27/10/2009

Les faux-monnayeurs s'attaquent désormais aux monnaies africaines

FAIT DIVERS - C'est un coup de filet à l'ancienne. Dans les mailles : des faux billets et de grands bandits, une imprimerie cachée dans le 3è arrondissement de Lyon, un braquage à Marseille. Impression de vieux polar. Cela faisait plus de dix ans que la PJ n'avait pas mis la main sur une planche à billets. Signe des temps, les faux-monnayeurs fabriquent à présent de faux dinars algériens. Les monnaies africaines, moins protégées que l'euro ou le dollar, sont devenues les nouvelles cibles des faussaires…
Pour le responsable de la division économique et financière de la police judiciaire (PJ) de Lyon, Jean-François Ligout, "la spécificité de cette affaire vient du fait que le papier utilisé était destiné aux banques centrales". Il provenait d'une cargaison d'une quarantaine de rouleaux volés lors d'une attaque à main armée commise à Marseille en novembre 2006 et destinés à la banque centrale d'Algérie, précise-t-il. Deux à trois de ces rouleaux, permettant chacun de fabriquer jusqu'à 500.000 billets, avaient été retrouvés à Naples (Italie) en janvier 2009, lors d'une perquisition dans une imprimerie clandestine liée à la Camorra. Les enquêteurs, qui avaient assisté en septembre dans le Vaucluse à la remise de trois de ces rouleaux par des voyous marseillais au réseau lyonnais, n'en ont retrouvé que deux intacts, le troisième étant en cours d'utilisation.

Selon la PJ, les faux-monnayeurs avaient déjà réussi à écouler au moins 200.000 faux billets de 1.000 dinars. L'essentiel du réseau a donc été "neutralisé" avant qu'une "production de masse" n'ait pu se mettre en place, précise le directeur-adjoint de la PJ, Michel Neyret, ajoutant que les billets, d'une valeur de 10 euros, étaient revendus 3 à 4 euros chacun.

Les douze délinquants constituant le réseau lyonnais, interpellés mercredi à Paris, Marseille, Montélimar (Drôme) et Saint-Genis-Laval (Rhône) après quelques mois d'investigations, ont été mis en examen et écroués dimanche pour association de malfaiteurs et contrefaçon. Les hommes, âgés de 30 à 60 ans et dont certains étaient connus pour des faits de grand banditisme, encourent trente ans de réclusion criminelle. Deux frères, imprimeurs dans le centre de Lyon, constituaient "le maillon essentiel du réseau": des milliers de billets ont été saisis dans leur entreprise.

Pour M. Neyret, "si les malfaiteurs avaient décidé de fabriquer des billets de 1.000 dinars, le plus répandu en Algérie, c'est parce qu'ils avaient le papier à disposition: si ça avait été du papier destiné à la banque centrale turque, ils auraient fabriqué de l'argent turc". Le papier fiduciaire volé comportait déjà les trois signes de sécurité (bande holographique, filigrane et fil) nécessaires à la fabrication des dinars algériens (alors que l'euro en compte soixante), ce qui a facilité la tâche des faussaires. "Il leur restait à ajouter le visage et le montant, ainsi que les numéros du billet", a souligné M. Ligout. L'enquête a révélé que l'étape de la "numérotation" était réalisée à Saint-Etienne par un informaticien qui avait mis au point un logiciel spécifique. "Les billets étaient quasiment parfaits", conclut M. Ligout.

Ol.B.

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