Grosse mobilisation à Lyon derrière les cinémas CNP
CINEMA - Le cinéma Odéon a refermé ses portes. Vide depuis que son propriétaire Galeshka Moravioff, a profité de la fermeture annuelle, cet été, pour faire déménager fauteuils et matériel de projection (lire), le vieux Cinéma national populaire accueillait hier une journée de mobilisation. Autour de projection gratuites, des centaines de personnes venues dire leur révolte, et imaginer un avenir pour l'art et essai à Lyon. Dans un article publié demain matin dans les pages culture de Libé, le patron indélicat se défend, qualifiant de « terrorisme social » la forme de la mobilisation des salariés qui pour défendre leur emploi et leur cinéma se sont mis en grève et ont occupé l'Odéon de jeudi à ce midi...
Les cinq salariés ont décidé de s'installer dans les lieux lorsqu'ils se sont rendu compte, jeudi matin, que la régie faisait changer les serrures du ciné, deux jours avant la journée de projections qui était prévue. Elle a bien eu lieu, et fait salle comble, de nombreux spectateurs se massant debout dans la salle noire. Les droits avaient été cédés gracieusement et de nombreux réalisateurs ont également apporté leur soutien, dont Jacques Rivette, Denis Gheerbrant, Marie-Claude Treilhou, Philippe Lioret, etc.
Les salariés et leurs soutiens, notamment l'association Les Inattendus, ont reçu en début d'après-midi la visite de Georges Képénékian, adjoint lyonnais à la Culture, et d'Yvon Deschamps, son homologue au conseil régional. Une délégation leur a demandé de s'engager dans le soutien aux salariés menacés, et pour le maintien à Lyon d'une programmation art et essai exigeante . Le sort de l'Odéon semble scellé et l'espoir est mince pour les deux autres CNP, qui appartiennent au même propriétaire. Interrogé vendredi au sujet d'une éventuelle fermeture des Terreaux et Bellecour, Galeshka Moravioff avait cette réponse inquiétante : "Ce n'est pas certain aujourd'hui".
Devant les élus, Jean-François Buiré, président des Inattendus, "association pour la pratique et la diffusion d'un cinéma (très) indépendant", a défendu l'idée d'un nouveau lieu, dans lequel les salariés des CNP auraient priorité au moment du recrutement. La mairie relève qu'elle ne dispose guère de marge dans des projets privés, mais se dit prête à soutenir un projet, à condition qu'il tienne la route.
Olivier BERTRAND
Lire aussi : Le CNP Odéon, vidé en douce par son PDG, occupé par ses salariés




"les cinéphiles ne conservent guère d'espoir pour les deux autres CNP, qui appartiennent au même propriétaire. Ils défendent l'idée d'un nouveau lieu"
Qui sont ces "ils" et "les" cinéphiles, très englobants ? Certains, qui ont un projet bien arrêté (les Inattendus) peut-être, les autres non : la rénovation des CNP et leur poursuite avec des prestations améliorées, oui. Une nouvelle salle soutenue par la mairie, pourquoi pas.
Quant aux déclarations bien molle des élus, telle qu'elle est rapportée ici, la question est aussi : seraient-ils prêts à affronter leurs copains patrons du Pathé et consort pour affirmer la place de cinémaS d'Art et Essai réels (et non mixtes entre blocks busters et cinéma d'auteurs au sens de créateurs qui tracent des voient nouvelles au plan formel et offrent un regard nouveau sur le monde).
Rédigé par : Bérénice | 06/09/2009 à 11:08
Pourquoi un cinéma ne serait-il pas une entreprise comme une autre ?... La programmation des CNP justifie t-elle qu'on paie le même prix qu'ailleurs et qu'on y soit si mal assis, projection contre le mur (cnp terreaux) sonorisation misérable (enceinte Bose unique posée a même le sol) les quelques réalisateurs qui ont mis les pieds aux CNP de Lyon se souviennent avec effroi des conditions de projection de leurs films.
Rédigé par : Enrico | 06/09/2009 à 11:21
@ Bérénice : Vous avez raison. Le fin du papier est précisée. Bon dimanche. Ol.B.
Rédigé par : LibéLyon | 06/09/2009 à 11:30
@Enrico :
Ne vous inquiétez pas ! Les réalisateurs effrayés dont vous parlez se souviendront bientôt avec quelques larmes de l'époque où l'on osait encore projeter des oeuvres indépendantes...
