Biennale d'art contemporain, un spectacle très urbain
En choisissant comme thème de cette Xe Biennale « Le
Spectacle du quotidien », son commissaire Hou Hanru donne à voir le monde
d'aujourd'hui avec ses contradictions, sa banalité, mais aussi ses tentatives
(utopiques ?) de bousculer les choses. Les soixante-dix artistes qui ont
répondu à l'appel sont exposés dans quatre lieux. Petit inventaire des œuvres
qui méritent le détour en famille.
La Sucrière
C’est là qu’il faut aller en priorité. Avant toute chose,
demandez le guide gratuit à l’accueil, il vous simplifiera la vie.
• Au rez-de-chaussée, les vidéos et leur bruit incessant ne
manqueront pas de faire réagir les enfants. Venez plutôt méditer devant
l’installation poétique de Sarah Sze, dont la planète-sculpture, faite de
petits objets recyclés, flotte avec fragilité entre ciel et terre. Dans la
dernière salle, Barry McGee conjugue le graff et l’art urbain de manière
saisissante. Son empilement de camionnettes et ses motifs hypnotiques plairont
aux plus jeunes.
• Au 1er étage, vous êtes invités à traverser une
authentique quincaillerie de Shangai, reconstituée pour l’occasion par Michael
Lin, qui a racheté le stock intégral du propriétaire. L’artiste a aussi
transformé les caisses en bois qui ont servi au transport, en vitrines de musée
éphémères pour seaux en plastique, bols et autres objets banals. Une réussite.
Un peu plus loin, Thierry Fontaine a photographié Le Fabricant de rêve qui veille sur des ballons de football.
Approchez-vous davantage et vous verrez qu’il faut peu de choses pour
transformer un rêve en réalité. Pour sa part, Pedro Reyes, artiste engagé,
expose les pelles de jardin réalisées avec le concours du gouvernement
mexicain, à partir des 1 527 armes à feu illégales récupérées et fondues. Ces
pelles servent à planter des arbres partout où l’œuvre est exposée. Ce sera le
cas à l’Hôpital mère-enfant de Bron prochainement. Au centre de la même salle,
un cube géant, percé de fenêtres colorées à hauteur des petits yeux, laisse
deviner une ville utopique constituée de fragments de maquettes appartenant à
des étudiants en architecture. La bande-son qui accompagne cette œuvre (signée
Un Nous), fait galoper l’imagination.
• Au dernier niveau, l’installation lumineuse de Tsang
Kinwah, composée de phrases rouges qui glissent sur les murs noirs, telle une
pluie de plus en plus battante, accueille les petits curieux. Ils iront ensuite
s’abriter dans les cabanes qu’Agnès Varda a dressées avec délicatesse, sur le
thème de la plage, de la mer, du portrait, et même du cinéma (les “murs” sont
en vraies pellicules !).
L'entrepôt Bichat
Cet édifice industriel, ouvert exceptionnellement au public,
a longtemps fait partie de l’arsenal de Lyon, avant de servir de garage aux
véhicules militaires. Laissé en l’état, c’est-à-dire à l’abandon, il sert
d’écrin aux Dormeurs de Pedro Cabrito
Reis le temps de la Biennale. Cette forêt de néons, qui envahit de façon
désordonnée l’espace en friche, offre un spectacle d’une étonnante poésie. Pour
en profiter pleinement, mieux vaut éviter les heures d’affluence, l’étrange
beauté de ce tableau inachevé se révèle davantage dans le silence. Si, malgré
tout, vous restez hermétiques à ce type de paysages, vous aurez au moins
découvert un nouveau lieu ! (Parking gratuit à l’entrée).
La fondation Bullukian
À l’intérieur, Laura Genz et la CSP75 ont accroché tous les
croquis que l’artiste a réalisés depuis mai 2008, sur les sans-papiers qui occupaient
la Bourse du travail à Paris. Ces scènes saisies sur le vif, au jour le jour,
témoignent de l’espoir et de la résistance de ces hommes et ces femmes
invisibles. Les reproductions sont vendues au profit des occupants.
Au fond du jardin, Sophie Dejode et Bertrand Lacombe ont
installé une gigantesque sculpture en bois, au centre de laquelle se balance un
chaudron qui se remplit de victuailles lors des performances. Imposante,
l’œuvre peut aussi se découvrir de l’intérieur, mais attention, l’accès est
raide et il n’y a rien de sensationnel à voir, si ce n’est que ça ressemble
diablement à une cabane.
Le musée d'Art contemporain
Si vos enfants aspirent depuis la maternelle à diriger un
centre d’art, qu’ils ont tapissé les murs de leur chambre d’emballages de
surgelés et s’extasient devant une boîte de thon, les installations plutôt
intellos du MAC piqueront leur curiosité. Mais si vos lutins ressemblent aux
nôtres, qu’ils aiment entrer facilement dans les œuvres et comprendre ce qu’ils
voient… vous risquez de vivre un grand moment de solitude.
Blandine Dauvilaire
Biennale de Lyon :
jusqu’au 3 janvier 2010, du mardi au dimanche, de 12h à 19h, nocturne le
vendredi jusqu’à 22h. Tarifs (accès aux quatre lieux) : gratuit -15 ans, 6
€ -26 ans, 12 € /adulte.
À la Sucrière : visite parents / enfants le dimanche à 14h30 ; ateliers Bac à sucre : 5-7 ans, le mercredi à 14h30 et 8-10 ans, le samedi à 15h.
Programme complet : www.biennaledelyon.com
La Sucrière : Les Docks, 47-49, quai Rambaud, Lyon 2e.
L’entrepôt Bichat : 5, rue Bichat, Lyon 2e.
Fondation Bullukian : 26, place Bellecour, Lyon 2e.
MAC : Cité internationale, 81, quai Charles-De-Gaulle, Lyon 6e.
Photo : Sarah
SZE, untitled (Portable Planetarium), 2009 © Blaise Adilon




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