07/12/2009

Réforme des IUFM : les enjeux du refus

ENSEIGNEMENT - Dans l'indifférence quasi générale, la France s'apprête à abandonner la formation très spécifique qu'elle donnait jusqu'à présent à ses enseignants. Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) avaient pris la suite des Ecoles Normales pour former spécifiquement les professeurs d'écoles et de l'enseignement secondaire. A leur place, dès la rentrée prochaine, les formations seront assurées à la fac. Elles prépareront les étudiants aux matières à transmettre, beaucoup moins à la transmission elle-même, à la pédagogie. Hostile à cette évolution, le mouvement des enseignants des IUFM ne faiblit guère. Mais ne forcit pas non plus, n'emporte pas l'opinion. A cause d'enjeux mal compris, mal expliqués ? Ou d'une formation mal connue depuis la disparition des Ecoles Normales ? La conférence des directeurs d'IUFM se mobilise à son tour et une journée était organisée ce lundi partout en France (lire). A Lyon, portes ouvertes en cours. Et sur LibéLyon, petit cours de rattrapage en compagnie d'enseignants de l'IUFM de Lyon, pour ceux qui ne se seraient pas encore intéressés à ce mouvement important pour l'avenir de l'éducation. Ou pour ceux qui n'en comprendraient pas les enjeux...

Quelle formation actuellement ?

Pour l'instant, les professeurs postulants sont recrutés à la sortie de leur licence (bac + 3), puis une première année les prépare au concours. Ils y acquièrent les savoirs disciplinaires généralistes allant de la maternelle au CM2, tout en suivant des stages d'observation, puis de pratique accompagnée. A ce stade, ils se préparent déjà à leur métier, mais n'ont pas de responsabilité de classe. Puis au terme de cette première année, s'ils réussissent leur concours, ils suivent la deuxième année, en alternance cette fois. Deux tiers du temps à l'IUFM, un tiers en stage, où ils sont suivis, inspectés, conseillés par des collègues, des directeurs d"établissements, des universitaires. Cette deuxième année est payée. Elle comptera pour leur retraite. Ils sont déjà fonctionnaires, achèvent de se former complètement, de se préparer à enseigner, sans avoir à gagner leur vie.

Quelle formation demain ?

A partir de la rentrée, les enseignants, qu'ils se préparent au Capes ou à devenir professeurs des écoles, ne mettront plus les pieds dans des Instituts spécialisés. Ils seront formés à la fac, avec des étudiants qui préparant d'autres métiers liés à l'enseignement. Ils intègreront des filières de master 1 (première année après la licence). Mais ils y accèderont sans filtre, alors que les IUFM observent une sorte de numerus clausus, évitant de former beaucoup plus d'enseignants qu'il n'en faut. Au début de cette première année année de master, les étudiants passeront, le 15 septembre, les épreuves écrites d'admissibilité à l'année suivante, le master 2. Ils auront ensuite un an, s'ils réussissent le concours, pour préparer leurs oraux, programmés en mai, tout en suivant les mêmes cours d'acquisition des savoirs que leurs camarades de master 1. La dernière année ne leur sera plus payée. "Une forme de sélection sociale", estime Michèle Lusetti, enseignante à l'IUFM de Lyon.

L'enjeu des stages

Pour l'instant, les stages sont obligatoires et très encadrés à l'IUFM. Ils deviendront facultatifs, et payés (3.000 euros pour cent-huit heures). Ce qui pose deux problèmes distincts. "On pourra, dénonce Nicole Orthous, enseignante à l'IUFM de Lyon, terminer son master 2 sans avoir jamais mis les pieds dans une école." L'un de ses collègues, Michel Driol, ajoute : "Ceux qui n'auront pas de soucis matériels pourront prendre le temps de préparer leurs oraux en master 1 au lieu de faire des stages. Les autres seront en stage, mais ils travailleront réellement, sans avoir le temps d'étudier. Ils seront en responsabilité. Cela coûtera moins cher mais qui voudrait cela pour ses enfants ?" Verra-t-on dans les collèges des étudiants en master 1 remplacer au pied levé les professeurs malades, sous couvert de stages ? Troisième souci, logistique, les IUFM se chargeaient, avec les rectorats, de placer leurs stagiaires dans les écoles. Qu'en sera-t-il à la fac ? Devront-ils démarcher eux-mêmes les écoles ? Les postes administratifs des IUFM seront-ils transférés aux universités ?

