Des lycéens défavorisés du Rhône en prépa à la prépa
Photo : Sébastien EROME
ENSEIGNEMENT - Debout dans le grand amphi, ils s’exercent à maîtriser leur souffle,
pour combattre le stress. Ils sont 29 élèves, respirent doucement,
bloquent leurs poumons quatre secondes, avant d’expirer lentement.
Joade reste sérieux, Faustine réprime un fou rire. Ils pourraient être
en vacances comme leurs copains de lycée, mais suivent les cours de
«l’Ecole d’été» . Pour la deuxième année consécutive, dix jours
dispensés à l’Insa (Institut national des sciences appliquées) de
Villeurbanne (Rhône), et entièrement pris en charge pour permettre
aux lycéens de familles modestes de préparer leur intégration dans des
classes préparatoires aux grandes écoles. L’idée est venue en 2007-2008, du constat
que 3 % seulement des élèves de zones urbaines sensibles
intégraient des classes préparatoires (3,4 % cette année)...
Ludique.
Pour rassurer ces 29 élèves, considérés comme «les plus méritants», ils
sont logés pendant dix jours dans des studios individuels, ne manquent
pas de loisirs collectifs, mais suivent un programme dense : techniques
de communication par le regard, la voix, la démarche et le geste ;
autoévaluation de sa position dans un groupe ; construction d’un réseau
au sein d’une grande école. Et visites des établissements qui
participent au dispositif. Les Ecoles normales supérieures de Lyon,
l’Insa, et l’Ecole de management. Des rendez-vous particuliers ont lieu
aussi pour des visites des lycées qui les accueilleront en prépa, en
compagnie des proviseurs.
L’enseignement est plutôt ludique. Ceux qui intégreront des prépas scientifiques ont ainsi travaillé jeudi avec une troupe de théâtre, pour écrire et jouer des saynètes sur le métier d’ingénieur. Et pour la gestion du stress, deux formateurs décortiquaient hier avec humour le phénomène biologique, avant de suggérer quelques réponses à adopter à l’abord de la première mauvaise note. Le préfet de région (Rhône-Alpes), Jacques Gérault, est venu les saluer mercredi. Il leur a résumé les enjeux de ce dispositif : «Si les Anglo-saxons favorisent certains en fonction de leur race, de leur religion ou de leurs ethnies, ce n’est pas notre conception. La République française s’est créée sur l’égalité de tous les citoyens en fonction de leurs mérites. Mais il faut avoir le courage de reconnaître que cette égalité de principe n’existe pas dans les faits. Des élèves très brillants de certains lycées ne vont jamais vers les classes préparatoires.»
«Valables». Pour rattraper cela, l’académie a monté un programme complet (lire), mais la difficulté consiste à bien cibler les élèves. Ne retenir que des lycéens boursiers est injuste. Il arrive que des enfants d’ingénieurs au chômage le soient, alors que le cursus de leurs parents ne les place pas en autocensure face aux études supérieures. A l’inverse, certains parents d’élèves non boursiers n’ont jamais dépassé la troisième. Les proviseurs se sont chargés, dans les 52 lycées, de repérer les élèves «méritants» qui se trouvaient les plus éloignés culturellement des classes préparatoires, en zones urbaines sensibles et à la campagne notamment.
«Si vous avez été recrutés, les
rassure le préfet, ce n’est pas parce que vous êtes d’origine modeste.
C’est parce que vous êtes valables ! Parce que vous le méritez !» Ils
n’en doutent d’ailleurs pas. «Cette formation, ce n’est pas un statut
particulier, souligne Joade. Ce n’est pas un piston. Nous l’avons
méritée.» Faustine opine, et ajoute: «On ne doit rien à personne.
D’autres doivent beaucoup à papa et maman quand ils se retrouvent en
prépa. Ce n’est pas notre cas.»
Mobilisés. Les enseignants leur ont
bien fait comprendre qu’une fois les chances (un peu) nivelées, rien ne
leur serait donné. «Ils ne nous font pas miroiter que ce serait facile,
confirme Estelle. Ils nous ont aussi expliqué qu’on venait d’atteindre
un objectif, et qu’on risquait une déprime.» Le préfet a insisté auprès
d’eux sur ce point : «Vous allez traverser des moments difficiles,
prendre des coups de bambous avec les premières mauvaises notes. Tenez
le coup. Ayez confiance en vous !»
Des élèves de l’année dernière sont venus témoigner, et les encourager. Depuis l’école d’été d’août 2008, ils communiquent entre eux par Internet, et se sont mobilisés à Noël lorsque l’une des stagiaires a fait une grosse déprime. Ils l’ont convaincue de poursuivre la prépa, avant de prévenir enseignants et parents lorsqu’ils ont craint qu’elle ne fasse une bêtise. La jeune fille a repris les cours. Et sur les 23 élèves qui avaient suivi l’Ecole d’été 2008, 20 entrent le mois prochain en deuxième année de classe préparatoire.
Olivier BERTRAND
Lire aussi : Plus de boursiers en prépa dans le Rhône




C'est Big Brother ?
Rédigé par : glamouille | 29/08/2009 à 15:09
Curieux, tout cela. Depuis quand les préfets investissent-ils ainsi le champ éducatif? Il n'y a donc plus de recteur dans l'académie de Lyon. il faut dire qu'on s'en doutait depuis un certain temps. La nature a horreur du vide et le préfet n'a pas besoin de se faire prier pour occuper la scène. En temps normal, le préfet se ferait rappeler à l'ordre par le ministre de l'Education nationale, pour cet empiètement scandaleux. M. Châtel va sans doute le remercier, et son recteur lui demander de recommencer. Encore, encore, on aime ça! À croire que certains aiment être sous la botte. Oui, vraiment, on veut mettre le système éducatif au pas. Triste affaire.
