Quand Jaruzelski campe sur ses positions
FORUM - « C’est un des méchants des livres d’histoire et on le voit aujourd’hui en chair et en os ! » L’excitation de Cécile, 25 ans, étudiante en sciences politique, résume l’ambiance générale. « Moi je suis Polonais, et je veux lui faire signer des livres qui m’ont passionné, même si il a été beaucoup critiqué.» Face à Hubert Védrine, le général Jaruzelski, revenant sur les événements de 1981 en Pologne, a défendu mordicus l'emploi de la force. Son intervention a été soulignée par des applaudissements surprenants...
Du haut de ses 86 ans, Wocjiek Jaruzelski n’hésite pas à revenir sur le contexte et les arguments qui l’ont amené à déclarer l’Etat de guerre, le 13 décembre 1981, en Pologne. Le regard serein, posé derrière ses célèbres lunettes aux verres fumés et à l'épaisse monture, il prend des notes appliquées lors des interventions d’Hubert Vedrine et du public. Lorsqu'il prend la parole, l'argumentation est construite, elle n'a pas varié d'un iota depuis 1981. « J’ai rédigé un livre de 300 pages pour exposer les arguments qui m’ont conduit à déclarer l’Etat de guerre. Je ne peux pas y revenir en trois ou quatre minutes, ce serait insultant pour la Pologne, les Polonais et les dirigeants qui ont dû faire face à une catastrophe imminente pour le pays », avance-t-il. Encore aujourd'hui, il répète : « L’Etat de guerre était un moindre mal ». Un auditeur s’indigne : « N’est-ce pas une excuse de justifier l’usage de la force alors que la misère rongeait la Pologne ? L’aide des soviétiques aurait même été sollicitée pour renforcer la répression qui a fait suite à l’état de guerre ». Le général Jaruzelski se défend pourtant de ces accusations. « Je sais que l‘opinion publique polonaise est elle-même est très divisée. Mais ce serait insulter la classe dirigeante polonaise que de mettre en doute le patriotisme qui a conditionné cette lourde décision. La loi martiale à sans doute été douloureuse, mais elle a évité l’intervention des soviétiques en Pologne dans un bain de sang dévastateur pour la nation. »
Pour le général, répondant à la question du débat ("Force ou raison en politique ?"), la raison sans la force est impuissante. Fort de son expérience, il précise : « Un commandant ne peut que faire des prévisions. Malgré le risque d’erreur, les décisions doivent être prises avec un sentiment de haute responsabilité. Notamment si des menaces pèsent sur l’existence même de la nation.» Wojciech Jaruzelski insiste sur le contexte particulier dans lequel il a alors agi. Vingt-six ans plus tard, l’ex-président sera officiellement mis en accusation pour « crime communiste ». Ceux qui lui reprochent d’avoir retardé la chute du communisme à l’Est, attendent une sanction méritée à l’issue de ce procès historique. «L’issue du procès est incertaine, mais je fais confiance à la justice », affirme le militaire. Aujourd'hui, le général Jaruzelski se considère comme l’homme qui a laissé la Pologne s’engager vers la transition démocratique.
L’échange aurait sans doute pris une autre tournure en présence du fondateur de Solidarnosc Lech Walesa, qui annulé en début de semaine sa venue au Forum. « Lech Walesa a dit qu’il avait des obligations internationales plus importantes. J’aurai aimé le rencontrer pour échanger nos points de vue, ce dont j’ai été privé depuis son élection à la tête de la Pologne en 1990. » Selon l'entourage du général, Lech Walesa aurait eu peur que Jaruzelski lui «vole la vedette».
Séverine Picard (IEP de Lyon)




1981 et vingt ans après pourquoi ne pas avoir invité des Kmers rouges ou des viet-namiens, la pensée unique fait beaucoup de morts mais pas toujours du côté du dictateur invité.
Les polonais, les tchèques ont souffert mais ils ont eu moins de morts que d'autres, il faut le dire vingt ans après il faut passer à autre chose, et on ne les a pas beaucoup entendu souffrir avec eux et puis entre temps, il y a eu les Balkans.
Rédigé par : la chute du mur | 19/09/2009 à 19:13
En tout cas en 1989, Jaruzelski a su liquider le communisme dans son pays sans drames inutiles, précipitant la chute finale un peu partout en Europe de l'Est. Son attitude à cette époque permet de tempérer l'appréciation sur son action de 1981.
