28/08/2009

Les labos lyonnais à l'assaut des pollutions aux PCB

POLLUTION - À Lyon, des chercheurs et industriels explorent les technologies du futur pour chercher le moyen de dépolluer à grande échelle les cours d’eau et bords de mer empoisonnés par les PCB. Charbons actifs, champignons, mollecules-cage, géotextile : les pistes sont variées, et passionnantes. Cette recherche, pilotée par le pôle de compétitivité Axelera Lyon-Rhône-Alpes (Chimie-environnement), doit aboutir d'ici 2012 en impliquant 35 personnes et 10,5 millions d’euros. Elle est d’envergure nationale, mais ses résultats intéressent l’ensemble de notre petite planète bleue...

Les PCB : origine, ampleur et danger

Les PCB, petit nom des polychlorobiphényles, composés isolants, ont envahi notre environnement à partir des années 30, et pendant plus de cinquante ans. Il s’en est produit et diffusé un million de tonnes aux Etats-Unis, au Japon et en Europe de l’Ouest. Un peu comme pour l’amiante, on a largement utilisé les PCB dans l’allégresse et l’inconscience industrieuse de l’époque. Dans les transformateurs, les batteries, les encres, les peintures, les pesticides, les huiles industrielles, les joints d’étanchéité, les bâches, le caoutchouc...

On les a, aussi allégrement, déversés dans la nature. Et si les PCB ont fini par êtres interdits en 1987, l’entreprise Tredi, à Saint-Vulbas (Ain), seule source identifiée (et autorisée) de la pollution du Rhône, avait le droit de rejeter quotidiennement jusqu’à 1,5 kg de PCB dans le fleuve jusqu’en 1991 (10 grammes maxi aujourd’hui). Mais il y a aussi les pollutions “sauvages”, les contaminations issues de l’épandage de boues de stations d’épuration, sans parler du demi-million d’appareils contenant des PCB (essentiellement des transformateurs) encore dans la “nature” en France... Résultat : les PCB sont partout : dans les sols, les sédiments des rivières, fleuves et mers, dans la chair des poissons qui y vivent, dans les œufs, le lait. Ils se fixent dans les graisses et se concentrent tout au long de la chaîne alimentaire, jusqu’à nous.

Les seules études disponibles sur la santé humaine ont été réalisées sur des populations victimes d’intoxications aiguës (Seveso), ou sur des animaux. On sait que les PCB sont responsables de malformations des fœtus, qu’ils sont probablement cancérigènes. On les soupçonne d’être impliqués dans les troubles du fonctionnement du cerveau, du système immunitaire, de la reproduction, de la production d’hormones. Que du bonheur. « C’est une bombe à retardement, nous ne sommes pas au bout de nos peines », conclut Jacques Méhu, responsable scientifique du programme PCB à l’Insa de Lyon (campus de la Doua), qui s’occupera du suivi transversal de quatre projets de recherche au sein de la plateforme environnementale Eedems (1).

L'enjeu de la dépolluer

Alors, que faire ? On arrive à détruire les PCB en les incinérant à très haute température, mais cela ne vaut que pour ceux qui sont bien localisés, dans les transformateurs par exemple. Comment traiter des tonnes de terre souillée, de sédiments pollués, où les PCB sont en quantité infime ?

Pour l’heure, on drague, on concentre, on enfouit. C’est ce que font les Etats-Unis pour les zones précises, très polluées, de leurs fleuves. Dans le Rhône, la Somme, la Seine, dans la trentaine de cours d’eau français que l’on sait touchés (soit au bas mot six millions de mètres cubes de sédiments), la pollution est irrégulière, diffuse. On sait qu’il n’y aura pas une mais plusieurs solutions. Qu’il va falloir lancer toutes les hypothèses, explorer toutes les pistes, les tester, les évaluer. Voici l’ampleur du chantier scientifique entrepris à Lyon.

« Notre ambition est de dépasser les procédés d’incinération et de confinement. Nous cherchons à obtenir la disparition des PCB, c’est-à-dire une vraie dépollution », espère Pascal Dauthuille, chef de projet chez Axelera. « C’est peut-être la première fois qu’un programme de recherche est aussi ouvert, ajoute Jacques Méhu. À son terme, on aura balayé l’ensemble les possibilités ». Soit une quinzaine de technologies de traitement expérimentales.

Les solutions : ciment, champignons et charbons actifs...

