09/01/2010

Patrice Béghain : "Planchon, un grand artiste qui a raté sa sortie de scène"

REGARDS SUR 2009 - Le feuilleton du projet de grand de stade de l'OL, le convoyeur qui valait 11 millions, les TCL qui s'enlisent dans les grèves, la mission parlementaire sur le port de la burqa, le travail dominical qui "menace" le Rhône, la pénurie d'hébergement social d'urgence, la mort de Roger Planchon, Michel Mercier (enfin) au gouvernement, le PS qui se dispute, la droite qui se tait, les hoquets de l'OL en Ligue 1, le CNP Odéon qui disparaît… En ce début d'année, LibéLyon publie chaque jour le regard d'une personnalité, acteur ou observateur privilégié de la vie lyonnaise, sur cette actualité 2009.

Aujourd'hui, Patrice Béghain. L'ancien adjoint à la culture de la ville de Lyon de 2001 à 2008 revient sur la disparition de Roger Planchon et s'inquiète des conséquences en matière de politique culturelle du projet de réforme des collectivités territoriales…

La mort de Roger Planchon


"D’une certaine façon les artistes ont deux morts. Dans le meilleur des cas, elles coïncident à peu près, lorsque leur vie s’arrête sans que leur activité artistique ait diminué d’intensité. Parfois ils se survivent. C’est un peu ce qui est arrivé à Roger Planchon. Il introduit la modernité théâtrale à Lyon, en fondant, en 1950, le Théâtre de la Comédie, avec une joyeuse bande de comparses, qui ont tout créé à partir de rien. En quelques années il obtient, avec la complicité de fonctionnaires militants de l’État, enclins à soutenir les aventures artistiques, et malgré la frilosité de la municipalité d’Herriot, une reconnaissance nationale. Puis, las de Lyon, il s’installe à Villeurbanne, instituant le Théâtre de la Cité, qui devient plus tard, sous le ministère de Jacques Duhamel, le TNP décentralisé, grande scène internationale de création, ouverte aux publics les plus larges, où s’illustrent, à ses côtés, Chéreau et Lavaudant. Pendant toutes ces années, plusieurs chapitres de l’histoire du théâtre français contemporain s’écrivent à Villeurbanne, où la curiosité et la culture de Michel Bataillon font aussi venir les plus grands artistes européens. L’intelligence de Planchon et sa passion de la décentralisation font également de lui le créateur de Rhône-Alpes Cinéma et le propagandiste inspiré de la création à Villeurbanne de studios de tournage – son dernier et victorieux combat. Au théâtre, la suite est moins glorieuse. Le TNP se referme sur les créations – toujours pétillantes, mais frivoles – d’un metteur en scène vieillissant, parfois aigri, incapable de comprendre les mutations du paysage théâtral local et indifférent aux jeunes artistes qui frappent à la porte. Le départ – qui devrait aller de soi, quand on dirige une institution publique – est difficile ; Planchon, par ses exigences, épuise plusieurs ministres et il faut toute l’habileté de Catherine Tasca, amie du théâtre, et quelques concessions financières, pour que la relève s’effectue. Il y avait alors quelque temps que le metteur en scène génial et le comédien inspiré n’étaient plus. Il ne nous reste qu’à célébrer un grand artiste, qui a raté sa sortie de scène. "

La réforme des collectivités territoriales

"Nul ne conteste qu’il faille clarifier les compétences des différents échelons de pouvoir, sans doute dans un souci d’efficacité et d’économie de gestion, mais aussi – ce qui est rarement évoqué – pour satisfaire à l’impératif démocratique, qui suppose d’identifier la collectivité responsable d’une politique. La focalisation du débat sur les questions fiscales et sur le mode d’élection des membres des conseils régionaux et départementaux laisse dans l’ombre d’autres questions, notamment l’éventuelle spécialisation des compétences des collectivités, qui aurait des conséquences importantes dans le domaine culturel, ce dont pas grand monde ne semble soucier, à commencer par le ministre concerné, qui apparaît comme définitivement « carbonisé » par la polémique sordide dont il a été l’objet. Le « modèle » français de développement culturel s’est construit sur la base d’un partenariat entre l’État et les pouvoirs locaux, les communes bien sûr, mais aussi les régions, à partir des années 1980, et, dans une moindre mesure, les départements. Cette « ambition partagée » pour la culture a donné les résultats que l’on sait ; il suffit de comparer ce qu’était la vie culturelle de la métropole lyonnaise dans les années 1970 avec le foisonnement et la diversité actuels des institutions, des lieux, des équipes artistiques, même si la tâche est loin d’être achevée. Interdire demain aux régions et aux départements d’intervenir dans le champ culturel entraînerait à coup sûr une régression, pour les territoires ruraux bien sûr, dans lesquels elles jouent un rôle déterminant, mais aussi dans les métropoles, à la vie culturelle desquelles, en fonction de leurs objectifs propres, ils apportent une contribution importante. C’est tout le contraire qu’il faudrait faire, notamment à l’égard des régions, qui, à l’instar de ce qui se pratique dans de nombreux pays de l’Union européenne, devraient recevoir, par transfert de l’État, des compétences culturelles élargies, qui en fassent les principaux partenaires des communes et de leurs regroupements. Il est invraisemblable que le ministre de la culture ne s’exprime pas sur cette question, car, au moment où s’achève l’année de célébration – bien grise – du cinquantenaire de la création de son ministère, c’est tout l’édifice mis en place qui risque de s’effondrer et, partant, la dynamique culturelle territoriale."

