Quand la rue descend dans la rue
SOCIÉTÉ - Ils ont cessé de répondre au téléphone. N'effectuent plus de "maraude", leurs tournées auprès des sans-logis. Ce jeudi, les travailleurs sociaux du Samu social 69 et de centres d'hébergement d'urgence de l'agglomération lyonnaise étaient en grève. Depuis des mois, ils dénoncent le manque cruel de places et de moyens. Accompagnés de sans-abris, de quelques élus locaux, de syndicalistes, ils ont manifesté aujourd'hui devant la préfecture du Rhône. Questions à Steeve Hervé, gréviste du Samu Social 69…
La situation de l'hébergement d'urgence est tendue depuis plusieurs années dans l'agglomération lyonnaise. Comment en arrive-t-on aujourd'hui à une grève ?
C'est une première en France pour le samu social. Nous ne faisons pas grève pour nos salaires, mais pour pouvoir faire notre travail de travailleur social. Or, aujourd'hui, ce n'est pas possible car nous n'avons pas les outils suffisants pour cela. On voit les gens se dégrader. On ne peut pas travailler et suivre des personnes si elles sont systématiquement remises à la rue après deux ou trois jours d'hébergement.
Comment expliquez-vous cette extrême dégradation de la situation ?
Il y a un public de plus en plus différent. Le problème de l'hébergement d'urgence, ce n'est pas seulement celui des clochards. Ce n'est pas un phénomène lié à la question de l'errance, cela interroge d'autres pans de la société. Il y a eu des fermetures de places en hôpitaux psychiatriques, il y a des personnes qui sortent de prison, des sans-papiers, des roms, des familles sans logement…
Quelles sont vos revendications ?
Nous demandons l'application de la Loi, le droit au logement, c'est à dire que toute personne qui appelle le 115 puisse être hébergée et ne pas être remise à la rue. Nous demandons aussi à ce que deux nouveaux centres d'hébergements de 30 places chacun soient créés. On sent un mépris de la part de la préfecture (une délégation a été reçue par le chef de cabinet du préfet à l'égalité des chances, ndlr). Nous n'avons eu aucune réponse sur nos revendications.
Quelle va être la suite du mouvement ?
Nous demandons à être reçus par Benoist Apparu (Secrétaire d'Etat en charge du Logement et de l'Urbanisme).Nous sommes d'accord sur la politique de long terme, sur l'optimisation de la fluidité mais il faut aussi penser le court terme. Nous allons aussi encourager et aider les usagers à déposer des recours devant la justice pour qu'ils puissent faire valoir leur droit au logement.
Propos recueillis par A.Gd.




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