Les expositions à réactions variables
SOCIÉTÉ - Jeudi soir, le vernissage de l'expo du photographe Bertrand Gaudillère sur des sans-papiers, Les chiffres ont un visage, a finalement pu avoir lieu à la bibliothèque du 4è arrondissement de Lyon. L'exposition avait été fermée au public suite aux pressions d'un groupuscule d'extrême-droite, déguisées en protestations "de citoyens lambda" (lire l'article sur LibéLyon).Des protestations illico reprises par les élus de la ville de Lyon, qui, soudain trouvaient eux-aussi anormal qu'un établissement public sous responsabilité municipale accueille une exposition militante et invite à un vernissage des sans-papiers. "Il y a un problème de légalité. La loi, c'est la loi", rappelait-on hier à l'Hôtel de Ville. Pourtant, en même temps, dans la même ville, deux arrondissements plus loin, place Bellecour, la Fondation Bullukian accueille depuis deux semaines une autre exposition consacrée aux sans-papiers, dans le cadre de la Xè Biennale d'Art contemporain. Sans que personne n'ait trouvé là matière à polémique…
Le travail de Laura Genz, sur l'occupation de la Bourse du travail à Paris est pourtant lui aussi, un travail militant, engagé, qui raconte un an et demi du "quotidien" de ces sans-papiers. Laura Genz peint avec colère, et sans concession. Les dessins exposés ont été mis en vente dans le but de soutenir financièrement le combat de la coordination 75. Il n'y a aucune ambiguité sur l'objet l'oeuvre. Pour l'inauguration, des représentants du collectif de sans-papiers (donc sans-papiers) avaient été invités. Les élus de la ville de Lyon étaient présents. Il y avait même des socialistes parmi-eux. Et personne pour dénoncer de cette absence de "neutralité". Personne pour rappeler qu'il est "illégal" de recevoir et protéger des sans-papiers. Ni même pour s'inquiéter d'une éventuelle descente de police qui profiterait de la présence de "clandestins" dans une sauterie officielle pour les arrêter. Personne pour oser demander au commissaire de la Biennale d'Art Contemporain de bien vouloir "rééquilibrer le débat" en donnant la parole à ceux qui ne soutiennent pas les sans-papiers. Et personne n'a demandé que l'exposition soit fermée au public.
Mais il faut dire que personne, non plus, n'avait écrit de courrier, passé de coup de fil pour dénoncer le manque de neutralité de Laura Genz. Les Jeunes Identitaires n'avaient pas dû lire le programme de la Biennale d'Art Contemporain.
Alice Géraud
Les Journées de Bourse occupées, Fondation Bullukian, place Bellecour, Lyon 2è.




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