Rédigé par : A. Morvan | 29/08/2009 à 16:42
les "ECOLES des PERDANTS" où "La France qui recule".En observant la gestion de nos grandes entreprise: une conclusion vient immédiatement à l'esprit. Ces écoles que l'on nous présente comme prestigieuses,ne "fabriquent" que des nabots qui défendent leur esprit de corps tels des maffiosi. Le chemin universitaire est bien le plus démocratique et le plus accessible.Notre économie se porterait mieux en supprimant ces écoles au stérile nombrilisme.
Rédigé par : ABDULAZIZ | 29/08/2009 à 16:44
Bien triste affaire en effet que de voir le préfet investir à ce point le champs éducatif. Pourquoi diable le recteur n'est pas mentionné dans cet article ? Est-il encore en vacances ? Cet article aura au moins le mérite de le prévenir de ce dispositif. Pour vos problèmes de scolarité, mieux vaut donc écrire directement au préfet. Le plus grave sera le moment où il faudra aller chercher sa carte grise rue de Marseille ...
Rédigé par : Badinguet | 29/08/2009 à 19:37
C'est quoi ces salades, ça va changer quoi à quoi ?
Juste transformer certains des impétrants en clone de ces crétins auxquels on doit la crise.
Non décidément, j'aime pas les contes de fée.
Rédigé par : JENGER | 29/08/2009 à 19:44
Des lycéens défavorisés en prépa, il y'en a toujours eu : Combien de fils de paysans , d'enfants d'ouvriers, de descendants d'immigrés italiens ou polonais qui ont des responsabilités dans l'état et les entreprises? On semble le découvrir....
Rédigé par : Xylophene | 29/08/2009 à 20:10
Ca fait longtemps que le rectorat de Lyon est une hérésie ! Pourquoi dans la région rhone-alpes deux rectorats ? Dans un soucis d'équilibre des pourvoirs un seul rectorat à Grenoble serait plus performant ! Pourquoi uniquement de la suppression de postes dans les lycées, l'etat doit montrer l'exemple ! M.le Ministre Loréal chiche !
Rédigé par : Pluriel | 29/08/2009 à 21:57
Bravo.
Un bonheur de lire un article positif.
On finirait par croire que notre pays est en guerre civile si l'on ne lisait pas ce type d article trop rare.
Si certains pays ont une presse outrageusement complaisante, en France c est le contraire.
Merci
Rédigé par : Kudrinskaya1 | 29/08/2009 à 23:15
j'ai lu "Le chemin universitaire est bien le plus démocratique"
Avec 40% de déchets en première année et beaucoup de filières complètement déconnectées de la réalité du monde du travail et des entreprises.
Et bien sûr sans sélection à l'entrée.
Bref, un vrai moulin "démocratique", idéal pour un nivèlement pas le bas.
Sans compter les grèves...
Rédigé par : vouroupatra | 30/08/2009 à 08:36
Je n'ai pas vu en conseil des ministres la nomination de Jacques Gérault comme recteur de l'Académie de Lyon ... Ai-je manqué un épisode ? Fonction dans laquelle il saurait, j'en suis certain, ne pas mener des combats "perdus d'avance". Cet homme là, alors qu'il était au cabinet de notre illustre président, se piquait, disait-on, déjà d'éducation ...
Rédigé par : Veuve Mao | 30/08/2009 à 11:20
C'est pourtant simple à comprendre, faire des études ça coute disons 1000 euros par mois, les riches et les pauvres s'en sortent mais ceux appartenant à la classe moyenne disons 2 smigs soit aux alentours de 20 000 euros/an n'ont pas les moyens s'il y a deux gamins au foyer de financer les études des gamins, le problème ce sont les enfants des classes moyennes!!! He OUi
Rédigé par : piot | 30/08/2009 à 13:55
Que veut dire quartier "sensible"? Susceptible?
Rédigé par : phlogiston | 31/08/2009 à 03:53
@Vouroupatra : Et combien de "déchets", comme vous dites, en classe préparatoire, alors même qu'il y a sélection sur dossier, que les classes dépassent rarement les 30 élèves (contre 150 dans un petit amphi), que les profs font (ou du moins sont en mesure de faire) un suivi personnalisé (qui n'existe pas à l'université) ?
Mettez dans une université les mêmes capacités en matière de personnel enseignant qu'en classe préparatoire, et vous verrez que les résultats seront là. Mais évidemment, ça nécessite une volonté politique qui ne rejoint pas la volonté du sacro-saint marché (du travail, dans ce cadre), lequel a déjà du mal à absorber les diplômés qui réussissent à sortir d'un système qui leur est complètement défavorable. Et les coûts seraient supportés par des hausses d'impôts, à l'opposé de l'idéologie simpliste de la réduction des dépenses de l'Etat ... et donc de l'accroissement des inégalités.
Rédigé par : Tataria | 02/09/2009 à 03:29
Curieuse conception que celle d'un préfet indésirable ,qui ne serait à sa place nulle part.
On nous parle de "sous la botte"(de quel tyran ou occupant ?)
De quel "scandale"s'agit-il vraiment,de quel "empiètement"? Quel système éducatif (de la nation)n'aurait de compte à rendre qu'à lui-même et ne fonctionnerait qu'en vase clos.
Rédigé par : michel | 06/01/2010 à 01:04