Rédigé par : Patapom | 06/09/2009 à 12:24
Les CNP ne sont pas des salles municipales, comme peut l’être l’Institut Lumière.
Donc quelque part la Mairie de Lyon peut déplorer la fermeture mais en aucun cas peut intervenir, auquel titre et dans quel but ?
Cela dit, c’est avec tristesse qu’en rentrant de congés j’ai appris la fermeture de l’Odéon.
Pourquoi ? Dans quel but ?
A la question de savoir si les sièges étaient ou non confortables, elle n’incombe pas aux employés du CNP, qui apparemment étaient livrés à eux-mêmes, le patron de Paris envoyait les salaires et n’a jamais levé le petit doigt pour une réparation, malgré les subventions qu’il avait dans sa manche (CNC, Fond de soutien, etc.) + maintenant la revente de l’Odéon au ‘carré’ Cordeliers.
Le grand ‘boss’ des CNP, soit il s’en fou totalement, soit il envisage un autre site dans Lyon, cela ne manque pas.
Quand à l'association ‘Les Inattendus’, il y a pas mal de buses et de requins la dedans, je serai les employés du CNP, j’ouvrirai bien les yeux…
Rédigé par : Eric | 06/09/2009 à 14:31
Même prix qu'ailleurs...avec un abonnement de cinq entrées, la place est à 5 euros il me semble. Et valable tous les jours.
Allez voir au Pathé si les prix sont les même.
La disparition des CNP correspond à l'époque actuelle, uniformisation des loisirs, des arts, nivellement par le bas.
Bon courage aux salariés.
Rédigé par : Jimi | 06/09/2009 à 14:45
Depuis Bruxelles où je réside, je découvre cette histoire avec énormément de tristesse. Je décrivais hier à une amie qui déménage à Lyon qu'un des piliers de la vie culturelle lyonnaise se trouve dans les CNP de la presqu'ile.
Je me prends de nouveau à haïr la cupidité de mes contemporains.
Merci de nous informer des moyens de luttes, pressions et combats pour empêcher le démembrement et l'arrêt de ces cinémas.
Rédigé par : antoine | 06/09/2009 à 22:12
En 1990, dans des entretiens croisés sur France culture, Serge Daney et Eric Rohmer prédisait hélas que la connaissance et circulation des oeuvres cinématographiques se passerait peu à peu de la fréquentation des salles. Que les oeuvres du cinéma ancien ou moderne allaient être mieux connues par d'autres biais: le dvd et autres! au risque de faire pousser des cris aux puristes du bon vieux cinéma de papa qu'on ne peut voir que dans les salles obscures! le problème majeur de ce pays, en matière culturelle est que les décideurs autant que les publics continuent de vouloir penser sans s'interroger sur les nouveaux modes de diffusion et de connaissance des oeuvres; on le voit bien pour le problème des bibliothèques et de la numérisation des oeuvres! en 2009 il serait temps d'inventer autre chose que des festivals de cinéma en plein air ou des rétrospectives ! le cinéma est une industrie qui sait se renouveler grâce à sa spécificité de pouvoir diffuser des oeuvres reproductibles (et non éphémères comme l'opéra ou le théâtre); c'est un peu comme la télévision: loisir surtout prisé, on le sait, par des gens pour qui la culture télévisuelle fut dans les années 60 à 90 importante, mais maintenant relayée chez les jeunes par la pratique d'internet ou autres. Alors même si on ne peut que déplorer la fermeture de ces salles cnp et autres, il y va de la vie comme du reste: rien n'est éternel! et je déplore que la politique culturelle dans son ensemble et celle de Lyon n'ait pas inventé autre chose qu'un énième festival genre Cannes avec vedettes sans croisette absorbe plein de subventions pour 5 jours de projection prestige plutôt qu'inventer autre chose, de plus adapté au monde contemporain. Lyon, hélas toujours avec trois trains de retard et une politique culturelle "prestige" en tout. Si tout cela avait été conçu par une municipalité de droite, des voix s'éleveraient encore davantage!
Rédigé par : Luc AUMONT | 06/09/2009 à 23:01
Il ne fallait pas donner à les clefs à Galeshka Moravioff (je doute que ce soit sa réelle identité, personne ne sait si ce voyou de basse-cour s'appelle en réalité "Robert Pichon" ?) parce qu'en tant que propriétaire d'une structure juridique, il dispose de tout pouvoir et le cnp ressort de son bon vouloir.
