Le convoyeur était blindé
FAIT DIVERS - Depuis jeudi , Toni M. (39 ans) a endossé la figure du héros
modeste. Celle du petit convoyeur de fonds qui après des années de
servage salarial part avec les 11,6 millions du fourgon blindé qu’il
conduit. Figure séduisante? Mais la réalité semble plus complexe.
«L’ami public numéro un», comme le surnomment déjà ses fans sur
Facebook, semble avoir mené une double vie. D’un côté l’employé au
train de vie modeste, que l’on ne remarque pas avant qu’il fasse le
casse de ce début de siècle. De l’autre un type capable de placer
plusieurs centaines de milliers d’euros sur ses comptes, dans une
société immobilière ou une Ferrari, ou encore de tenir, selon son
ex-compagne, que Libération a pu rencontrer hier, un commerce de voitures de luxe à l’autre bout de la
France...
Cette face, ses collègues ne la connaissaient pas. Et ses voisins la découvrent. De lui, ils se souviennent d’abord d’une silhouette massive, taillée par des heures de muscu, 1 m 80 pour une centaine de kilos. Un homme discret, voire taiseux, qui allait travailler à vélo, habitait dans un immeuble assez modeste de Villeurbanne depuis un an. Avant, il roulait dans une vieille 406 break et vivait au-dessus du bistrot que tenait sa compagne, dans le même quartier.
Dans le restaurant qu’elle tient désormais, non loin de l'endroit où ils habitaient, dans un vaste club de sport, elle décrit un homme très intelligent, «pas du tout flambeur», même très économe. Ils ont vécu onze ans ensemble, et Toni aurait retrouvé avec elle une famille. Il restait très marqué par le divorce de ses parents, ne parlait plus à sa mère, qui vit en NouvelleCalédonie. Voyait rarement son père, installé près d’Annecy, parlait parfois à une tante. Et s’entretenait aussi «en yougoslave» au téléphone. Son père était originaire de l’actuelle Serbie. Toni y allait de temps à autre, sans elle.
CANICHE. A l’époque, elle tenait un petit café-restaurant de Villeurbanne, le Léon Tolstoï, fréquenté par la communauté portugaise du quartier. Toni la remplaçait parfois au bar, et comme il ne boit pas, il éconduisait les alcooliques qui peuplent le soir ces petits cafés d’habitués. Les voisins se souviennent aussi qu’il promenait souvent Junior, le caniche de sa compagne. Le couple faisait de la musculation dans un club voisin, raconte-t-elle. Elle assure qu’ils ne se voyaient plus, une ombre douloureuse passe lorsqu’elle le dit.
Elle ne semble qu’à moitié étonnée de l’exploit présumé de son ex. Lorsqu’il vivait avec elle, Toni possédait une Ferrari, dont il faisait un usage très discret. Il ne s’en servait jamais dans son quartier. Ils sont allés une fois à Monaco, sont entrés un jour dans un casino, «sans jouer». Comment a-t-il pu s’acheter une telle voiture avec ses revenus de convoyeur ? Selon son ancienne compagne, il avait monté à l’époque une société de vente de véhicules de luxe, «dans le Nord ou l’Est de la France». D’après ce qu’elle en sait, il gérait cela par téléphone et Internet, faisait parfois des allers-retours.
Autre surprise, les comptes du garçon étaient très bien garnis. Une semaine avant sa fuite, Toni M. les a tous vidés. Il y en avait une dizaine, pour environ 100 000 euros. La somme est surprenante au regard des revenus connus du convoyeur : moins de 2 000 euros par mois, primes comprises. Salaire dont il passait son temps à se plaindre devant ses collègues depuis quelques mois.
«RIEN À VOIR». Ce n’est pas la première fois que l’employé de la Loomis mobilise des sommes considérables sur ses comptes personnels. Outre la Ferrari, il avait placé, en 2007, 115 000 euros dans une société immobilière (SCI) dont le siège social se situe à son adresse d’alors : celle du bar-restaurant de sa compagne de l’époque. «Mais elle n’a rien à voir» avec lui, explique la restauratrice. «J’étais propriétaire en mon nom propre», précise-t-elle.
