«Si tu survis à l’université, c’est que tu sais te débrouiller»
UNIVERSITÉS - La signature d’une Charte de l’égalité cette semaine entre le gouvernement et les grandes écoles pour forcer la mixité sociale souligne la fracture qui s’aggrave dans l’enseignement supérieur entre formations élitistes et universités de masse. Faut-il refonder l'enseignement supérieur français pour supprimer ce fossé ? Les étudiants en fac n'en sont pas persuadés. Reportage à Lyon 2 et Lyon 3…
Camille a raté le concours de Sciences Po. Alors elle s’est inscrite à la fac. Un choix par défaut, mais qu’elle ne regrette pas. Comme tous les étudiants que nous avons rencontrés sur le campus Lyon-II - Lyon-III, elle défend plutôt le système universitaire français. Un système «qui a des défauts» mais «nécessaire» car «accessible à tous». Camille est aujourd’hui en licence droit et science politique à Lyon-II. Un double cursus rassurant. «Avec le droit, on est sûr de toujours trouver des débouchés. Je serais un peu effrayée d’être à la fac uniquement en sciences humaines.» Camille se dit «consciente qu’il existe un enseignement supérieur à deux vitesses». Pour autant, elle défend la coexistence des deux systèmes. «On ne travaille pas tous de la même façon, on n’attend pas tous la même chose des études», résume-t-elle.
«Moins formatés». Julie et Thomas, qui font aussi ce double cursus universitaire, acquiescent. «Si l’on supprimait les grandes écoles, il y aurait une concurrence entre facs, un peu comme aux Etats-Unis. En s’inscrivant à l’université, ce n’est pas forcément cet esprit-là que l’on recherche», explique Thomas qui tient à ce que les études ne soient pas «que de la compétition». Julie, elle, apprécie «l’ouverture d’esprit» de l’enseignement universitaire. Même si tous trois reprochent le manque de pragmatisme de la fac. L’impression d’être «coupés du monde du travail». L’impression, aussi, d’être parfois un peu regardés de haut. «De l’extérieur, on nous fait bien ressentir que faire science politique à la fac, ce n’est pas faire l’Institut d’études politiques.»
Aurélie et Maud, préparent le Capes de lettres. Elles ont fait leurs études à Lyon-III. Et se retrouvent sur les concours avec dans anciens de prépas et des élèves issus des grandes écoles. «Il est évident qu’ils sont globalement très bien préparés. Mais je crois que l’on peut être brillant à l’université si l’on s’en donne les moyens», explique Aurélie. Pour Maud, «l’université est un choix. Nous sommes un peu moins formatés pour la compétition. Nous avons une façon plus autonome de travailler.»
«Besoin de pression». Antoine, étudiant en 2e année de licence d’économie-gestion à Lyon-III pense même que, finalement, l’université peut se révéler être une bonne école de la vie. Lui aussi est allé à la fac «par défaut» et, finalement, il s’y trouve bien. «Si j’étais employeur, entre deux candidats, l’un issu d’une école de commerce, l’autre de l’université, je choisirais le deuxième. Parce que, si tu survis à l’université, à gérer le bazar général, les profs absents, les horaires fantaisistes, c’est que tu sais te débrouiller, et que tu es autonome.» Pour lui, il serait impossible de n’avoir qu’un seul enseignement supérieur. «Il y a des gens qui ont besoin d’être encadrés, d’avoir de la pression pour travailler, d’autres non.» Il regrette en revanche lui aussi le manque d’ouverture sur le monde professionnel. Des réseaux par exemple pour pouvoir faire des stages.
Alice Géraud




A lire
Rédigé par : Pépitos | 04/02/2010 à 11:29
L'université forme des personnes adaptables et capables de penser par elles-mêmes, de se débrouiller seules, le problème ne vient pas de l'université, mais du monde professionnel qui ne forme pas en interne. On nous lance toujours le modèle anglosaxon, or aux USA ou en Angleterre, les employeurs choisissent des personnalités (plutôt que des diplomes specifiques)qu'ils forment en interne,et on peut très bien là bas être cadre sup dans une entreprise avec un diplome d'études des religions, ou bien journaliste economique avec une diplome de lettres ( car l'employeur preferera quelqu'un qui sait écrire et qu'il pourra former à l'économie, plutôt qu'un économiste qui n'aura jamais de talent littéraire)
C'EST LE MONDE DU TRAVAIL QUI DOIT PRENDRE CONSCIENCE DU TALENT DE L'UNIVERSITE!
Rédigé par : Valérie | 04/02/2010 à 11:34
Je suis assez d'accord avec ce qui est dit ici; dans le monde de la recherche, on trouve beaucoup d'anciens «faquins» qui sont aussi bons que d'anciens élèves de grandes écoles.
