La Part-Dieu, retour sur un ratage urbain
URBANISME - Il aurait pu intituler son livre "comment on a raté tout un quartier". Charles Delfante, l'urbaniste qui présida pendant plus de 30 ans au destin urbanistique de Lyon aux côtés du maire Louis Pradel, raconte dans un ouvrage, plus sobrement intitulé "La Part-Dieu, le succès d'un échec"(1), comment élus, promoteurs, financiers et mauvaise volonté auront eu finalement raison de ce qui devait être à l'origine l'un des centres urbains les plus novateurs d'Europe. Le récit est intéressant parce qu'au-delà du ratage du quartier d'affaires de Lyon, Charles Delfante décrit comment, à un moment donné, l'appât du gain, que l'on nomme en politique "principe de réalité", a eu raison de l'urbanisme humaniste et d'une vision à long terme de la ville...
Charles Delfante n'est pas n'est pas un nom très connu en dehors du cercle (forcément un peu restreint) de ceux et celles qui se passionnent pour l'histoire urbaine contemporaine de la ville de Lyon. L'urbaniste, aujourd'hui âgé de 83 ans, fut pourtant au maire Louis Pradel (de 1957 à 1975) ce que, quelques décennies plus tôt, Tony Garnier fut à Edouard Herriot (maire de 1905 à 1957) : le penseur, concepteur et accompagnateur des mutations de la ville. Mais Delfante, à la différence de son illustre prédécesseur, fut certainement davantage urbaniste qu'architecte, davantage dans l'ombre que dans la signature. Signature qu'il n'a peut-être pas non plus cherché à revendiquer tant les transformations de Lyon dans les années 70 ont fait, plus tard, l'objet de continuelles critiques publiques (lire sur ce sujet notre article sur la gare de Perrache). Encore aujourd'hui, reste l'image du bétonnage organisé d'une ville entièrement dédiée à la voiture.
Faire de Lyon une capitale européenne (déjà)
Pourtant, lorsque Charles Delfante est arrivé aux manettes lyonnaises au début des années soixante, il portait avec une lui une tout autre philosophie. Celle d'un urbanisme qui se voulait à la fois humaniste et ambitieux pour la ville. Il était question de créer de nouveaux quartiers qui, à la fois, respectaient les usages de l'homme et pourraient "élever" Lyon au rang d'une grande métropole. C'est dans cet esprit qu'a été lancé le projet du quartier d'affaires de la Part-Dieu. Une des idées étaient de faire en sorte que ce nouveau centre ville, par une conception originale et des fonctions larges, donne à Lyon une image de capitale régionale, la plaçant à une échelle comparable à celles des autres grandes villes européennes. Il fallait donc ici de grands équipements : gare interrégionale, centre culturel d'envergure, administrations...
Dès le départ était retenu le principe d'une mixité avec des logements, des commerces et des bureaux afin d'éviter l'effet "city" de Londres, déserte en soirée. Mais il fallait aussi, pour que ce quartier vive, en respecter l'échelle humaine, en préservant espaces publiques, lieux de promenades et commerces de proximité.
"En politique, vous êtes vraiment nul"
Il n'a pas fallu longtemps pour que les utopies des urbanistes se heurtent aux principes de réalité des décideurs. "Monsieur Charles, en urbanisme vous êtes champion, mais en politique, vous êtes vraiment nul". La sentence de Louis Pradel sur son urbaniste Charles Delfante illustre assez bien les fondations du contentieux. Aussi le commerce de proximité s'est-il transformé en gigantesque centre commercial. "Un coffre-fort desservi par des autoroutes", décrit Delfante. "Autant d'impôts que les Lyonnais n'auront pas à payer", lui rétorquait alors Pradel.
Le centre culturel qui devait comprendre un ensemble salle de concerts, salle d'expos, opéra, bibliothèque et cinéma se limitera finalement à un Auditorium. La bibliothèque municipale sera construite là où il lui reste un peu de place. Le centre commercial de 120.000 mètres carrés occupe le cœur du quartier. Les espaces vides sont grignotés par les promoteurs. Chacun laisse son architecte faire son bâtiment dans son coin, sans guère plus se préoccuper de l'unité du tout. Ou comment, selon Charles Delfante, l'urbanisme a fait place au chaos.