L’associé de Toni dans la SCI est un certain Abel, qui avait engagé lui aussi 115 000 euros. Abel F., 51 ans, porte le même nom de famille que la compagne de Toni. Il est à la tête de cinq autres SCI, vit à Villeurbanne comme Toni. Contacté par Libération, il n’acceptait de répondre aux questions sur ses liens avec le convoyeur envolé que contre une forte somme d’argent.
Depuis la séparation d’avec sa compagne, Toni avait emménagé quelques dizaines de mètres plus loin, dans un petit appartement dans un immeuble vieillot. Il disait y vivre seul. Pourtant, avant de quitter les lieux, il a pris un soin extrême à tout nettoyer. Vidant le frigo, et surtout faisant disparaître… les draps. Comme pour gommer toute trace d’une autre présence humaine à ses côtés dans les moments précédant le casse.
Olivier Bertrand et Alice Géraud




L'imagination au pouvoir ?
Rédigé par : Ditirambik | 09/11/2009 à 10:09
Décidément ,son histoire va inspirer le cinéma...Je vois bien un acteur typé genre Jean Reno entre son physique faut me marcher pas sur les pieds et le coté taiseux.... C'est complexe comme la vie des héros cette histoire.
Rédigé par : zérozaza | 09/11/2009 à 10:49
De votre récit, un gars qui pour s'en sortir essaie des gros coups, commerce peut-être pas complètement déclaré, spéculation immobilière, plusieurs comptes afin d'éviter de se faire entuber par les banques. Il y a un côté organisé avec une très bonne prise d'information en amont tout à fait fascinant. Quant aux sommes, 100 000 euros sur différents comptes, 115 000 sur une SCI, rien de surréaliste ni disproportionné. Ce qui est très amusant dans les commentaires de ceux qui le dénigrent, c'est ceux qui se disent honnêtes à 100%... J'en connais beaucoup qui jouent sur les frais réels pour arnaquer à leur petite échelle les impôts. Je me souviens même d'une revue de la CGT, style guide pratique des frais réels... Puis bon, encore une fois, avec tout ce que les puissants se mettent dans les poches sur le dos du contribuable, Tony Musulin, c'est du petit voleur. Aulas a une toute autre envergure avec son grand stade...
Rédigé par : kwak | 09/11/2009 à 10:55
Excellent! Bon de toute cette histoire, je pense qu'on retiendra:
-l'absence de pertes humaines (pour le moment,et en espérant que ça dure)
-le vol de l'argent que le contribuable avait été forcé de prêter aux banques flambeuses
-la ruse qui permet pour le moment à notre voleur d'échapper aux policiers, et qui nous le rend sympathique, tant il est vrai qu'on aime les voleurs avant qu'ils ne se fassent prendre, et leurs victimes ensuite.
Rédigé par : Javi | 09/11/2009 à 11:03
Conduite étrange car il sera forcément arrêté. Il ne peut même pas dépenser l'argent de son vol. C'est plus qu'une imagination au pouvoir: une aliénation désespérée.
Rédigé par : Bruno Chereul | 09/11/2009 à 11:08
Il était plutôt du style discret : "pour vivre heureux, vivons cachés."
Pour le coup, depuis quelques jours, c'est raté lol.
Rédigé par : Turtle | 09/11/2009 à 11:18
Malin ou malhonnête ?
Il n'est pas plus malin que les autres ! N'IMPORTE QUEL convoyeur aurait pu faire ce qu'il a fait. La seule différence entre eux et lui ? Ils sont honnêtes, lui est une crapule qui a trahi la confiance placée en lui.
Rédigé par : Niavlys | 09/11/2009 à 12:02
Il a fui, il a tout compris !
Rédigé par : yann | 09/11/2009 à 12:05
C'est vrai que c'est une grosse somme, mais il y a
des patrons ou des traders qui se font ça de manière
tout à fait légale....
