Fin de négociation aux forceps à gauche
REGIONALES - Qu'est-ce que cela aurait été s'il avait fallu en plus discuter avec le Modem ! La gauche est parvenue mardi à conclure un accord pour une liste commune au second tour. Mais ce fut long, par moments tendu, et cela laisse en route quelques dépités. Le Front de gauche aura traîné les pieds jusqu'au bout, mécontent du nombre d'élus proposés. Socialistes et écologistes se sont en revanche entendus plus facilement que prévu et le programme a posé moins de problèmes que les listes. Mais le document résumant les ambitions de la "liste de gauche et des écologistes" n'a finalement pas été rendu public. Il reste encore à fignoler...
La veille, les discussions sur le programme s'étaient éternisées jusqu'à 4h dans l'hôtel d'un élu lyonnais (lire). La commission ad hoc travaillait sur un document devant être présenté le lendemain, chaque phrase était ciselée, chaque mot soupesé, par des négociateurs mal reposés. Le Front de gauche avait boudé la discussion, pour protester contre le nombre de places éligibles accordées : 10 assurées au lieu des 13 escomptées, les trois autres pouvant seulement être gagnées en cas de très bons scores. « Ils ne savent pas compter », peste Elisa Martin, qui réclamait l'application de la proportionnelle. Ses futurs alliés répondent que le Front de gauche, qui ne peut se maintenir, n'est pas statistiquement indispensable pour gagner. Le PS pourrait faire sans eux mais Jean-Jack Queyranne préfère un accord, d'où la proposition médiane. Les socialistes raillent au passage "l'amateurisme" du Front de gauche dont les négociateurs ont débarqué lundi avec des bouts de papier pour faire des règles de trois, quand les autres formations sont équipées de plusieurs portables bourrés de tableurs Excel.
Ce mardi matin, tout le monde se retrouve au Palais de la Mutualité. Mais comme le Front de gauche n'a pas travaillé la nuit, il demande une suspension de séance pour prendre connaissance du travail de ses petits camarades. Et il n'est pas d'accord. Selon lui, des amendements n'ont pas été intégrés. La suspension de séance s'éternise et la conférence de presse qui devait annoncer l'accord à 11h est repoussée à midi. Puis elle le sera à 13h, 14h, 15h, et bientôt 16h.
Cela coince aussi au sein du PS. Les militants du MRC de Chevènementi n'ont plus d'élu, ils s'étranglent. "Un président qui s'engage au premier tour et qui ne tient pas sa parole au second, cela laisse mal augurer de la suite", peste Catherine Coutard. Elle tient à être élue dans la Drôme (il est possible de changer de département entre les deux tours) et le PS a déjà deux femmes à placer dans son département. Cela coince aussi un peu du côté d’Europe Ecologie, au sujet des périmètres des grands pôles transversaux. que demandent les écologistes. Sortie fumer une cigarette, la députée européenne Michèle Rivasi moque l'intransigeance de Jean-Jack Queyranne (JJQ). « Je lui ai dit : Jean-Jack, tu es raide comme un piquet !», rigole-t-elle. « Alors que les électeurs nous ont dit qu’il fallait tout revoir dans la façon de faire de la politique, il repart dans les vieux schémas ». L’affrontement semble avoir été assez frontal entre eux.
La députée européenne critique aussi le manque de démocratie interne au PS. Les socialistes appellent cela de la discipline : les seuls à parler ou presque sont JJQ, Soulage et Fougère . Les femmes du PS ne disent rien, à l’exception par moments de Bernadette Laclais, souligne Michèle Rivasi. Europe Ecologie a opté pour un fonctionnement plus collégial. Deux têtes de pont (Meirieu et Rivasi), entourés d'une garde rapprochée de cinq militants, dont Gérard Leras, président sortant du groupe Vert. Autour de ce noyau central gravitent 14 personnes réunies en 4 groupes (programme, fusion, gouvernance, campagne). Ils relaient les autres de temps en temps. Le PS s'agace de ne pas avoir toujours affaire aux mêmes : « ça va, ça vient ». Côté Front de gauche, c’est pire. C'est trop collégial. Tout le monde s’en mêle, un peu chacun pour soi. C'est le bordel.
Pour le programme, il avait été convenu avant le premier tour que la liste arrivée en tête présenterait une première mouture synthétisant les trois programmes. Roger Fougère, vice-président sortant qui ne se représente pas, s'y est encore collé. Il a prévu cinq têtes de chapitres. Emploi, formation tout au long de la vie, économie, aménagement du territoire, et questions budgétaires. On retrouve ces cinq points à la sortie, mais les quatre pages sont devenues cinq et Europe écologie se vante d’avoir beaucoup fait évoluer le document. Trois pôles transversaux ont été intégrés, qui seront sous la responsabilité d’un vice-président. Meirieu parle de « grandes transversalités autour de grands enjeux ». La formation tout au long de la vie, incluant l'éducation, la formation, l'orientation et "l'épanouissement personnel". Une vice-présidence pour Meirieu qui a négocié directement le périmètre la veille avec Jean-Jack Queyranne. Deuxième pôle : la transformation et la relocalisation de l’emploi et de l’économie. Sur ce pôle, il y a eu une grosse bataille sémantique. Europe Ecologie voulait intituler cela « Reconversion de l’économie ». Le PS préférait « mutation ». « Transformation » a fait consensus. Enfin, troisième pôle, une nouveauté qui tenait à coeur aux écologistes : une grosse délégation concernant le foncier incluant à la fois l'urbanisme, la politique de la ville sur le volet urbanisme, et le développement agricole. Europe Ecologie veut mener un vrai travail sur l’acquisition foncière en milieu agricole. Un engagement présent dans le contrat de mandature de 2004, mais jamais tenu.