Mais l'utopie de l'urbaniste s'est aussi heurtée à la réalité tout court. Ainsi, Charles Delfante revient sur une forme de pêché par trop d'anticipation. Pour la Part-Dieu, l'urbaniste avait imaginé un quartier entièrement desservi par les transports collectifs, en contraignant le plus possible l'usage de la voiture. En pleine ère du tout pour la bagnole de Pompidou, "l'innovation" s'est révélée totalement inappropriée aux usages en vigueur. Il aura fallu attendre 40 ans pour que la tendance s'inverse. "Un urbaniste ou un décideur devrait toujours penser que son projet va servir les hommes différents qui vivront plus tard", écrit Delfante. Tout en reconnaissant que ces évolutions sont compliquées à prévoir.
Les années ont passé mais il est amusant (quoique) de remarquer à quel point ce que Delfante pose ici comme un constat d'échec fait aujourd'hui figure de bon bilan politique. Ainsi, le maire actuel de Lyon Gérard Collomb ne manque-t-il jamais une occasion de se féliciter du prix du mètre carré de bureau dans son agglomération et de l'augmentation du nombre de transactions afférentes. "La Part-Dieu est un échec retentissant car les objectifs d'origine n'ont pas été atteints et que les plans ont été bousculés dans tous les sens. En revanche, les financiers peuvent considérer que cette opération est l'un des plus belles réussites françaises en raison de la seule spectaculaire augmentation des valeurs foncières", analyse Charles Delfante.
Alice Géraud
(1) Charles Delfante, La Part-Dieu, le succès d'un échec, édition Libel, oct 2009, 112 p.






Beau projet originel que celui du sieur Delfante. Au fait et puisque la mairie d'arrondissement est passée à gauche, combien y a-t-il de logements à la Buire, sur ces logements, combien sont sociaux et à quel prix de location au m²? merci d'avance Libélyon!
Rédigé par: kwak | 11/11/2009 à 16:50
La tour Oxygène n'est-elle pas une continuité de cet échec ?
Rédigé par: Jerome Manin | 11/11/2009 à 18:16
Pourvu que Confluence ne le soit pas aussi, il y a déjà des points mal partis.
Rédigé par: FEFI | 12/11/2009 à 05:55
@ kwak
la municipalité est passée à gauche, vous êtes sûr ?
Rédigé par: :o) | 12/11/2009 à 14:41
Mais bien sûr que la tour Incity est un échec, non pas pas sa petite taille mais par sa forme trop étroite où en plus à l'intérieur il n'y à que des angles morts où a part une socièté comme la SNCF(état) peut louer 70% de la surface totale mais qu'adeviendront ses surfaçes vides lorsque laSNCF partira car elle n'a pas vocation à y resté à vie, non?. Je pense qu'elle deviendra comme l'ex tour UAP vide de tout occupants. Hélas pour monsieur le Maire de Lyon, il aura fat une gros bourde.
Rédigé par: lyonnais | 12/11/2009 à 19:13
Je voulais dire la tour Oxigène et non tour Incity.
Rédigé par: lyonnais | 12/11/2009 à 19:15
M. :o): La confluence sera aussi un échèc car pour ammener la masse populaire sur ke site, notre Maire n'à prévu qu'une petite remontée mécanique fait pour les initiés.
Rédigé par: lyonnais | 12/11/2009 à 19:35
Après la catastrophe de Perrache, après l'enlissement du musée de la Confluence n'est-il pas temps d'arrêter le projet du Grand Stade de Décines prétexte au mercantile OL Land.
Ce sera, pour un caprice, une verrue qui gangrénera tout l'est lyonnais par l'insécurité, la circulation, la pollution et tout ça par la volonté incontrôlée de deux complices peu scrupuleux d'autrui. Les échecs patents historiques ne serviraient-ils pas de leçon ?
Rédigé par: carton rouge | 12/11/2009 à 22:26
Voyons, réfléchissons... Thierry Philip, maire d'arrondissement du 3e, fervent supporter de Gérard Collomb avant qu'il ne se batte avec lui pour prendre sa place en 2014, conseiller municipal, vice-président de Queyranne, vice président du Grand Lyon, digne représentant de la Gauche caviar, membre éminent de la gauche dite collombarriste !