Rédigé par : bruno_bd | 19/09/2009 à 20:18
Entre la peste libérale et le choléra communiste, certains ont donc déjà fait leur choix, sans même penser aux victimes de ce général. Cela fait peur lorsqu'il est si facile de s'informer à notre époque.
Rédigé par : TZ | 19/09/2009 à 22:00
L'époque de Jaruzelski c'est celle du déclin du prétendu socialisme à la mode soviétique, ce qui veut dire qu'il a probablement "géré", contraint et forcé, la transition qui a permis à beaucoup de nomenklaturistes de se reconvertir: le système était en fin de course et il y a eu beaucoup de drames AVANT, il faut lire l'histoire des " démocraties populaires" pour comprendre cela : le grand dissident Adam Michnik parlait de stalinisme ou communisme " aux dents ébréchées " pour cette dernière période. Pour un débat sur l'histoire de qualité il faut d'autres intervenants que ceux qui prêchent pour leur paroisse. Le paroissien communiste Jaruzelski, n'est pas de ceux qui sont capables de remettre en cause leur mauvaise foi. Débat bidon.
Rédigé par : Jaskowiak | 19/09/2009 à 23:39
les généraux putchistes vivent vieux et meurent rarement pour leurs idées. Pinochet, Franco eux aussi étaient convaincus d'agir pour la survie de leur nation.
j'ai été éffaré d'entendre la salle applaudir cet homme.
Je le croyais mort sous le mur.
Rédigé par : dcd.la | 20/09/2009 à 00:04
Ce qui est insultant pour ceux qui ont perdu leur job, qui ont croupi en prison, dont la vie familiale a été détruite, ou qui sont morts, sous WJ ou avant, en luttant pour la liberté de pensée, la liberté spirituelle, ou en menant un combat syndical, c'est de dire, comme bruno_bd, que ce n'est pas eux qui ont liquidé le communisme en Pologne, mais que c'est plutôt à leur bourreau, WJ, qu'en revient le mérite !!!!!
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 00:59
Donner du temps de parole à WJ pour l'écouter s'autojustifier, c'est assez vain, on a déjà écouté les pétainistes le faire jusqu'à plus soif. A moins que ce soit pour se rendre compte que l'argumentaire est le même, la nature de l'escroquerie intellectuelle itou. C'est toujours utile de se rafraichir la mémoire, après tout.
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 01:18
Donner du temps de parole à WJ pour l'écouter s'autojustifier, c'est assez vain, on a déjà écouté les pétainistes le faire jusqu'à plus soif. A moins que ce soit pour se rendre compte que l'argumentaire est le même, la nature de l'escroquerie intellectuelle itou. C'est toujours utile de se rafraichir la mémoire, après tout.
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 01:18
Ce qui est plus intrigant c'est la raison pour laquelle certains se laissent piéger et approuvent : anticonformisme mal placé ? dandysme ? le côté "le gouvernement (ou bien l'intelligentsia bien pensante) nous bourre le mou, mais on me la fait pas" "j'ai des idées originales donc je suis intelligent" ? autres explications ? peut-être "réhabilitation du communisme en général" ??
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 01:24
Ce débat a été une bonne leçon de maturité politique pour bon nombre d'étudiants ou d'adulescents pour qui le niveau d'analyse se situe à une vision manichéenne de bons et de méchants, et pour qui le recours à la force est un crime impardonnable. La réalité de la politique est bien différente; l'Histoire est ponctuée de coups d'Etat, de dictatures, de répressions de manifestations, et la montée globale de la violence dans le Monde depuis les dernières décennies accentue encore plus ces phénomènes, auxquels la France ne saurait être prémunie.
L'Etat est bien souvent, même quand il est totalitaire, l'émanation du peuple; pour consolider certains acquis ou pour se prémunir de danger extérieurs, la dictature est parfois le seul recours conscient ou inconscient. Rome l'avait d'ailleurs institutionnalisé.
Pour le cas de la Pologne, il s'agit d'un pays à l'Histoire particulière, qui a accueilli les Nazis les bras ouverts lors de la seconde guerre mondiale, il convient de ne pas l'oublier. Les Pogroms ignobles commis spontanément par nombre de polonais sont aussi à prendre en compte pour comprendre ce que l'Etat polonais d'après guerre avait à gérer comme passif.
Globalement, il est stérile de considérer le communisme d'Etat d'après guerre comme une sorte d'anti-thèse dictatoriale du Nazisme; le Communisme au pouvoir est avant-tout le résultat d'un mouvement populaire mondial, conscient des nécessités de parfois l'appliquer de manière forte pour sa survie. Les réactions anti-communistes actuelles de nombreux dirigeants d'ex-républiques soviétiques masquent mal le fond nationaliste, voir fascisant de leur réaction.