Mais il me semble que le premier stade de réforme serait de supprimer les prépas dans les lycées. C'est là que la sélection sociale se produit: les bonnes prépas sont dans les lycées des beaux quartiers et ont naturellement tendance à favoriser l'admission de leurs lycéens. Il faut couper ce cordon ombilical entre secondaire et supérieur: une telle coupure favoriserait forcément un brassage social: si les prépas étaient à l'université, tout le monde s'y présenterait à égalité, sans favoritisme d'origine.
C'est d'ailleurs général, la concurrence entre secondaire et supérieur, BTS contre IUT, agrégés contre prof. de fac me paraît vraiment contre productive. Il faut vraiment arrêter que le secondaire cherche à marcher sur les plate-bandes du supérieur. Un premier pas dans ce sens serait de supprimer l'agrégation, concours d'un autre temps. De nos jours, seul un passage par la recherche, sanctionné par une thèse devrait permettre d'enseigner en supérieur, y compris en prépas.
Rédigé par : Paulochon | 04/02/2010 à 11:59
"Avec le droit, on est sûr de toujours trouver des débouchés. Je serais effrayée d'être uniquement en sciences humaines".
L'université est universelle, on y étudie tout. A chacun d'étudier selon ses goûts, ses capacités, et si il veut selon les débouchés. C'est un choix personnel à assumer ensuite. Evidemment l'idéal est de faire rimer épanouissement personnel et carrière.
L'université propose, tout, et l'étudiant dispose. Ce n'est pas le Pôle Emploi.
Rédigé par : Doon | 04/02/2010 à 12:30
Si tu survis à un (gros) lycée public de Lyon ET "Si tu survis à l’université [Lyon II !!!], c’est que tu sais te débrouiller" et que tu débrouilleras toujours dans ta vie professionnelle ! A afficher dans la salle des inscriptions, tellement c'est vrai !
Rédigé par : Sosso | 04/02/2010 à 12:50
@paulochon :
donc pour faire cesser la désinvolture générale vis à vis des étudiants qui sévit dans les universités, il faut casser ce qui marche à peu près, les prépas ? risible. Oui les prépas sont plus efficaces, oui, elles coutent plus cher, mais ça marche. Et il n'y a pas que des gosses de riches ou de profs dans les prépas; loin s'en faut. Si on voulait vraiment améliorer le supérieur en France la première des choses serait de confier les premiers cycles aux lycées.
Rédigé par : bruno_bd | 04/02/2010 à 13:26
Bon, c'est toujours la même histoire : les étudiants de l’université à la française défendent leur système, le seul qu'ils connaissent, en lui trouvant bien des qualités. Et c’est vrai que tout n’est pas bon à jeter à la fac mais de là à ce satisfaire de ‘‘ça’’. Le problème avec ce comportement auto-contemplatif c'est qu'il ne résiste pas au petit jeu des comparaisons. Ceux qui ont connu plusieurs systèmes (facs françaises, grandes écoles, études en Angleterre ou aux États-Unis) tiennent un tout autre discours que Valérie Précresse a en grande partie repris à son compte. Et en tant que partisan de la social démocratie, ça me désole que ce soit la droite qui gère ça et teinte évidemment ses réformes de valeurs qui ne sont pas les miennes. A titre personnel (mais cette expérience est partagée par la plupart de mes amis ayant eux aussi roulé leur bosse dans plusieurs sphères), j’ai souvent été frappé par l’agressivité dont faisaient preuve les produits du système universitaire français dès qu’on émettait la moindre critique. L’attaque est plus souvent qu’autrement perçue comme personnelle. Pour mes interlocuteurs dans ce débat de sourds, la fac française se porte bien, la preuve : elle a fait d’eux ce qu’ils sont. Ceux qui ont connu la fac mais aussi d’autres modèles ont juste le droit de fermer leur clapet. Du style, si tu as étudié aux États-Unis ou en Angleterre c’est que tes parents sont pleins aux as. Et là qu’importe que vous ayez été étudiant boursier à l’échelon le plus élevé mais que vous ayez la chance de bénéficier bourse d’excellence (oui, oui, ça existe) qui couvrait largement vos frais d’inscription et vos besoins… Vous êtes suspect et en fait pour certains, vous mentez forcément! Les ‘miraculés du système’, comme les appelle Bourdieu, n’aiment pas qu’on leur dise que ce système est défaillant. Ils monteraient même volontiers aux barricades pour le défendre.
Rédigé par : yannmtl | 04/02/2010 à 14:53
@bruno_bd:
Que vaut une prepa au niveau international? c'est quoi l'équivalence quand tu bouges et que tu veux faire reconnaitre ton parcours? facile: bac + 0. Ce truc est trop franco-français. La mondialisation de la formation universitaire est une réalité dont il faut tenir compte. Pour le moment les prepas ne rentrent pas, mais alors pas du tout, dans ce cadre.