Rédigé par: kwak | 12/11/2009 à 22:27
j'ai eu l'occasion un jour en parlant avec mr Hernu alors maire de villeurbanne d'evoquer la remise en etat des gratte ciel ,il m'a dit visitez les et donnez moi votre avis :ils ne rapportent pas assez pour payer les travaux et renseignements pris sur place :les derniers etages sont habites par des gens de la mairie ou du PS qui ne payent que des loyers ridicules pour des tres grands appartements avec terrasses ,alors que les niveaux inferieurs qui sont plus des couloirs que des appartements sont habites par des lambdas qui eux paient le prix du marché !mr Hernu cet homme extremement réservé m'a fait comprendre qu'il y avait toujours des privilèges dans tous les types de sociétés!
Rédigé par: steeves | 13/11/2009 à 07:32
la part dieu c'est une erreur ,dans le dessin et dans la distribution des surfaces ces esplanades interminables et ces couloirs froids inutiles font perdre les trois quarts de la surface utile ,les frais de chauffage et declimatisation sont du coup tres élevés quand a l'implantation c'est une catastrophe sauf pour quelques commerces,la seule reussite c'est le parking!
Rédigé par: steeves | 13/11/2009 à 07:37
Le soit disant lyonnais devrait faire preuve d'un peu plus d'optimisme et de connaissance du sujet . Confondre Incity et Oxygène démontre le manque de sérieux du propos . A t'il visité la tour pour dire qu'il n'y a qu'angles morts et surface étroite ?? La SNCF qui loue 17 étages pour sa direction achats et son service informatique (et non sa direction régionale comme indiqué dans un article très critique de Lyon capitale de Septembre )n'a t'elle pas étudié son implantation ??
Et Ernst et Young cabinet international qui loue les étages 18 à 22 non plus ???
Reste 5 étages libres , pas mal pour un tel projet
Alors arrétons un peu le dénigrement et cessons d'être contre tout , si on est coutre Oxygène , contre Incity , contre la confluence , contre le grand stade , contre une ville qui va de l'avant , alors il faut d'urgence aller vivre sur une ile déserte !!!
Rédigé par: Jakouli | 13/11/2009 à 10:59
Vous dites @Jakouli que la tour Oxigène est bien et qu'il n'y à pas d'angle mort, mais que faites vous lorsqu'on aura mit deux bureaux l'un à côté de l'autre sur un même plateau très étriquer, une corbeille à papier?, en tout cas pas grand chose de plus.
Vous parlez de la SNCF qui va s'installer mais elle prends 70% de la surface totale de la tour et c'est pour cela qu'elle à été commercialiser, sans la SNCF elle n'aurai jamais vu le jour.
Ernst et Young prend en effet quatre ou cinq étages (il était avant à la tour Part Dieu) mais à part eux deux il n'y a personne d'autre.
Là ou je veux en venir, c'est qu'il sera très difficile de trouver des loccataires pour cet édifice, ou avez-vous vous que l'on obligeait à des entreprises de prendre 3 étages alors qu'elles n'en veulent qu'un pour mettre tous leur employés ensemble pour une meilleure gestion.
La tour Part Dieu elle vu ses beaux plateaux trouvera toujours des clients et sera debout encore pour très longtemps.
Pour revenir à Oxigène, avez-vous vu la dalle qui est en train de se contruire au dessus d'une partie de la rue de Bonnel, elle finira par être squater en plein Nord et au Froid, la ou les sorties du cours Oxigène deviendront plus que problèmatique.
Dernière chose @Jakouli, vu d'en haut la tour Oxigène ressemble à une gomme et savez-vous comment fini une grosse gomme elle (même HQE), au panier, je ne serai pas surpris de la voir détruite dans 40/50 ans un peu comme l'ex UAP
Pour dire qu'une ville va de l'avant il faudrait qu'elle fasse les bons choix au bon momment, mon cher @Jakouli.
Rédigé par: lyonnais | 14/11/2009 à 09:30
@Lyonnais et Jakouli. Vous ne parlez pas de la même choses, Lyonnais évoque la tour Oxygène et Jakouli récite l'argumentaire du Régime Collomb.
Rédigé par: Jerome Manin | 14/11/2009 à 17:35