Bon vouloir ? Mauvais sort plutôt, lorsque l'on retrace l'historique de sa gestion...
En tant que personne, je suis touché par la disparition programmée de l'Odeon parce que j'y ai aimé, pleuré et ri, bref j'y ai vécu des émotions et une histoire personnelle, comme nombre d'entre nous.
Ce sentiment d'appartenance est celui de mes émotions, ce cinéma est à moi comme il est à quiconque ayant vécu des moments intenses, beaux et humains.
C'est la fin, la porte magique ne s'ouvrira plus, elle a été scellée par le monstre.
En tant que citoyen, je suis outré des pratiques du patron voyou, bandit de la culture, héros damné du capitalisme moderne qui emploie le cynique contresens du discours pour conjurer la vérité.
Le réveil est brutal, surtout pour les salariés, acteurs impliqués dans la vie culturelle de notre ville.
Il ne fallait pas les laisser seuls à leur sort, ce sont nos passeurs de rêves, il ne fallait pas qu'en plus de perdre leur travail, ils ne perdent leur dignité.
C'était pour moi le sens de cette journée du 5 septembre.
C'était sans doute le sens que "les inattendus" avait donné à sa démarche d'accompagnement.
Dire aujourd'hui que cette association serait constituée de requins, c'est donner raison à "Robert Pichon" alias Galeshka Moravioff (ou quoique soit ton nom, petit gigolo de ton ego) et laisse à penser qu'elle n'aurait pas eu l'analyse évidente que nous partageons tous : le cnp est mort, il n'y a rien à récupérer.
Apparaît l'enjeu futur: quel espace de diffusion ouvert peut exister à Lyon ?
Créer une structure au service de l'art, c'est un beau rêve, c'est celui des origines.
Une structure purement privée ?
Il est manifeste que les changements de dirigeants et le jeu des affaires empêchent la pérennisation du projet.
Une structure publique ?
L'équipe municipale en place n'entend pas porter le poids du budget afférent.
Une structure privée subventionnée ?
C'est sans doute la seule solution en ce qu'elle permettrait une gestion efficace encadrée par le respect des impératifs du service public culturel, dans la Ville des Frères Lumière.
Rédigé par : eBlackSheep | 07/09/2009 à 12:57
Communiqué des employé.es des CNP lyonnais du 5 septembre 2009
Volà onze ans que M. Moravioff est devenu le propriétaire des salles de cinéma lyonnaises CNP. Onze années d’inertie et de négligences qui conduisent aujourd’hui les CNP à traverser une nouvelle crise.
Profitant de la fermeture annuelle du CNP Odéon, des déménageurs, sous les ordres de notre PDG, l’ont entièrement vidé. Mtériel de projection, fauteuils, billleterie… rien n’a été épargné par ce "déménagement" nocturne, pas même le code du travail !
Les 5 salarié.es, actuellement sous contrat, se retrouvent dépourvu.es de leur outil de travail. Aucune considération ne leur est apportée.
Seule la lutte semble envisageable pour débloquer cette situation.
La grève est le seul moyen de nous faire entendre de l’opinion publique et de notre PDG avec qui aucun dialogue n’a jamais été possible. Comment rester muet face à la lente détérioration de nos conditions de travail, ainsi qu’un abandon délibéré des salles CNP ? Comment ne pas dénoncer les problèmes de sécurité touchant aussi bien le personnel du cinéma que les spectateurs ? Aucun investissement n’a été effectué pour l’entretien des salles qui vivent par le travail et la résistance d’employé.es méprisé.es par leur PDG.
Aujourd’hui, nous manifestons pour notre cinéma, pour qu’enfin notre voix soit entendue. Nous exigeons que le droit du travail soit respecté par M. Moravioff : * pourquoi n’avons-nous plus, depuis plusieurs années de médecine du travail ? * comment se fait-il que nos demandes de formation soient refusées alors même que les cotisations AFDAS sont prélevées sur nos salaires ? * pourquoi les réunions mensuelles prévues par la loi aveec les délégué.es du personnel ne sont-elles pas honorées ? * pourquoi ne pas avoir prévenu les délégué.es du personnel de la décision de supprimer l’outil de travail des employé.es de l’Odéon ? * qu’en est-il des cotisations de l’URSSAF ? * nos conditions de travail ne cessent de se dégrader, pourquoi les sociétés de maintenance refusent-elles de se déplacer ?