Rédigé par : tangofloral | 09/11/2009 à 12:11
Bon aux premiéres heures des investigations la presse du pouvoir nous annonçait que "tony" avait vidé son compte crédité de lisez bien de 500€ au vu du buzz qu'a succité son braquage "sans violence et sans haine" sur le net et a lire les nombreux commentaires de félicitations d' internautes adressés a Toni M face à ce pied de nez aux banques.... nous constatons que depuis ce week-end la presse dresse un autre portait de Tony M nous parlant de véhicule de luxe ,de 100 000€ et bien moi je dit chapeau voila un type qui travaillait depuis 10 ans pour un salaire de crevar malgré sa "fortume" et a décidé sans attendre de partir avec un bonus bravo!
nota : certains diront oui mais c'est notre argent ben ouais mais tout les jours
-les banques nous volent,agios,frais de toute sortes
-Sarko prends les contribuables pour des cons et dépense sans compter nos sous un ptit rappel 16,8M€ pour 2 jours.c'était le 13/14 juillet 2008....
-construction d'un avion au non de CARLA force one etc...coût ignoré et pourtant on a raqué
Rédigé par : la vigilante | 09/11/2009 à 12:32
Tout ça c'est politique, vive l'Arsène Lupin de Villeurbanne, le Simon Duroc du 6-9.
Face aux rapt des banques sur l'atrgent du contribuables, notre Robin des bois a volé les riches pour donner aux pauvres (en premier à lui).
E t vive l'autogestion dans les bordels!
Rédigé par : Superdupont54 | 09/11/2009 à 12:40
Moi j'aime bien. Le mec a pas l'air con. Ni flambeur ( ce qui alerte souvent les flics et l'entourage)
Mais c'est un gagne-petit : il aurait appris à devenir une sommité du CACA rente, il aurait gagné beaucoup plus. Et tout ça sans risques, juste en avec un costard trois pièces et des lunettes pour se donner l'air intelligent (et concentré).
D'accord, il aurait mis trois ans au lieu de dix minutes, c'est vrai.
Ca doit être la seule différence.
Rédigé par : Alain VIERNE | 09/11/2009 à 12:48
moi je trouve que c'est un malin et un patient.
un malin car il a fait le vide autour de lui.
pas de proches, pas de liaison.
Il a su patienter des années avec un salaire médiocre et a fait un superbe coup sans violence.
J'espère qu'il saura se planquer et maintenant il pourra se faire de belles et riches relations.
Son crime : il a volé les banques, on en rêve tous. Elles, elles nous dépouillent légalement.
bravo Arsène et tant pis pour les 5 ans à faire si tu te fais prendre.
Rédigé par : Alain | 09/11/2009 à 13:04
He si cela était un complot de plus avec mise en scène entre la banque et le soi disant voleur ...!!Du déjà vu !!
Tout le monde y gagne !
Rédigé par : belzebut | 09/11/2009 à 13:20
il parrait qu ils viennent de trouver de l argent dans une voiture a lyon , mais ce mec a eu 10 ans pour preparer son coup , je suis sure qu on ne l aura pas avant tres longtemps , et je l espere en tout cas
Rédigé par : mutuelle | 09/11/2009 à 13:30
il est parti avec sa prime des subprimes placer quelques millions sur un compte offshore.
comportement bancaire normal? je ne vois pas pourquoi on le recherche?? ^^
Rédigé par : gadom | 09/11/2009 à 13:43
C'qui m'embête,
c'est qu'il n'ai pas pu tout mettre à gauche, sachant que 11 m€, bien que ce soit très lourd, ça tient dans une grosse valise !
Rédigé par : Phil69 | 09/11/2009 à 13:48
Outre le côté bien français de la sympathie pour ce non-violent gangster qui a berné des gros, ce que je retiens c'est que l'exemple du vol organisé et des"combines" venant du plus haut, tout le monde applaudit ce "petit".
A part ça, âmes sensibles, rassurez-vous, s'il est aussi astucieux que ça il est déjà loin, dans un pays où acheter une identité est monnaie courante ou bien dans un petit village montagnard de serbie.
