cours de production. En revanche, nous devrions voir les premières intelligences artificielles réellement autonome dans le monde du domotique d'ici pas longtemps. Ou du moins de notre vivant.
Rédigé par : Battling | 02/07/2009 à 09:56
vieille gaffe methodologique ce n'est pas parce qu'un avion vole qu'il fonctionne comme un oiseau.
Quand au coup du "etude du parkinson", ca sent bon le dossier de demande de subvention : on n'a des sous que si on fait rever, pas en disant qu'on veut juste faire progresser le savoir.
Rédigé par : catherine de sienne | 02/07/2009 à 13:14
Ca nous change des millions de petits humains élevés comme des robots.
Rédigé par : Cafouille | 02/07/2009 à 15:03
c'est extra ...
j'attends cela depuis longtemps.
mais en ia on en est où en équivalent age machine -> homme ?
Rédigé par : francoiq | 02/07/2009 à 17:29
Quand je pense au nombre incalculable de fois où je me suis fait foutre de moi lorsque je disais que "Blade Runner" ou "Terminator" étaient des films précurseurs ou visionnaires. Icub, les drones militaires sont, me semble-t-il, un premier pas.
Rédigé par : JC | 03/07/2009 à 10:45
Très bien. Et il a quelle tête ? On peut voir ?
Rédigé par : Cécile | 03/07/2009 à 11:52
ces "chercheurs" sont plus scientistes que scientifiques, à 300 000 euros de pièces plus les heure de boulot ça fait combien de RMI?...
joujou la science rime parfois(souvent) avec bobo la tête.
Rédigé par : enclumier zingueur | 04/07/2009 à 17:06
Lyon, lundi 6 juillet 2059,
Alors que la température extérieure atteint les 50°C, les derniers humains de la ville ont réussi à se retrancher dans les sous sols de l'ancienne gare de Perrache.
Ils se faufilent, entre les restes d'animaux et d'humains, croisant parfois des rats de la taille d'un chien errant.
Dehors, les forces armées de Icub ont stoppé les festivités des 50 ans de la création de leur souverain, pour venir les pourchasser et enfin en terminer avec ces tyrans qui les ont exploités pendant si longtemps.
Pauvres humains! Ils auront fini par avoir raison d'eux-mêmes, polluant l'air jusqu'à le rendre irrespirable sans masque à oxygène, créant la machine qui allait accélérer leur perte.
Rédigé par : le mot de nico | 06/07/2009 à 12:22
Un an après cet article,
à l’heure où l’on devrait faire le bilan de la stratégie de Lisbonne (faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010)… où en est actuellement l’intelligence de ICub ?
Il y a deux ans ceux qui le présentaient lui donnaient les capacités d’apprentissage d’un enfant de deux ans (parfois 10 mois suelement !! sourire²²²)
En éliminant les effets bulle destinés aux financeurs (nous sommes ici entre nous, ils ne lisent pas ces forum), ICub a-t-il enfin les capacités d’apprentissage d’une mouche de 1 jour ?
Merci d’avance pour la réponse.
Rédigé par : Alphonse Brunstein | 13/06/2010 à 18:39