Rédigé par : yannmtl | 04/02/2010 à 15:07
@Paulochon
''Un premier pas dans ce sens serait de supprimer l'agrégation, concours d'un autre temps. De nos jours, seul un passage par la recherche, sanctionné par une thèse devrait permettre d'enseigner en supérieur, y compris en prépas.'' Exact!!!! TOUT A FAIT EXACT. Ce concours d'agreg (qui est, quand on connait la machine de l'intérieur, parfois assez disons 'étonnant' pour ne blesser personne) est un frein à la compétitivité des universités françaises. Quel chercheur avec un doc en poche et une flopées de publications sur son CV va bien vouloir faire le beau dans ce numéro de cirque qu’est l’agreg quand on lui offre d’emblée de meilleurs conditions, sans concours, dans bien des pays d’Europe ou en Amérique du Nord ? Et qu’on ne me sorte pas que l’agreg est une garantie de la qualité de quoi que soit en matière de recherche ou d’enseignement.
Rédigé par : yannmtl | 04/02/2010 à 15:16
J'étudie cette année a Staffordshire University, Stoke-on-Trent, UK, en vue d'un bachelor Marketing Management. Ma mère est touche le smic et mon père un peu plus, je suis l'ainé d'une fraterie de trois. Pour me payer mon inscription qui est de 3000 livres sterling l'année j'ai bosser deux mois d'été, j'ai eu des bourses de ma région (Rhône Alpes). Personne ne pourra dire que je suis un fils de riche! J'ai donc eu un DUT en France et je compare notre système au leur. Je peux vous assurer que leurs système aussi poussé que le notre mais il y a moins de choses faites inutilement(12h de cours par semaine pour le semestre 1 et 9h pour le S2), les profs sont beaucoup moins paresseux qu'en France (Pas une grève depuis le début de l'année), je n'ai que 4 matières par semestre, et pourtant le Bachelor est reconnut mondialement. Alors j'ai un petit sourire lorsque je lit, que les prépas et autre grande écoles sont efficaces! Pour gaspiller de l'argent oui, pour former des jeunes sur le marché mondial de l'emploi surement pas. Mais tant que les parents de mes camarades français accepterons de payer des sommes astronomiques pour donner a leurs enfants le droit d'étudier ( et d'obtenir un diplôme bien souvent, je le déplore) et donc ferons le jeux de ce système a deux vitesse il y a aura toujours des inégalités, et notre système moins bon que les autres!
Rédigé par : LSXV | 04/02/2010 à 15:57
Merci pour ce très bon article qui change du discours habituel sur la "faculté poubelle" tellement relayé par les médias.
Remarquons d'ailleurs que ceux qui critiquent l'université sont, en général, ceux qui ne l'ont pas fréquenté.
Rédigé par : Rima | 04/02/2010 à 18:32
Ne pas croire ce que l'on colporte, le système prépas + grandes écoles français est largement identifié, connu et apprécié y compris dans le monde anglo saxon. D'autant plus qu'il s'insère sans problème dans le moule LMD. Le taux d'échec en prépa est faible et le taux d'intégration en école est très élevé ce qui fait que le problème de reconnaissance des prépas à l'international ne se pose vraiment pas. Pour le reste, les universités sont trop heureuses dans les domaines scientifiques de récupérer les étudiants qui n'ont pas réussi une intégration en école en leur attribuant le L2 par équivalence ; ça renforce les maigres effectifs des filières scientifiques des universités et au pire, les étudiants recrutés par ce biais ne s'en sortent pas plus mal que la moyenne des étudiants qui ont fait leur L1 et L2 à la fac.
Rédigé par : @yannmtl | 04/02/2010 à 19:03
@LSXV
Silence malheureux, tu connais les deux systèmes donc tu sais au moins un peu de quoi tu parles contrairement à ceux qui n'en connaissent qu'un. La sanction est sans appel: tu dois te taire! De toute façon, tu es certainement atteints d'anglo-saxonite aigüe dont la bière pas assez froide est le mode de propagation le plus commun. Tu devrais savoir que n'ont de droit de parole sur les universités françaises que ceux qui ne connaissent rien d'autre que les universités françaises! Sinon, ben t'es parents font rentrer deux salaires à la maison!!!! T'es suspect! T'es limite classe moyenne supérieure par les temps qui courent. :) Bonne continuation.
PS: Stoke-on-Trent? Management? Tu te destines à l'industrie de la poterie? :)
Rédigé par : yannmtl | 04/02/2010 à 19:12
@ Rima
Ben si justement... T'as mal lu, je crois. Un problème de formation peut-être? Ok, je blague. N'empêche LSVX et moi même affichons très clairement avoir fréquenté les universités made in France.
Rédigé par : yannmtl | 04/02/2010 à 19:17
Bonjour,
ci-dessous un article impressionnant de rigueur et de clarté sur le difficile passage entre lycée et enseignement supérieur, qui tord le cou à bon nombre d'idées reçus, et qui préconise, chiffres et statistiques à l'appui, 3-4 mesures fortes et salutaires.
J'ai rarement lu quelque chose d'aussi convaincant, et je compte en faire allègrement la pub!!
http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article3401
Rédigé par : Robbegrillon | 05/02/2010 à 09:08