Il convient de nuancer l'analyse de l'Histoire des Etats communistes du 20eme siecle, au lieu de coller à la critique immature et partisane que les USA en font. L'exemple du Cuba ou du Vénézuela montrent que ces régimes sont souvent un moindre mal face à l'ogre US.
Rédigé par : Marc | 20/09/2009 à 09:20
Le totalitarisme émanant du peuple : Staline personnifiant le peuple, mieux que le peuple ne saurait le faire, au moment ou Staline massacre le peuple par millions, ou bien WJ personnifiant le peuple au moment même ou ce peuple le renverse et le renvoie, c'est le mensonge de la propagande d'état des années 1950-90 ressuscité par Marc. Il faut enseigner, analyser, et stigmatiser le communisme à l'école comme on le fait pour le nazisme : il y a clairement un besoin, comme le démontrent les arguties révisionistes de Marc.
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 11:46
Le cas de la Pologne est génant pour les cryptocommunistes comme Marc : on y voit que les exactions nazies et communistes sont de même nature, comme l'extermination des élites (universitaires, officiers, par les nazis d'un côté, mais, à Katyn, par les russes). On y voit un régime communiste renversé par une révolte ouvrière animée par le clergé. L'arme utilisée habituellement par la propagande communiste (ou par Poutine) dans ces cas (Pologne, Lithuanie, Ukraine) est de discréditer un peuple dans son ensemble par l'accusation d'antisémitisme et de pronazisme. L'antisémitisme et la collaboration avec le nazisme ont touché tous les pays (et moins la Pologne que la France, ou que la Russie communiste : pacte germano-soviétique, purges soviétiques antisémites). Ces accusations sont une manœuvre de diversion très classique, qui serait ridicule si elle n'était pas infecte : je me rappelle du social démocrate Helmut Schmidt qualifié de nazi par la propagande de Brejnev.
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 12:09
Faux miastecko : il y a eu en Pologne des Porgroms anti-juifs spontanés, pas en France. Ensuite, le pacte Molotov-Ribentrop était un accord stratégique, l'URSS n'étant pas prête militairement à affronter l'Allemagne; l'Allemagne souhaitait de son côté d'abord attaquer l'Ouest avant l'Est, et surtout l'URSS désirant récupérer ses territoires pris par la Pologne lors de la guerre Russo-Polonaise de 1920. Les accords de Munich passés avec l'Allemagne par la France et la GB, qui ont donné aux nazis la Tchécoslovaquie, font-ils de ces pays des équivalents du régime nazi? Bien sur que non. Quant à la collaboration avec le nazisme, il a été soit d'Etat (France, Roumanie, Hongrie,etc...), soit populaire (Pays Baltes, Pays Bas, Belgique, Bosnie, Croatie, Albanie, Norvège, Danemark, Ukraine, etc...). Il est tout à fait normal, et cela a été validé à Yalta par les USA, la GB et la France, que ses pays soient punis pour ces collaborations actives et souvent spontanées avec l'Allemagne nazie. Les USA et la GB voulaient aussi faire payer à la France sa collaboration, le régime de Vichy étant un pouvoir choisi et voulu par la gauche comme par la droite en 1940. La personnalité de De Gaulle a permis d'éviter que notre pays soit géré par un dirigeant choisi par les USA et la GB, il convient de ne pas l'oublier.
L'URSS est le 1er pays à avoir battu des armées nazies lors de combats terrestres en Europe, Koursk et Stalingrad sont les batailles décisives qui ont permis aux alliés de décider du débarquement allié; si l'URSS n'avait pas gagné la bataille du front Est, la plus importante, étendue sur des milliers de km du Nord au Sud, le débarquement n'aurait pas eu lieu. C'est l'URSS qui a fait tomber le Reich à Berlin, et qui a libéré la première et le plus grand nombre de camps d'extermination, sauvant ainsi des millions de juifs d'une mort certaine (les nazis avaient accéléré l'extermination quand ils avaient compris que la guerre était perdu pour eux). Ceux qui ont connu la guerre, juifs compris, savent ce que le Monde doit à l'URSS dans la victoire alliée.
Le fait que ce soit les USA et la GB qui aient libérés la France ne doit pas nous induire en erreur sur le fait que c'est avant tout une victoire de l'URSS sur le 3eme Reich. L'URSS a été le seul pays européen à mener des combats en Europe contre le Reich, durant la majeure partie de la seconde guerre mondiale (les USA et la GB sont intervenus très tard sur le continent); le principal effort de guerre a été mené par l'URSS.
