03/12/2009

Vénissieux : enfin de l’animation dans les cours

Unknown

photo : Sébastien Erome

ÉDUCATION - «Là, vous pouvez pas plus zoomer, madame ?», demande une élève. «Non, justement, je dézoome», réplique la professeure. Sur le tableau blanc interactif face à la classe, le quartier des Minguettes, que l’on voyait distinctement, devient une tache dans la ville de Vénissieux, puis un point perdu dans l’agglomération lyonnaise…

Aujourd’hui, les élèves de la sixième 1 du collège Elsa-Triolet de Vénissieux (Rhône) étudient la notion d’échelle en géographie. Pour cela, leur enseignante, Anne-Sophie Piejak-Milko, 30 ans, utilise des photos aériennes et des images satellites du site Google Earth. Sur leurs bureaux, les élèves n’ont pas de livre. Seulement leur cahier et une photocopie avec un exercice intitulé «De l’espace proche à la planète». Sur sa table, l’enseignante n’a pas non plus de livre, mais un ordinateur portable relié à un vidéoprojecteur. Ainsi équipée, elle tourne les pages du manuel numérique qui sont projetées sur le tableau blanc interactif (TBI), grossit un passage, passe à un exercice, va chercher une précision sur Internet, revient aux vues aériennes, etc.

Chef d’orchestre. «A quoi reconnaît-on son quartier ?» lance-t-elle. L’enseignante, qui passe de son ordinateur au tableau blanc, puis au noir classique où elle écrit de temps en temps, a des airs de chef d’orchestre. «A ses tours», répond un élève. «Mais que peut-on dire aussi à part les tours ?» Les réponses fusent. «Des HLM»,«des appartements», «des barres»…«Des maisons aussi», tente un élève sans trop y croire, les Minguettes étant une vaste cité sans pavillon. «Maintenant, vous écrivez sur votre feuille : "Mon quartier s’appelle les Minguettes. Il fait partie d’une ville, Vénissieux…"»

La professeure a fait apparaître l’exercice sur le tableau blanc et remplit les réponses au stylet bleu. Pour la première fois depuis le début du cours, les élèves sont penchés sur leur copie. Elsa-Triolet est l’un des cinq collèges du Rhône qui expérimentent depuis la rentrée des manuels numériques. Une dizaine d’académies participent au projet. Objectif : généraliser à terme l’usage du numérique à l’école et d’ici là, voir comment professeurs et élèves s’en emparent.

Laclasse.com. L’expérience concerne uniquement les sixièmes et les disciplines où les profs sont volontaires et où il existe des manuels numériques. A Elsa-Triolet, il s’agit de l’histoire-géo, des maths, du français et de la technologie. Chaque classe est dotée d’un ordinateur portable avec accès internet, d’un vidéoprojecteur et d’un TBI. L’équipement est financé par le département. Le ministère de l’Education, lui, paie les droits des manuels numériques. Et le rectorat et l’inspection académique s’occupent de la formation des enseignants et du suivi pédagogique. Professeurs et élèves ont un mot de passe pour se connecter à Laclasse.com, le site éducatif créé par le département du Rhône dès 1996. Ils y trouvent les manuels numériques et une reprise du livre papier avec des animations en plus. Pour leurs devoirs, tous les élèves ont chez eux le manuel papier.

L’enthousiasme est patent. «En histoire-géo, on peut projeter des photos, dit un élève, et puis ça fait plus de place sur le bureau.»«On n’a plus besoin d’emporter les livres, et notre cartable est moins lourd», ajoute une autre. «Souvent, des élèves l’oubliaient, ils se le partageaient et cela faisait du chahut, c’est mieux pour la discipline», explique Fabien Duplus, 26 ans, professeur de maths. «Avec l’outil numérique, on entre dans leur espace culturel», complète le principal, Philippe Grand. Pour son collège, où 92% des élèves sont issus de milieux défavorisés et souvent en difficulté scolaire, il espère qu’une pédagogie moins classique les remotivera.

En maths, aujourd’hui, la sixième 2 étudie les parallèles. Fabien Duplus passe dans les rangs pour vérifier les devoirs. Simultanément, la leçon s’affiche au tableau blanc avec une voix de femme qui répète : «Deux droites parallèles sont deux droites qui ne sont pas sécantes.» Le silence se fait dans la classe. Le professeur demande à Jaoued de venir faire un exercice au tableau : construire une parallèle passant par le point A. Après un bon début, il cale. La correction animée se met en route. L’équerre vient se poser sur la droite (d), la règle glisse le long, la parallèle (d’) se trace… A ce moment-là, un élève se lève sans permission. «Tu me copieras dix fois de 5 à 15 pour demain», lance le prof. Sur papier, bien sûr.

Véronique Soulé

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