Une identité professionnelle menacée

"Cette réforme, estime Nicole Orthous, signifie la fin de la prise en charge par l'Etat de la formation des enseignants". Une vraie spécificité française disparaitrait. Former des enseignants, comme des infirmières ou des policiers, dans des écoles spécialisées remonte au 18e siècle. "En transférant à l'université la formation des enseignants, nous nous trouverons avec une diversité de plus en plus grande des publics, pour des formations de plus en plus courtes. Ce qui signifie que cet enseignement sera réservé aux élites, aux étudiants capables de suivre", assure Vincent Massart-Laluc, également enseignant à Lyon. "L'idée qu'il faut retenir, soupire enfin Michel Driol, c'est qu'enseigner n'est plus considéré comme un métier à part entière, qui s'apprend, mais comme une simple transmission de savoir, à un public captif."

Olivier BERTRAND

Le blog du mouvement : http://collectifiufmlyon.blogspot.com/

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Voici les sites qui parlent de Réforme des IUFM : les enjeux du refus :

Commentaires

Encore un nouveau jeu pour le caractériel qui nous gouverne et veut abrutir les futures générations avec l' appui de sa camora. Tout doit être mis sous tutelle pour que le monarque puisse brandir son sceptre.Jusq' où ira t - t il pour que finalement les citoyens se mettent en colère. Ca peut arriver lorsque vraiment les français se rendront compte q' ils ont été floués et trompés.

La réforme est tout à fait satisfaisante, ce qui explique le peu d'écho de la contestation.

L'université sera à même d'offrir une formation moins dogmatique aux futurs professeurs des écoles, qui ne seront plus obligés d'adhérer aux préceptes destructeurs des IUFM, repères de tout ce que la France compte en matière de démapédagogues.

Les échecs de l'éducation nationale dans le primaire ne sont pas que la résultante de problèmes d'effectifs mais avant tout de la formation des enseignants.

Enfin, l'université est garante d'une meilleure justice : les critères non pertinents que sont le nombre d'enfant, l'origine sociale ou géographique ne serviront plus à discriminer des étudiants de meilleur niveau mais n'ayant pas une excuse bidon pour justifier de leur inanité.

Félicitons donc le gouvernement.

Commentpeut-onconcevoir que cette réforme soit "satisfaisante" ?
Comment un étudiant non boursier, qui ne vit plus chez papa/maman, qui travaille pour payer ses factures et ses études, pourra-t-il, la même année, préparer son concours, rédiger son mémoire, réussir les épreuves du M2 ?

Je pense qu'il y'a beaucoup à dire de cette réforme mais la question de savoir si les postes seront transférés aux universités me laisse pantois. Un peu de travail d'investigation vous aurait conduit à vous rendre compte que les IUFM ont déjà été "avalés" par les universités! Donc le personnel en place reste en poste mais est maintenant personnel de l'Université qui a repris la compétence de la formation des maîtres...

Les méthodes d'enseignements ont certainement besoin d'être revues et corrigées mais je ne pense pas que c'est en supprimant la formation au métier d'enseignant qu'on y arrivera.
Ça ne sert à rien d'avoir des connaissances de niveau bac + 5 si on n'est pas capable de transmettre 2+2=4 ou b+a=ba.
Enfin pendant ces deux années supplémentaires d'université ils n'iront pas grossir les statistiques du chômage, c'est toujours ça de gagné pour le gouvernement qui ne manquera pas de s'en féliciter.