Alors, s'il y a révisionnisme, c'est plutôt du côté des USA ou de la France, qui enseignent à ses enfants que la victoire serait avant tout américaine, ce qui est faux.
Il ne faut pas se laisser aveugler par le nationalisme et la russophobie primaire des anciennes républiques soviétiques; ils ont tendance à un peu oublier que l'extermination totale des slaves faisait partie des objectifs du Reich, après celle des juifs. Si l'Allemagne nazie avait gagné cette guerre, il ne resterait pas beaucoup de Polonais ou d'Ukrainiens à l'heure qu'il est. Ils auraient préférés une occupation nazie, vous pensez?
Rédigé par : Marc | 20/09/2009 à 14:50
Il y a eu un gouvernement français qui livrait les juifs aux allemands sans y être contraint, rien de tel en Pologne. Les juifs se sont massés en Pologne au cours des siecles parce qu'ils y étaient mieux traités qu'en France, Espagne ou Russie. La Russie a liquidé 5 millions d'Ukrainiens en 1931-32 (Holodomor). Le nationalisme primaire a surtout cours en Russie actuellement. Les régimes étant d'après toi des émanations des peuples, la distinction entre collaboration des peuples et collaboration d'état est dans ta bouche une incohérence. Et elle est surtout un sophisme. La collaboration avec les allemands de pas mal de peuples s'explique par le martyre subi sous la botte russe auparavant (difficile de croire à l'époque pour ces gens là qu'il existait quelque chose de pire que la Russie). Quand les Russes tuent 5 millions d'Ukrainiens en moins de deux ans en 1931-32, les allemands n'ont pas encore tué 6 millions de juifs en 3 ans, ce qui d'ailleurs, même avec le recul, n'est pas clairement pire. A l'époque, sortant de l'occupation russe, il est donc normal d'accueillir les allemands comme des libérateurs. Il n'y a rien à punir là-dedans, si ce n'est les allemands et les russes. Des pogroms, il y en a surtout eu en Russie ou en Ukraine dirigée par le tsar, et on peut arguer que provoquer des pogroms permet de détourner le mécontentement populaire et est provoqué par le pouvoir (russe en l'occurence). L'antisémitisme était omniprésent dans le peuple français avant 1939. Ce n'est pas, en France, l'état qui dénoncait des juifs pour récupérer leur biens, mais une multitude de "bons citoyens", donc la collaboration a été une collaboration populaire. Tes distinctions entre pays sont arbitraires et répondent aux impératifs stratégiques de l'impérialisme russe : nous désolidariser de nos voisins de l'est, soit-disant antisémites (alors que nous sommes des saints), pour que nous les abandonnions à l'agression russe.
Le pacte germano-soviétique n'avait pas pour but de récupérer "quelques" territoires, mais une masse de territoires, de même que la guerre de 1920 devait permettre à Lenine de conquérir toute l'Europe.
Enfin le peuple polonais n'a pas accueilli le nazisme à bras ouvert, et sa résistance devrait plonger les français dans la honte (ce qui explique peut-être tes réactions).
Les russes ont guerroyé contre les allemands seulement au moment ou c'était une question vitale, et les ont surtout renforcés pendant plusieurs années via le pacte germano-soviétique. Ils n'ont pas libéré l'Europe mais l'ont annexée, et si leur domination brutale était un moindre mal, être un peu mieux que des nazis n'est pas vraiment une gloire, plutôt une honte. Holodomor demande d'ailleurs de contraster cette opinion.
Que ce soit avant tout une victoire des USA, ou de la Russie, est question de propagande.
La vraie question est ce que les peuples d'Europe (et du Caucase) veulent pour le futur : il ne semble pas qu'ils veulent le philanthrope Poutine, et il semble qu'ils veulent le soit-disant ogre USA (comme quand la France vote Sarkozy, Chirac ou Royal, ou la Pologne Tusk ou Kaczinski).
Rédigé par : miastecko | 20/09/2009 à 17:37
Samedi matin Jaruzelski, 86 ans, a "justifié" son action avec une éloquence et un talent impressionnants. Les 2/3 de l'assistance ont applaudi, étonnant, oui, consternant, même. Que les foules se laissent donc facilement manipuler, un peu de brio, et hop, bravo !
Rédigé par : nanard | 21/09/2009 à 10:50