Fusillade lyonnaise : "Je me suis enfui en boitillant"
"On jouait au foot comme souvent le dimanche, un petit décrassage, sur le terrain qui se trouve à côté. Des filles qui viennent souvent ici sont allées au bureau de tabac. Quand elles sont ressorties, des gars ont essayé de s'incruster, ils ont joué avec un stylo laser pour se faire remarquer. Trois gars qu'on connaît pas et qui étaient avec les filles sont ensuite descendus de voiture. Ils ont tapé un gars du quartier dans une allée. On nous a appelés, on a arrêté le foot. Le gars, il était plein de sang, sûr qu'ils l'ont tapé à plusieurs. Ils ont ramassé, ils sont repartis, puis une autre voiture est arrivée. Eux aussi ont ramassé. Alors la troisième voiture est venue. En tout, ça a dû se passer en une heure. On a entendu un crissement de pneus. C'était un V6 Xantia Citroën avec du scotch blanc sur les plaques.
Ils sont arrivés, on était une quinzaine devant le tabac. Ils ont sorti leurs armes et se sont fait plaisir. J'ai eu l'impression qu'ils étaient quatre ou cinq, mais c'est allé très vite. J'ai reçu une balle dans la cuisse, je me suis baissé pour éviter les autres. Ils tiraient de tous les côtés. Amar venait de descendre de chez lui. Comme c'était dimanche, la boulangerie est fermée, il allait chercher du pain à l'épicerie. Il est tombé. Moi je me suis enfui en boitillant et je suis passé par un passage à côté du tabac. La voiture a fait le tour du quartier, je l'ai retrouvée de l'autre coté, je me suis caché. C'est des fous. On connaît pas les gars de la première embrouille, sinon on aurait pu parler, ça aurait pas dégénéré. Même quand il y a bagarre, on empêche que ça dégénère en parlant. Là, ils sont arrivés et ils ont tiré. Franchement, ils se sont fait plaisir. Moi je n'ai jamais eu d'arme à part un pistolet en plomb, on ne m'en a jamais proposé. Je sais qu'il y en a dans le quartier mais au pire, les gars s'en serviraient pour tirer en l'air, faire peur et prévenir. Là, ils ont tiré sans prévenir."
Recueilli par Olivier BERTRAND




C'est triste. Si on avait dit a quelqu'un en 1950 : tiens, regarde, c'est ça la France des années 2000, il se serait suicidé.
Rédigé par : Hector Hervé la Palisse de Champouis | 16/12/2009 à 16:26
On est complètement dans la configuration-type des guerres de gangs latinos de Los Angeles.
Quand nos politiques s'en apercevront et voudront réagir il sera trop tard. Ils avaient pourtant l'exemple de ce qu'il ne fallait pas faire sous les yeux. Ils n'en sont que plus condamnables.
Qu'est devenu le fameux "plan Marshall" des banlieues ? On a trouvé des milliards pour les banques, les bourgeois de Neuilly, les restaurateurs, les entreprises, mais pas un pour Fadela Amara ou un autre, peu importe la personne déléguée à la ville...
Rédigé par : EagleEye | 16/12/2009 à 16:48
Certainement, si vous aviez dit à un humain à la sortie de la deuxième guerre mondiale que la violence était dans la nature de l'homme, la surprise aurait été tel qu'il se serait certainement suicidé...
Rédigé par : A Hector Hervé La Palisse | 16/12/2009 à 16:51
Merci de faire attention à l'orthographe ! Ce n'est pas parce qu'on a à faire à quelqu'un d'un quartier sensible qu'il faut se laisser aller ! Merci pour lui !
Rédigé par : Virginie R | 16/12/2009 à 20:10
@Virginie R.
Désolée pour les fautes du jour.
Il se trouve que le service de "correction orthographique" de Libélyon se met en mouvement avant ou après son travail perso ... qui commence parfois très tôt et s'achève parfois un peu tard ! En l'occurrence, j'avais seulement oublié de valider les corrections après les avoir faites.
Rédigé par : Odile Bled | 16/12/2009 à 20:48
Si j'ai bonne mémoire, après un reportage du "Droit de savoir", on a dit que les armes de guerre d'ex-Yougoslavie en banlieue, c'était un fantasme sarkozien de TF1, que ça n'existait pas. Je constate, après plusieurs braquages de bijouteries et autres, qu'enfin elles sont sorties des caves.
Rédigé par : AL de Lyon | 17/12/2009 à 23:56
pff encore un article sur le foot !!!
Classique Olivier Bertrand !!!
Si si, relisez la premièe ligne de l'entretien ! Enfin bon, l'OL n'est pas évoqué, donc ... en progrès ;-)
Plus sérieusement, cela fait vraiment peur et il serait temps pour not bon maître (N.S., locataire d'un taudis à bail de cinq ans renouvelable dans un quartier défavorisé à Paris) de manger son chapeau et de réorienter l'action policière pour concilier à la fois répression, mais aussi prévention et police de proximité.
P.S. : et pour ceux qui s'offusquent des premières lignes de mon post, c'est un running gag, car certains reprochent à Olivier Bertrand de trop parler de football dans Libélyon, ce qui est loin d'être mon cas, car je sens trop de passion dans ses écrits.
Rédigé par : petit comique | 18/12/2009 à 09:24