Les IUFMs disparaisent? Bon débarras!!!!! Il n'y a que ceux qui y enseignent qui les regretteront! Et encore! Tout esprit sensé admet l'aspect nuisible de ces instituts. Je déteste tout de la politique de Sarkozy, mais la bon débarras, les théories fumeuses de quelques esprits tordus et fainéants ne seront plus imposes au corps enseignant, ouf!

Lasagne t'es pas du gratin

Bravo cher L. Lassagne pour ce commentaire dont l'ironie n'aura échappé à personne ...
Il est bien sûr évident que l'université offrira aux futurs enseignants une formation beaucoup moins dogmatique aux futurs professeurs des écoles, et ils ne seront plus obligés d'apprendre "en situation" devant des enfants comme actuellement au cours de stages honteusement rémunérés... Grand Merci à la politique clairvoyante de Nicolas Sarkozy, notre Guide à tous ...

La FRANCE est vidée de sa substantifique moelle depuis longtemps et là c'est le coup finale ! la mort de l'école publique est programmée ! oui belle satisfaction mr Lassagne ! allez donc faire classe vous puisqu'il n'y a pas besoin de savoir enseigner pour être face à des élèves !je suis curieuse de vous voir faire !on prépare des jours heureux à nos enfants, aux élèves,et c'est bien le cadet de leurs soucis à ces gouvernementeurs ! là on pourra compter les arrêts de travail de ces futurs enseignants qui n'auront aucune connaissance de ce qu'est un élève !!je n'ose imaginer les classes et la discipline gérer par des enseignants sans connaissances de l'enfant !car il s'agit de nos enfants à gérer et à savoir faire travailler pas d'un tas de dossiers à remplir !

"Ce qui signifie que cet enseignement sera réservé aux élites, aux étudiants capables de suivre" : incroyable de lire cela, personnellement je préfère que ceux qui enseignent à mes enfants soient à minima capables de suivre!

"Comment un étudiant non boursier, qui ne vit plus chez papa/maman, qui travaille pour payer ses factures et ses études, pourra-t-il, la même année, préparer son concours, rédiger son mémoire, réussir les épreuves du M2 ?" : en travaillant dur comme les autres étudiants, cela le préparera à la vraie vie !

Ce qui m'affole, c'est qu'à vous lire, la nouvelle réforme rendrait trop difficile l'accès à ce métier. Par déduction, tout laisse penser que l'IUFM, c'étaient les vacances avant un poste tranquille de fonctionnaire.

Rétablissons donc un accès par les écoles normales, cela redorera un peu le blason de la profession. Pour en revenir à la réforme, quelle régression de ne plus avoir de stages pratiques obligatoires!

Est-ce que les IUFM préparaient à ça : http://www.marianne2.fr/Portable-en-classe-faut-il-etre-sourd-pour-etre-prof_a182995.html

Est-ce que ce n'est pas plutôt l'idéologie qui sévit dans les IUFM qui a tué le métier de professeur?

Les IUFM ont bon dos et servent d'alibi, de prétexte à tous ces fossoyeurs du service public. Ceux-là même qui mettent tous leurs enfants dans le privé. Les IUFM doivent être améliorés car trop théoriques et assez éloignés du quotidien dans une classe autre que dans une école d'application. C'est clair et le comble c'est que l'on va mettre en place un système qui va être encore plus théorique, encore plus éloigné des réalités .. on marche sur la tête. Sarkozy ou le règne de l'argent-Roi ... pauvre de nous :(

Les raisons d'une réjouissance:
les IUFM sont trop souvent un repaire de petits chefs aux instincts dictatoriaux, qui imposent leurs dogmes inefficaces à coup de terreur, chantage et humiliation.
Les IUFM sont les alliés objectifs de la droite dans la casse de l'éducation publique. Pour donner des gages à ses électeurs, le gouvernement les supprime mais en fait intègre les Pères Ubu qui les peuplent à la fac. Mais les formateurs vont perdre un peu de leur cher pouvoir, et essaient de se refaire une image en surfant sur l'antisarkozysme. Cela ne dupera pas ceux qui sont passés par ces tristes lieux. Les vrais républicains ne peuvent que se réjouir de cette disparition.
Rien que pour cela, la réforme, mauvaise par ailleurs, est intéressante.