Patrice Béghain, ancien adjoint à la culture de la ville de Lyon

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Commentaires

personnellement j'aurais préféré que P. Beghain affirme son analyse du parcours de Planchon quand il était DRAC Rhône-Alpes et qu'il ne se passe pas la "brosse à reluire" en soulignant la "bravitude" de Tasca, alors qu'il était membre de son cabinet ...
pour le reste, cad les compétences culturelles des collectivités, il lui faudrait relire le rapport Balladur, ou le discours de vœux de Sarko aux "cultureux" du 8 janvier...
en clair deux polémiques qui ne sont pas dans le tempo...

Monsieur Béghain a lui parfaitement réussie et sa sortie de la DRAC rhône-alpes et sa sortie de la politique culturelle lyonnaise !

En quoi cela en fait-il un "observateur privilégié de la vie lyonnaise, sur cette actualité 2009." ?

Cordialement,

bruno Clémentin

Beghain fut un adjoint élitiste, ne manquant pas d'esprit mais atrocement égoiste vis à vis de ceux qui l'aidaient. Un lettré incapable de sortir de la culture officelle dont il était issu.

Patrice Béghain restera un des meilleurs orateurs en terre Lyonnaise.

Grandes qualités publiques et petits défauts privés.

Toujours de bonnes réflexions.

Il est bien désolant de lire sous la plume de M. Beghain qu'il considère que M.Planchon a fini sa carrière "vieillissant, frivole,aigri".
M. Beghain n'est "que" un homme politique qui a assis son action pendant une poignée d'années dans son bureau doré de l'hotel de ville de Lyon. Ville qui n'a jamais donné sa chance à M.Planchon qui a été accueilli par Villeurbanne,pas parce qu'il était "las de Lyon" mais parce quon ne voulait pas de lui dans la 3eme ville de France et parce qu''il voulait trouver les moyens, pendant presque 50 ans de concevoir un vrai théâtre populaire et de qualité. M. Beghain oublie de dire que personne n'a voulu de M.Planchoni à Lyon. Lyon qui, depuis des décennes n'a jamais été capable d'accueillir un artiste de théâtre à la tête d'une institution de l'envergure de M. Planchon, connu sur le plan européen et pour cause.M.Planchon a fait des saisons de théâtre remarquables, il a crée des pièces dont ses mises en scène sont des références, il a créé un pôle cinéma en rhone-alpes là aussi exigeant et remarquable. Qu'a fait M.Beghain pour le théâtre? A part faire semblant de soutenir de petites salles qui n'ont pas survécu à son action? Quand M.Planchon et ses collaborateurs ont hissé le TNP au rang de scène européenne, ce qui est une tout autre affaire. Mais M.Beghain s'estime en droit de faire l'inventaire d'un artiste, pendant que lui n'a pas fait grand chose pour les artistes de théâtre locaux. C'est ce qui me fout en pétard. M.Beghain pérore, sans savoir ce dont il parle car en fait il ne parle que de lui-même: comment, lui, a préféré quitter la municipalité il y a quelques mois. Sorte de Jospin lâche comptant désormais les points? mais quel ouvrage digne de ce nom a donc écrit M.Beghain? quelle mise en scène, quel concert, quelle exposition a-til donc conçu pour se permettre de juger un artiste de la trempe de M.Planchon? quelle politique recommandable et exemplaire a-t-il donc mené pour se faire aujourd'hui le donneur de leçons? il a bien fait de démissionner. Il aurait risqué comme son compère Queyranne de se faire sérieusement entartrer, à force de bavasser sans agir avec efficacité et courage. Ne prêtez pas trop foi à ses propos. Ils sont indignes.Libération aurait mieux fait de demander à quelqu'un d'autre de politique ou d'artistique de signer un hommage à M.Planchon qui, malgré les erreurs commises, restera, lui, comme un artiste qui compte et pour plusieurs raisons. Ce qui ne sera jamais le cas de ses collègues à la X Rousse, au théâtre de Lyon ou aux Celestins. Et pas plus M. Beghain. Mondains.


Ma première réaction était d'afficher (comme beaucoup le font) une superbe indifférence.
Dans un deuxième temps, je souhaite saluer l'intervention très pertinente de Joaquim à laquelle j'ajouterai quelques étonnements et suggestions.
A) Le procédé ? Roger Planchon n'est plus en mesure de vous répondre....
B) le contenu ? Vos mots (maux) ne sont qu'idéologiques et par conséquent votre "état des faits" (car je n'appelle pas cela une analyse) est erroné à bien des égards.
A mon tour maintenant de vous prodiguer quelques conseils:
profitez de votre temps libre pour vous débarrasser de "votre prêt à penser", vous allez découvrir que cela n'est pas si aisé; par ailleurs, en ce qui concerne votre capacité à évaluer, vous devrez alors admettre que c'est une métier dans lequel vous n'êtes jamais"entré".
MMX

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