Un espoir de reprise pour le cinéma Odéon
CULTURE - Il y a deux mois, l’Odéon fermait ses portes à Lyon. Profitant de la pause estivale, le propriétaire du plus ancien cinéma de la ville avait résilié le bail, démonté les fauteuils, et mis un terme, définitif pensait-on, à une histoire remontant à 1906 (lire sur Libéyon). Mais deux professionnels locaux se sont mis en tête de le rouvrir. Ce ne serait pas une première. Il y a trois ans, ils avaient déjà réussi à sauver le Comœdia, autre ancienne salle dévastée et bouclée par son propriétaire. Leur projet est soutenu par Frédéric Mitterrand et Gérard Collomb, maire socialiste de Lyon…
Première salle de cinéma sédentaire à Lyon, l’Odéon était devenu un porno, puis l’une des trois salles du Cinéma national populaire (CNP) créé à Villeurbanne en 1967, peu avant le TNP. Roger Planchon, l’un des deux créateurs et cogestionnaires, avait ensuite repris les actions de son associé, après la mort de ce dernier, et cédé les cinémas en 1998. Son successeur a négligé l’entretien, reporté les aides du CNC vers ses cinémas marseillais. Et l’Odéon a décliné lentement, jusqu’à sa fermeture en août.
Depuis, les deux autres cinémas achèvent de péricliter. Une partie des salariés est en instance de licenciement, le ménage n’est plus fait, et la sécurité plus assurée. La perte est lourde pour les cinéphiles. Les CNP proposaient en effet les films les moins accessibles - dans tous les sens du terme. Chaque année, 100 à 150 œuvres n’étaient visibles que chez eux. «On ne peut pas, dans la deuxième ville de France,laisser disparaître cette offre», résume Marc Bonny, l’un des deux acteurs du projet. Avec le producteur Marc Guidoni, il a réussi à sensibiliser Frédéric Mitterrand, à l’occasion du Forum que Libération organisait en septembre à Lyon. Le ministre a promis son soutien, mobilisé le directeur régional des Affaires culturelles et écrit la semaine dernière à Gérard Collomb. «Il suit cette affaire de près, dit l’un de ses conseillers au ministère. Les professionnels qui portent ce projet sont des bons dans leur secteur, ils connaissent bien le marché local et le Comœdia est une réussite. S’ils présentent un dossier de demande de subvention pour l’Odéon, ils seront tout à fait éligibles.»
La ville soutient également l’idée. Il vaut mieux car, vu les loyers pratiqués dans le quartier, le cinéma aura bien besoin de son aide si l’affaire aboutit. L’Odéon est situé dans l’îlot Grolée, dont la ville était propriétaire mais qu’elle a revendu à un investisseur américain… lequel a revendu les rez-de-chaussée, réalisant au passage une jolie culbute. Les Docks lyonnais, nouveaux propriétaires des commerces, veulent transformer l’îlot en une sorte d’avenue Montaigne, avec boutiques de luxe pour «shopping de prestige».
Dans ce centre-ville qui s’embourgeoise, un cinéma art et essai a-t-il encore sa place ? Valoriserait-il le quartier, dont les pas-de-porte restent pour l’instant désespérément vides ? Marc Bonny et Marc Guidoni ont rencontré mi-septembre le propriétaire des murs, pour lui demander les plans de l’Odéon. Car il s’agit d’une salle mono-écran, ce qui n’est plus viable commercialement : il faut installer deux petites salles en dessous de l’existante, ou à côté. Le tandem veut savoir si c’est possible. Mais le propriétaire fait la sourde oreille. Deux mois après l’entrevue, il n’a toujours pas transmis les plans et semble privilégier d’autres activités. Contacté par Libération, il n’a pas donné suite.
Olivier Bertrand







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