Combien de commentaires ont été postés par des personnes ayant été dans des IUFM ?. Pour en avoir suivi les cours, je peux dire aussi bon débarras...
On y apprend la pédagogie ? non... Quelques formateurs qui n'ont pas vu d'élèves depuis un certains temps tentent de transmettre quelque chose de vague. Franchement j'ai plus appris sur le terrain qu'à l'IUFM, alors oui... plus de stages.

Je ne dit pas qu'en université ce sera mieux car personne n'a encore testé jusqu'au bout.. mais ce ne sera pas pire ! .

Effrayant effectivement !
C'est effectivement mal connaître le fonctionnement de l'université que de croire que cela va être mieux maintenant...
Pas de stage obligatoire !?!?! on rêve !
C'est vrai, comprendre un enfant, c'est en lisant des livres, tous les parents vous le diront !!!

Et ceux qui pensent que cela va être moins de théorie (sous entendu fumeuse/doctrinaire bien sur) en Master 2 qu'en IUFM n'ont pas mis les pieds en master depuis bien longtemps (de leur temps, cela se nommait DEA ou DESS).
Question comme cela : et pour les écoles privées ?
C'est les mêmes règles ou il garde leur pratique actuelle ?
Quelle volonté de destruction aveugle de l'éducation publique ! Quel gachis !

Rien ne sert de crier telles des vierges effarouchées... Les Iufm ont largement failli, c'est un fait incontestable...

Néanmoins, comme d'habitude la "réforme" appliquée ne résout rien, ne propose rien, ne se base sur rien...

Entre une réforme obligatoire et des actions politiques sans réflexion, on n'avance toujours pas en France...

Le Dindon entravé a pu se procurer copie d’un projet d’arrêté émanant du ministère de la santé : il est de nature à renforcer la confiance des français dans leur système de santé

Arrêté du ministre de la santé portant
modification du recrutement des chirurgiens

(Humour... mais c'est ça que vous voulez ????)
Afin d’améliorer la qualité de la formation des chirurgiens, et en prenant appui sur la réforme réussie de la formation des enseignants, la ministre de la santé arrête :
art. 1 - Le recrutement des chirurgiens est désormais envisagé de la manière suivante.
art. 2 - Cinq années d’études sont requises pour l’obtention d’un master, quelle que soit la spécialité. Un master orienté « médecine » est souhaitable, mais non obligatoire. Les stages en milieu hospitalier sont souhaitables, mais non obligatoires.
art 3. - Un concours sera organisé au cours de la cinquième année.
art 4. - L’admissibilité sera composée de deux épreuves écrites, tirées au sort dans les diverses disciplines nécessaires au métier de chirurgien (histoire de la chirurgie, anatomie, par exemple)
art 5. - L’admission sera constituée de deux épreuves orales : l’une portera sur la connaissance du milieu hospitalier, l’autre consistera en la préparation et l’explication d’une intervention chirurgicale, sur un thème fourni par le jury ; le candidat expliquera comment il s’y prendrait pour réaliser l’intervention demandée, selon les divers cas possibles (pédiatrie, gérontologie, par exemple).
art 6. - Les candidats reçus au concours seront nommés chirurgiens, et pourront commencer à opérer, en responsabilité, dès le début du mois de septembre suivant la proclamation des résultats.

R. B
ministre de la santé

Quand je pense que je suis devenu "instit" à Bac - 3 à l'époque où le concours d'entrée à l'Ecole Normale se passait à la fin de la 3ème !!! Ceux qui entraient à l'EN étaient considérés par beaucoup comme l'élite du département. Certains d'ailleurs ont quitté l'Education Nationale pour des carrières diverses (diplomatie, pharmacie...).

S'il y avait eu le système qui se met en place actuellement, je n'aurai jamais pu devenir "professeur des écoles" à "Bac +5" ! Qui aurait payé mes études ?