Il y en a de “classiques” comme la stabilisation-solidification des PCB dans des ciments, pour les zones les plus polluées. Il y a aussi des voies plus étonnantes, suivies notamment du côté de la biologie et de la physico-chimie, pour les sols et sédiments moyennement concentrés en polluants. On cherche ainsi à mettre au point des « mangeurs » de PCB. Des bactéries, par exemple, qui grignoteraient le chlore, rendant biodégradables les PCB. Mais aussi des champignons. Le laboratoire d’écologie alpine, à Grenoble, à la tête du programme bien-nommé “Fungi eat PCB” mise ainsi sur l’action « digestive » de minuscules moisissures, déjà repérées dans les sols souillés, qu’il s’agirait de sélectionner, voir d’améliorer génétiquement, pour qu’elles soient plus voraces.

Une autre piste consiste à chercher à “attraper” les PCB dans des microstructures inoffensives pour l’environnement. Par exemple, des “molécules-cage”, de la taille d’un nanomètre, en amidon de maïs, dont l’architecture alvéolaire ressemble à une Tour de Babel (LGCIE-plate-forme Provademse). Une technique déjà utilisée pour débarrasser le beurre de son cholestérol. Autre piste : le recours aux charbons actifs, connus pour l’épuration de l’eau. Ces petits grains, d’une surface gigantesque (1500 m2 pour un gramme), déposés sur le lit des fleuves, pourraient absorber peu à peu les PCB. Enfin, on envisage d’isoler les sédiments pollués du reste du fleuve, par une épaisseur de géotextile ou de particules de polymères. Cependant, parfois, pour les zones les moins contaminées, il sera peut-être plus sage de... ne rien faire. « Le risque serait, en traitant, de remettre en suspension ces PCB », remarque Jacques Méhu.

Vers les premiers appels d'offre

Les procédés seront testés à l’Insa dans des fours, dans des bacs régulièrement arrosés d’eau de pluie, dans les petites lagunes où l’écosystème aquatique est reconstitué : lentilles d’eau, poissons, escargots. « In fine, reprend le chercheur, nous aurons une évaluation multicritères de tous les procédés mis en oeuvre, en termes d’efficacité, de fiabilité, de coût, de conséquences sur l’environnement, la santé, la consommation d’énergie fossile, les nuisances, mais aussi la création d’emplois. Dans trois ans, on aura défini à quel niveau de concentration il faudra intervenir et comment ». Il appartiendra alors à l’Etat de rédiger son cahier des charges et de lancer les premiers appels d’offres internationaux.

Sandrine BOUCHER

(1) Eedems : évaluation environnementale des déchets, matériaux et sols pollués, plateforme technologique environnementale de l’Insa de Lyon. Pour en savoir plus : La Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature) c’est fortement mobilisée sur l’affaire des PCB. Ses documents sont disponibles sur le lien : HYPERLINK "http://www.frapna.org/content/category/11/39/87/" http://www.frapna.org/content/category/11/39/87/Le dossier de mise en place du comité de pilotage « pollution du Rhône par les PCB », un peu ancien (octobre 2007) mais complet. Les résultats des dernières analyses sur les poissons du Rhône. Les communiqués de la préfecture du Rhône sur les interdictions de consommer les poisons du Rhône.

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Voici les sites qui parlent de Les labos lyonnais à l'assaut des pollutions aux PCB :

Commentaires

Y aurait-il une carte ou une liste des cours d'eau les plus touchés par le pcb en France?

Dans quel délai ces programmes ?...

lunven, je vous invite à relire l'article, les délais y sont précisés 3 fois, dont une fois dans le tout dernier paragraphe...
La réponse est donc : 3 ans. Avant le déploiement potentiel des solutions retenues.

Article très intéressant. A suivre

Mme Boucher, merci pour cet article.Mais il y a URGENCE. Chacun sait que ces commissions d'études souvent ne font rien naitre pour l'éradication des problémes qu'elles découvrent et des solutions qu'elles proposent.Deux remarques cependant:Nous aimerions connaitre la quantité d'alluvions fluviaux à traiter pour en extraire et neutraliser 1 gramme de PCB. Vous n'évoquez pas dans cet article les quantités énormes de PCB, utilisées et dispersées directement dans les fleuves quand ils sont utilisés pour lubrifier les turbines hydrauliques des barrages et autres centrales qui sont légion dans les bassins: alpin,pyrénéen,massif central;vosges et de tous les massifs montagneux en général.Je suis de Loyettes comme mon pseudo l'indique.Et nous sommes "SERVIS"pur la pollution.

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