À ces multiples interrogations, nous exigeons également des réponses claires et non contradictoires concernant l’entreprise CNP, les licenciements à venir, l’avenir des cinq salarié.es de l’ex-CNP Odéon, et le statut à jour de cette salle. Il n’est plus envisageable pour nous, employé.es du CNP, de continuer à travailler sans obtenir des informations précises sur l’avenir des CNP et de nos emplois.
Les employé.es du Cinéma National Populaire.
source : https://rebellyon.info/Succes-du-soutien-aux-employe-es.html
Rédigé par : john | 07/09/2009 à 15:17
Quant la mairie regrette de ne pas pouvoir aider les structures privées, je m'interroge. L'hôtel de Ville aide-t-il pour autant réellement les structures associatives culturelles autres que celles traitant des diversités ? Il me semble que la Mairie a refusé d'aider le Ninkasi pour la même excuse... sauf que Kao Konnection était bien une association et non une entreprise.
Et effectivement, on va nous bassiner pendant 2 mois avec un pseudo-festival pompeux et pompant, subventionné à coups de millions d'euros (je serais curieux de savoir combien coute une salle municipale), avec vieux croutons (Frémaux, Eastwood et Ciment en tête), plutôt que d'établir une stratégie économico-politique cinéma en phase avec son temps. Et vous allez voir que ça va servir d'alibi, dans le genre "on a déjà créé un "gros" festival de cinéma, on n'a pas de budget pour le reste".
Je suis en colère.
Rédigé par : Giorgio | 07/09/2009 à 16:39
Nous aimerions faire connaître aux lecteurs de Lyon Libération la tenue dans la région lyonnaise du 8e rencontre Belles Latinas avec la présence de 18 écrivains venus d'Amérique latine du 5 au 17 octobre 2009. Voir notre site.
Rédigé par : Espaces Latinos | 08/09/2009 à 22:51
Enrico : Oui le son n'est pas parfait oui les sièges ne sont pas des plus confortables, mais pourquoi ? Parcequ'hélas la grande partie des gens comme toi , estiment que le marché est roi, et que comme la demande n'est pas importante alors on doit se taper des independance day toute l'année dans des fauteuils géants avec des enceintes géante avec un kilo de pop corn et 1 litre et demi de soda dans les mains... Dans l'absolu tu as raison il s'agit d'une entreprise pour autant il ne s'agit pas là de vendre des soupes mais un service devenu rare est important, il s'agit de diversité culturelle. S'il ne veut plus de CNP car il juge ça couteux, qu'il previenne et trouve une conciliation pour qu'encore aujourd'hui on puisse continuer d'avoir à Lyon (berceau du cinema quand même) une alternative a dany boon et transformers.
Rédigé par : shape it ! | 10/09/2009 à 16:33
Ok Shape it!, mais le Coemedia a une programmation sympa, l'institut Lumière ne passe pas des merdes américo popcornées et les Alizées à Bron font des rencontres et des projections de films confidentiels... On a porté aux nues les CNP, mais ils étaient juste sur un "créneau" avec un public "cible", et comme c'est une entreprise comme une autre, avec un pdg près de ses sous comme tous les pdgs, si il perd de l'argent... il ferme! Je suis pour des salles de cinéma qui soignent leur programmation, qui respectent les films et les réalisateurs, ainsi bien entendu que le public, les CNP, depuis quelques années, ne respectaient plus grand chose.
Rédigé par : Enrico | 11/09/2009 à 13:13
La mobilisation continue. Un petit comité des personnes les plus impliquées a interpelé le nouveau ministre de la Culture F. Mitterand lors du Forum de Libération à Lyon. (La vidéo est disponible sur le site du forum, interventions à la fin du débat du dimanche entre Volker Schlöndorff et Frédéric Mitterand).
Un nouveau groupe de soutien a été créé : http://groups.google.com/group/collectifsoutiencnp
et le premier site est toujours en ligne :
http://www.soutenirlescinemascnp.org/
Une réunion a déjà eu lieu, la prochaine se tiendra mercredi 23 (lieu et heure à préciser).
Enrico : c'est bien mal connaître l'histoire des CNP que de "les" accuser de ne pas respecter le public. Le propriétaire G.Moravioff a délibérément refusé d'investir un seul sou pour rénover les salles, préférant se concentrer sur ses "usines cinématographiques" marseillaises. Les salariés ont assisté impuissants à la dégradation de leur lieu de travail.
Rédigé par : Elisa | 20/09/2009 à 22:52