J'ai eu mon premier poste à 21 ans et malgré ma formation "réduite", je n'ai pas l'impression d'avoir fait du mauvais travail. Grâce à Internet, certains de mes anciens élèves me retrouvent et me disent qu'ils ont gardé un bon souvenir de leur passage dans ma classe.

Je n'ai pas de jugement de valeur sur la formation des enseignants dans les IUFM mais apparemment il y aurait beaucoup à dire. Néanmoins je ne pense pas que c'est en les supprimant qu'on va améliorer la formation des futurs enseignants.

Marc

Les IUFM n'étaient pas ce qu'il y avait de mieux pour transmette la formation professionnelle, surtout qu'on y employait de plus en plus de gens issus de l'université.. S'il y a quelque chose que l'université ne sait pas faire, c'est enseigner.Leur confier la suprême fonction est ( et fut) une erreur. De là à recruter des gens au niveau bac+5, sous je ne sais quel prétexte, et les jeter devant des gamins avec un vague compagnonnage, c'est absurde pour l'avenir de notre pays. On pouvait très bien recruter des formateurs, avec 20 ans d'expérience devant les élèves, pourvus d'une maîtrise ou d'un DEA de sciences de l'éducation. il y en a..

Acceptez vous que votre enfant soit dans la classe pendant 3 semaines avec comme pseudo enseignant un quidam sans aucune formation que l'administration ne connait pas, et qui a pour seule légitimité de s'être inscrit au concours? Pendant ce temps là, l'enseignant sera envoyé en stage et personne ne pourra vérifier à qui est confié votre enfant, l'administration n'ayant pas les moyens de le vérifier.
3000 euros les 108 heures, ça a de quoi appâter...

Avant de tout jeter (certaines critiques sont bonnes, d'autres malheureusement hors sujet), voyez ce qui se fait lorsque ce système est en place. L'université catholique d'Angers (le catholique ne veut rien dire à ce commentaire) a mis en place cette année le système du Master, et je lis ici beaucoup de choses ou d'interrogations dans l'article qui ne recoupent en rien l'expérience que je vis en tant qu'étudiant de ce master. Merci de vous renseigner un minimum avant de faire d'une critique d'un texte de loi une généralité. Sincèrement.

En tant que parent qui s'est arraché les cheveux sur des programmes de grammaire envahi par la linguistique et qui s'est retrouvé en train d'apprendre à ses enfants les règles d'orthographe de base parce ce que les instituteurs ne le faisaient pas, je ne pleurerai pas la disparition des IUFM.
L'apprentissage du français est devenu grâce à l'école primaire une denrée de luxe réservée à certains privilégiés.
Seuls les enfants dont les parents ont le temps et le bagage culturel pour reprendre des cours incompréhensibles (ah, le "groupe nominal expansé...." !!!) peuvent s'en sortir. Les autres peuvent sombrer, personne ne s'en inquiétera.
Pourquoi alors défendre un système injuste et reproducteur d'élite ????

Ce qu'on présente comme une tragédie - la suppression des IUFM - n'est que la fin d'une courte parenthèse dans l'histoire de l'EN.
Peu avant une élection législative délicate, Jack Lang, alors ministre de l'Éducation de Francois Mitterrand, avait par surprise fait au Syndicat National des Instituteurs (communistes) un cadeau royal: on remettait la formation des enseignants du secondaire (de culture universitaire) entre les mains des enseignants du primaire, qui n'avaient pas cet horizon intellectuel mais vivaient mal, depuis un siècle, la frustration d'être une "classe" au dessous.

Il est déplaisant de devoir rappeler ce contexte que tout le monde a oublié mais qui explique la hargne à défendre la pédagogie (dont les enseignants du primaire pensaient être les uniques dépositaires) contre la culture académique.