Rédigé par : Rosée d'hiver | 09/11/2009 à 14:06
A tous ceux qui trouvent ca drole et tres bien: le pognon, Loomis, vous croyez qu'elle va le recuperer comment? En sucrant le salaire de ses riches convoyeurs? Les assurances ne paieront pas. D'une maniere ou d'une autre, c'est tout le monde qui paiera puisque ce sera repercute. Bravo l'Arsene! T'as pique du pognon et Dugland est content! Good times.
Rédigé par : SJR | 09/11/2009 à 18:38
Mon sang n'a fait qu'un tour
" il éconduisait les alcooliques qui peuplent le soir ces petits cafés d’habitués....."
Dérapage ?
(pour alcooliques)
Méconnaissance des sites ? (petits cafés d'habitués)
Campagne anti bistrot(s) ? dont le rôle social est avéré par plusieurs écrits.
Les cafés ont - TOUS - des habitués
petits de quartier ou brasseries de boulevard, plus chic, bien entendu.
Désolé, blessé, heurté, choqué, meurtris... j'en passe...
J'ai plus vingt ans - de bistrot, café, bar,estminet,taverne, comptoir, cabaret etc. etc.. dont 3 ans entre les rédactions de 3 quotidiens " de Province " dont plusieurs journalistes ont fait, à mon épouse et moi même,le plaisir d'être notre clientèle.
Nous y retrouvions un mélange de gens, du quartier ou d'ailleurs qui sans s'abreuver " bêtement " savaient échanger.
Vous donnez une très mauvaise image d'un espace - a gérer certes - de convivialité et d'accueil qui manque dans ce monde (cruel)
Au demeurant, le monsieur est un ' truand '
dont on fait grand cas... vu les casserolles des banques et sociétés financières depuis quelques mois
Rédigé par : angevain | 09/11/2009 à 23:18
Re moi
http://damepolitiqueetlebiencommun.blog.tdg.ch/archive/2009/06/05/les-bistrots-veritables-ames-de-nos-quartiers.html
D'un de vos collègues
Mais je ne vous veux pas...
Rédigé par : angevain | 09/11/2009 à 23:30
2,5 millions d'euros pour 18 mois de prison avec la certitude de ne pas être ennuyé par plus méchants que soit en se délestant de ce qui pourrait vraiment les intéresser (les 9 millions rendus). Ajouter à cela une séparation bien organisée (... des retrouvailles sont envisageables à la sortie), une pincée de musculation pour en imposer aux collègues de mitard... Toni, soit il n'a pas fait exprès d'écrire un scénario digne des meilleurs, soit il a fait exprès... et là, alors là !
Rédigé par : Boudaille | 16/11/2009 à 20:56
Franchement, moi je trouve ça fort et si je renvoi ça à une question de moralité! Quoi tu n'aurais pas fait le même coup?!
Le mec a été opportuniste. L'être humain est fait comme ça ceux qui chialent contre les bandits de petits et de grands chemin devraient plutôt voir la réalité en face : Qu'est devenu notre société, quelle valeur nous enseigne-t-elle!
Plus haut dans les commentaires j'ai lu qu'il a trahi sa confiance : Pardon, il n'a rien trahï au contraire intègre à lui même et confiant en son choix il s'est même rendu aux autorités en ne rendant pas le butin manquant.
Sérieusement, pour en revenir à la société c'est elle qui nous forge,, qui nous prend comme un code bar et à les banques ne te demandent pas ton nom mais des numéros. On n'est plus des hommes mais des humanoïdes.
Les banques, les grosses compagnies, les dirigeants et les PDG, le système nous arnaquent. Il y a ceux qui entre dans le jeu et qui joue au mouton et les autres qui sont marginales qui veulent joué le rôle de consommateur sans travailler pour un salaire de crève-fin.
Il serait tant que la société se ravise et que le vent de l'individualiste s'assèchel La société fait de nous ce que l'on est!
Rédigé par : Tony M | 16/11/2009 à 22:42