02/12/2009

Les enjeux d'une série de TF1 pour le cinéma régional

Getimage
Photo : Sébastien EROME

AUDIOVISUEL - Des bureaux acajou, un mur d’écrans que scrutent des policiers soucieux : la «war room» d’Interpol, reconstituée dans un studio surchauffé. Derrière les persiennes : la colline de Fourvière. En fait un poster géant collé au mur. Nous sommes à Pixel, petite Cinecittà qui se développe à Villeurbanne, à l’est de Lyon, sur le site des anciens Grands Moulins de Strasbourg. Trois studios et des micro-entreprises travaillent là pour le cinéma, l’audiovisuel ou les jeux vidéo. Et TF1 achève ce jour-là le tournage du pilote d’une nouvelle série, provisoirement baptisée Interpol. La chaîne voulait au départ adapter la série américaine FBI : portés disparus (diffusée sur France 2), mais l’affaire se révélant trop compliquée, elle a fait écrire sa propre série. Dans chaque épisode, un fugitif sera recherché quelque part dans le monde. Et ce veinard sera poursuivi par la troisième plus belle femme du monde, Corinne Touzet Soi-même. Gage de succès. La comédienne très populaire interprète une enquêtrice d’Interpol, dont le siège se trouve à Lyon, dans la vraie vie. Le pilote doit être diffusé en mars. Et ceux qui travaillent dans le cinéma en Rhône-Alpes prient pour qu’il cartonne. TF1 lancerait alors le tournage d’une douzaine d’épisodes par an, à Villeurbanne espèrent-ils. Cela pérenniserait le tissu d’emplois, et ferait vivre toute une filière pendant quelques années...

NOUVEAUX STUDIOS. A Villeurbanne, le pôle Pixel est géré par Rhône-Alpes cinéma, société montée en 1990 par Roger Planchon, et dont les actionnaires sont à présent la région Rhône-Alpes, la Caisse des dépôts et la Caisse d’épargne. Les deux derniers studios construits, et inaugurés en février dernier, ne désemplissent guère. Très polyvalents techniquement, ils accueillent des tournages, mais aussi du spectacle vivant et des soirées événementielles. «Pour qu’un tel pôle fonctionne, le cinéma ne suffit pas, explique Grégory Faes, directeur de Rhône-Alpes cinéma. La profession reste pour l’instant très concentrée à Paris. Si nous voulons développer ici un bout d’industrie, il faut concentrer l’activité et les compétences, fonctionner en grappe pour gagner en visibilité. Mais nous avons besoin d’une activité récurrente pour fixer l’emploi et encourager les prestataires à s’installer. Une série permettrait cela.»

Kaamelott, la série d’Alexandre Astier pour M6, a assuré cette fonction pendant trois saisons, occupant sept à huit mois par an le seul studio alors construit à Pixel. Plus belle la vie joue le même rôle à Marseille. Fiction plus lourde, tournée en studios mais aussi en extérieur, Interpol serait bienvenue. «Ce serait un vrai facteur d’attractivité pour les entreprises, confirme Ludovic Noël, directeur d’Imaginove, pôle de compétitivité fédérant les acteurs du plurimédia en Rhône-Alpes. Cela amènerait du mouvement, de l’activité, du trafic, de la vitalité. Et en terme d’image, TF1 reste une référence internationale, qui nous aiderait à développer le site.»

L’arrivée d’Interpol garantirait aux techniciens et aux acteurs de la région des salaires plus réguliers. De quoi trouver du temps et de l’énergie sur des projets plus compliqués à financer. Sur la centaine de techniciens ayant travaillé sur le pilote, 80% ont été recrutés en Rhône-Alpes, de même que les figurants, et 9 des 27 comédiens. Conscients de l’enjeu pour la région, tout le monde a mis sur le plateau un petit supplément d’énergie. Et les chefs de postes, pour l’instant parisiens, semblent contents de l’expérience. «Tourner dans Paris est de plus en plus lourd, dit André Bouvard, producteur exécutif de la série. Ici, les gens sont encore friands de tournages. Ils sont charmants, contents de nous voir.» Il a trouvé sur place à peu près tous les métiers dont il avait besoin. Et si le tournage d’Interpol s’installe à demeure à Villeurbanne, il envisage de proposer à l’une des jeunes entreprises de la région de monter un studio de postproduction à côté de celui où se tournent les épisodes.

STRATÉGIE. La série pourrait aussi combler quelques lacunes de la filière image en Rhône-Alpes. Ainsi pour les repérages : «La région bénéficie d’une variété de décors excellente, poursuit André Bouvard, mais il n’y a pas de base de données à jour pour les repérages.» Il pousse à la création d’une petite société spécialisée à Lyon dans cette activité. Pour TF1, tourner à Villeurbanne limiterait certains coûts. La location de décors, par exemple, reste moins chère en région. Mais il y a aussi une stratégie, annoncée à la rentrée par le directeur des programmes de TF1, Laurent Storch, «les ancrages régionaux». C’est-à-dire se distinguer des séries américaines en créant une fiction française qui représente les diversités régionales, telles Section de recherche tournée à Bordeaux ou les Toqués à Cassis. Pour enfoncer le clou et convaincre la première chaîne d’installer de façon pérenne Interpol à Villeurbanne, le conseil régional de Rhône-Alpes a subventionné une partie du tournage, sur son fonds audiovisuel (90 000 euros pour un pilote dont le budget total est de 2,5 millions, indique André Bouvard). Cela couvre une partie des frais de voyage et d’hôtellerie des acteurs et techniciens venant de Paris. Le Grand Lyon serait prêt à aider lui aussi, si la série s’installe durablement. La décision finale doit être prise au printemps, après diffusion du pilote. Mais TF1 semble déjà accrochée. La chaîne a signé l’écriture des six prochains épisodes.

Olivier BERTRAND

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Commentaires

petit comique

3ème plus belle femme du monde, ok, mais qui en numéro 1 et 2 ?

Au hasard, Madame et Maman ? ;-)

Bon papier.

A propos du régionalisme... Il existe en Allemagne une série-culte "Tatort" (littéralement, le lieu du crime) qui est déclinée en un certain nombre de villes. On a droit à "X" épisodes par an (je crois dans les 26 nouveaux), diffusés en prime time le dimanche sur ARD (équivalent de France 2, car public).
Il y a 2- 3 épisodes par an tournés dans une ville, avec un couple d'enquêteurs qui tiennent sur la durée et un fil rouge sur les relations interpersonnelles, indépendamment des enquêtes, qui sont, elles, bouclées par l'épisode. Format 90 minutes.
En ce moment nous avons Francfort, Munich, Berlin, Hambourg, Ludwigshafen, Hannovre et j'en oublie.
C'est bien fait, cela débat parfois de sujets de société brûlants (le dernier tabac en termes d'audience, c'était un épisode sur les enfants de prêtres) et tous les acteurs sont en général très bons.

Donc, pour une fois, je tendrais à approuver une initiative de TF1.

jemag44

Non ... je ne le crois pas , tf1 nous fait le coup de créations d'emploi pour essayé de copier une série américaine (car nous en France ... on ne sait pas faire ??? )! Touzet 3ème plus belle femme du monde , du grand n'importe quoi , mais ça se justifie très simplement , bouygues est un grand ami du roi !!! Encore une série pour le 3ème age !

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