L'université de Paris VII, créatrice des fumeuses "sciences de l'éducation", était en pointe dans cette lutte pour le pouvoir. J'ai rencontré un jour un inspecteur qui, parti d'instituteur, avait monté tous les échelons, obtenu l'agrégation "par intégration" (c'est à dire sans la passer!), était devenu docteur, professeur d'Université, inspecteur (avec des privilèges dont on n'a pas idée) et me disait ingénûment: oui, les sciences de l'éducation, c'est du bidon, ca ne sert qu'à faire avancer le fauteuil!

Un agrégé (un vrai), un certifié ne sont pas des imbéciles. L'acquisition longue et difficile d'une large culture critique, dépassant largement les limites de leur discipline, n'est certainement pas un handicap pour dominer les difficultés que tout enseignant rencontre à ses débuts, avec ou sans IUFM.

En revanche, tous les témoignages concordent sur l'inutilité des "doctrines pédagogiques" quand on se retrouve dans une classe de ZEP. Un entraînement aux sports de combat serait plus utile.

Est-ce un hasard si la combinaison collège unique + IUFM + "rénovation" délirante de certains programmes (par exemple la terminologie de la grammaire francaise, encombrée aujourdhui de vocables prétentieux inaccessibles à des enfants incapables de reconnaître un COD) coincide avec un effrondrement du niveau que seule la mauvaise foi la plus opiniâtre s'obstine à nier?

Malheureusement, avec ou sans IUFM, s'il est facile de dévaler la pente, il est impossible de la remonter: avec quels professeurs? Où trouverez-vous ceux qui, dominant leur discipline et leur culture, seront capable de la rendre accessible aux enfants abrutis par la télévision et les gadgets électroniques? Oui, ces professeurs existent: ils partent tous à la retraite, écoeurés.

Il faudrait aussi analyser les raisons de la féminisation à quasiment 100 % de cette profession? Pourquoi? Exite t-il par ailleurs une étude sociologique sur l'évolution de l'origine sociale des instits depuis vingt ans? et depuis trente ans?

J'ai fréquenté des dizaines d'enseignants, discuté du sujet avec au moins une douzaine d'entre eux, je n'en ai jamais rencontré un seul qui ait un avis positif sur les IUFM, jamais. Aucune formation ne fait à ce point l'unanimité contre elle.

Plutôt que de critiquer je vais plutôt raconter un système que j'ai vu marcher à la satisfaction de beaucoup : quand j'ai été admis dans les "IPES" Instituts de Préparation à l'Enseignement Secondaire à l'époque, censément équivalents pour le secondaire des Ecoles Normales qui existaient encore pour former les instituteurs, les IPES étaient déjà "virtualisés" en ce sens qu'ils n'existaient pas et que leur fonction était assurée par la fac, la seule différence étant qu'en récompense de la réussite au concours, les étudiants intégrés dans des licences et maîtrises standard bénéficiaient d'un salaire, héritage d'un recrutement difficile les années précédentes.

La fac se retrouvait donc avec des candidats "prédestinés" à passer les concours d'enseignement, qu'elle n'avait ni recrutés ni formés (ils arrivaient en licence, souvent après une prépa, une école d'ingénieur ou de commerce), en plus de ses ouailles qui suivaient leur cursus.

Furent donc organisée une "préparation CAPES" et une "préparation AGREG", avec pour l'écrit passage et correction de sujets de concours (pas besoin de cours puisque le programme était celui de la licence ou de la maîtrise) et pour l'oral des séances de TP sur les sujets du concours, et surtout des séances de "leçons" basées sur les sujets du concours, où trois fois par semaine un candidat présentait devant les autres et des profs sa version d'une leçon des concours précédents.

L'ensemble était sans prétention mais très formateur: pour savoir si on sera bon comme prof, c'est comme entraîneur en sport ou comédien, il faut essayer et se frotter à un vrai public. celui des autres candidats avait l'avantage de l'attention sans indulgence à la prestation, les profs portaient l'attention au détail et à la ligne visée par le jury, la critique et l'écoute des autres participaient beaucoup à l'apprentissage de chacun: c'est plus facile de voir faire pour progresser.