Question transports, l'accord privilégie sans surprise les modes doux et le ferroviaire, sur la routes et les autoroutes. Question nucléaire, accord encore pour refuser un nouveau réacteur, même si ce n'est pas de la compétence de la région. Enfin pour l’éco-conditionnalité des aides, Europe écologie estime que ses priorités ont été entendues. A la sortie pourtant, le fameux cinq pages n'est pas rendu public. Il faut encore le travailler pendant quarante-huit heures, parait-il. Après une conférence de presse commune sur le trottoir, il est temps de filer à la préfecture, un peu plus d'une heure avant l'heure limite de dépôt des listes.
Pour les places, l'accord arrêté mardi devrait permettre aux socialistes d'obtenir 50 à 53 élus, aux écologistes 35 à 37, et au Front de gauche 10. Les vice-présidents ont aussi été évoqués. Pour les écologistes, Gérard Leras devrait notamment s'y coller comme Philippe Meirieu, tout comme Véronique Moreira, tête de liste dans le Rhône. Pour la seule vice-présidence du Front de gauche, il y a concurrence entre le Parti communiste et Elisa Martin.
Surpris d'avoir moins bataillé cette fois avec leurs partenaires, les socialistes se disent que les relations seront peut-être moins houleuses durant la mandature. Avec le Front de gauche, c'est moins sûr. Quelqu'un sur le trottoir demande à Elisa Martin s'il s'agit d'un "bon accord". Elle répond que c'est "un accord pour faire gagner la gauche".
Olivier BERTRAND et Anne-Caroline JAMBAUD




J'aime cette démocratie, du partenariat, du compromis, du consensus qui manque tant dans notre monde politique...
Ou comment diverses sensibilité s'entendent au dela des clivages politiques pour l'intérêt de tous les Rhone Alpins !
Queyranne Président !
Rédigé par : nicov | 17/03/2010 à 09:46
Le nouveau conglomérat qui brigue la présidence soutient-il ou non le projet de Grand Stade?
Car je voterai blanc ou non en fonction de cela...
Rédigé par : kwak | 17/03/2010 à 12:07
Cet accord est juste entre partenaire de gauche.
Le respect de toutes les sensibilités a été respecté.
merci à JJ Queyranne
Rédigé par : Bernard | 17/03/2010 à 15:09
Pour que la répartition des tendances soit respectée et faite à la proportionnelle, est-il besoin d'ordinateur ou d'excel ?
Cette bataille d'épiciers montre bien ce que sera l'avenir : Un cul et chemise PS ECOLO et des miettes pour les "bien à Gauche".
Rédigé par : PrNIC | 17/03/2010 à 19:59
Cet article est intéressant et instructif, sur les méthodes employées et mentalités pour conserver "le pouvoir" et les avantages.
Méthodes et mentalités qui, de mon point de vue, ne vont certainement pas inciter les abstentionnistes à voter pour la "liste de gauche et des écologistes" !
Europe Ecologie aurait eu tout à gagner, en refusant le mariage forcé, organisé par le PS.
Outre un gain de crédibilité auprès de ses électeurs (acquis et potentiels), ce parti serait resté cohérent, avec son discours sur le "faire de la politique autrement".
Europe Écologie, va rester encore très longtemps au stade de l'adolescence !
Contestataire en parole, seulement.
Dommage.
Avant d'aller voter dimanche prochain, vous pouvez vous informer sur la gestion financière de notre région, par les élus "de gauche" sur: www.canol.fr
Vu la "complexité" de ce message, pour certains, il ne peut être compris que par des citoyens responsables, critiques et indépendants.
Ces Citoyens conservent toujours à l'esprit, que notre société, n'est pas binaire avec le bien d'un côté et le mal de l'autre !
Seuls les actes comptent.
Rédigé par : Yvan, de Lyon. | 17/03/2010 à 21:07
M. Mérieu, qui a déjà servi et sévi comme conseiller du pire ministre de l'Education nationale que la gauche ait produit, le si fameux (et si écologiste) M. Allègre, va pouvoir continuer son oeuvre comme vice-président au niveau régional. Espérons que nous parviendrons à éviter le pire. Dans les bagages et les ministères socialistes pendant vingt ans, il s'est servi d'Europe Ecologie, qui n'y a vu que du feu, pour obtenir ce que ses anciens protecteurs ne voulaient plus lui accorder.
Beaucoup regretteront qu'Europe Ecologie se soit mis au service de cet homme et que, pour lui donner son jouet d'une vice-présidence où il n'en fera qu'à sa tête, ils renoncent à exercer des responsabilités régionales dans les domaines cruciaux où ils ont des politiques à défendre : transports, aménagement, etc. C'est pourtant pour cela que leurs électeurs les ont soutenu. Cela fait beaucoup de farce, de nombreux dindons et une bien triste entrée en politique pour un mouvement qui va répètant qu'il fait "autrement".
Rédigé par : AigleNoir | 18/03/2010 à 00:23