C'est peut-être cela qu'auraient dû être les IUFM; comme dans une école de théâtre, il faut jouer encore et encore, critiquer, apprendre pour découvrir parfois sans honte qu'on n'est pas fait pour cela, et dans le meilleur des cas devenir un meilleur prof en regardant faire d'autres qui ont des méthodes ou des avis différents.

La réussite au concours était très bonne et j'ai beaucoup appris au point de convaincre ensuite des collègues à la fac de venir voir les cours des autres pour en discuter sur un pied d'égalité, parce que l'auditeur sait souvent ce qui ne va pas ou ce qui peut être amélioré, que le prof pourrait mettre des années à découvrir ou à réfléchir par lui-même. C'est le rôle que devrait avoir l'inspecteur qu'on voit dans mon cas une fois dans sa carrière (et jamais dans le supérieur).

Reste à simplement admettre que la pédagogie n'est pas une science et encore moins exacte, qu'elle tient comme la médecine ou le théâtre de l'art, comme l'entrainement sportif de la transmission de connaissances, et que bons et les grands profs peuvent avoir des méthodes et des styles très différents, l'objectif étant de laisser chacun trouver et développer le sien plutôt que de tenter d'en imposer un.

Pour les physiciens regardez un cours de Feynmann, un de Landau, un de Bruat et un de Lévy-Leblond: rien à voir, époques et méthodes aux antipodes, mais tous parlent d'un sujet commun et vous en font apprendre beaucoup. Aucun n'aurait enseigné (ni peut-être ne serait resté élève!) dans un IUFM, mais tous par leur style et leurs méthodes font progresser ceux qui les écoutent.

En ce qui me concerne les IUFM ont depuis longtemps fait la preuve de leur insuffisance et surtout de leur décalage par rapport à la réalité (les cours dispensés étant sidérants de suffisance académique), mais supprimer la formation pédagogique des enseignants avec les stages pratiques est une aberration. Pourquoi ne pas rectifier ce qui ne fonctionne pas dans cette formation ? Ca sent les économies de queues de cerise.

Le problème n'est pas la suppression des IUFM, que beaucoup ne regretteront pas. C'est que
1.- La réforme supprime, pour faire des économies, l'année de stage rémunéré qui suivait le recrutement par concours. Les enseignants se retrouveront livrés à eux-mêmes devant les élèves avec une formation pratique réduite à quasi-rien.
2.- La réforme introduit, parallèlement aux concours de recrutement, un diplôme professionnel (master pro) d'enseignant. Sa mise en oeuvre créera une population de titulaires d'un diplôme professionnel qui, ayant échoué aux concours, n'auront pas d'emploi stable d'enseignant. Ceux-ci founiront un vivier dans lequel rectorats ou établissements pourront recruter, à salaire réduit et sur des contrats à temps (un an renouvelable ?), des enseignants de complément qui pourront officiellement être présentés comme "qualifiés" puisqu'ils seront titulaires d'un master pro. En réduisant le nombre de postes au concours et compte tenu des départs à la retraite importants des prochaines années, on peut ainsi remplacer rapidement dans une bonne proportion les enseignants sur poste permanent par des enseignants contractuels en attente de titularisation, bon marché et aisément corvéables. On a l'exemple de l'Italie, où une réforme similaire a été faite dans les années 80 : 14% des enseignants titularisés sur poste permanent le sont aujourd'hui après l'âge de 50 ans, les concours de recrutement ont été espacés puis supprimés, les écoles privées employant des précaires "qualifiés" pas cher se sont développées.
On peut rappeler que c'est justement pour éviter la création d'une population de titulaires d'un diplôme d'enseignant sans poste permanent que le Ministère s'était fermement opposé, aux débuts de la réforme LMD en 2002-2003, à la création des masters profesionnels d'enseignement voulus par certaines universités. On voit que sa position a changé....
Rendez-vous dans quelques temps à ceux qui postent pour affirmer que la réforme est bonne puisque l'enseignement est mauvais, on peut parier qu'ils ont de belles années de protestations vertueuses (et aveugles) devant eux !

message pour L Lassagne
en parlant de dogmatisme, cette chère personne en fait et j'ai comme une impression qu'elle parle d'un sujet qu'elle ne connaît pas bien. C'est incroyable comme des gens ont un avis sur tout et rien ...
Et que dire de "démapédagogues", en voila un charabia qui veut rien dire.

Bonjour,

Vous trouverez l'appel de la Fédération des Syndicats Sud Éducation à lutter contre la "mastérisation Chatel-Pécresse" en cliquant sur mon pseudonyme..

Solidairement.

Je rappelle pour ceux qui ne le savent pas que cette réforme prévois la suppression totale de la formation professionnelle ce qui veut dire que les maîtres ne seront formés nulle part (surtout pas dans les universités qui s'opposent aussi à cette réforme).
Les IUFM peuvent et doivent bien sûr être amélioré mais le système fonctionnait assez bien. Au cours d'un année, la durée totale de stage est de 9 semaines (et pas 3 comme beaucoup de gens l'écrivent)

La "mastérisation" de la formation des enseignants est une caricature de ce qui était essentiellement reproché aux IUFM : "trop de théorie, pas assez de pratique".
Et on veut nous faire croire que l'on a voulu améliorer la formation des maîtres !!!

Je travaille dur Kwak; mais je n'ai pas autant de temps à consacrer à mon concours que les étudiants non salariés. Je prépare le capes d'histoire et géo, j'ai déjà une maîtrise. Je connais donc très bien l'ampleur du travail nécessaire à la réalisation d'un bon mémoire. La materisation est pour moi, et tous les candidats dans la même situation que moi UNE TRÈS MAUVAISE NOUVELLE. Pas parce que le concours deviendra plus difficile, mais parce qu'il deviendra moins ACCESSIBLE à une partie de la population. Ce qui est un comble pour un concours de la fonction publique. Les étudiants salariés connaissent les difficultés de la vie, contrairement à ce que vous semblez croire.

Bonjour Angèle, croyez que je sais de quoi je parle puisque j'ai travaillé chez Mc Donald's pour financer mes études, notamment les années de préparation, rédaction et soutenance de ma thèse. L'argument qui consiste à refuser la réforme à cause du handicap qu'elle pourrait entraîner chez les étudiants salariés est mauvais. Je m'explique : le fond du problème est qu'un étudiant soit obligé de travailler pour financer ses études, et ceci quelle que soit sa filière. Nous savons tous que les bourses sur critères sociaux sont d'un montant insuffisant pour vivre et aussi que certains étudiants, qui ont des parents ayant des moyens financiers, arrivent à les toucher en faisant des déclarations "améliorées". L'une des solutions consisteraient donc à augmenter les montants de ces bourses tout en contrôlant mieux le respect des critères d'éligibilité.

Je suis toujours surpris par le caractère souvent définitif des propos tenus. Il faut donc être POUR ou CONTRE, il manque souvent de temps pour poser les questions, argumenter, mettre en perspective, tirer un vrai bilan. Sur les trente dernières années les effectifs présents dans l'éducation nationale ont augmenté de façon considérable, l'école d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier et les enseignants ont à affronter un contexte infiniment plus complexe. Leur formation représente donc un enjeu considérable, mérite un débat sérieux. Le gouvernement envisage aujourd'hui la suppression des formations de professeurs de musique, les Cefedem, on y tissait des liens et des aller et retour entre théorie et pratique, leur bilan est reconnu par beaucoup d'employeurs mais non : leur fin est programmée. Il y a derrière tout cela un projet de société.

Kwak, je vous tire mon chapeau pour avoir réussi à concilier études et boulot chez mac'do. J'espère suivre le même parcours. Tout ce que je veux c'est mon CAPES. Mais les difficultés financières que vont engendrer cette réforme ne sont pas tout ce que je déplore. La question des stages m'inquiète vivement. Je crois qu'on est tous d'accord sur les limites des IUFM; mais cette réforme ne fera que soulever de nouveaux problèmes au-lieu de régler ceux existants déjà.

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