09/03/2010

La passionaria du Front de gauche

REGIONALES - En Rhône-Alpes, le Front de gauche a sa passionaria, Elisa Martin, Iséroise de 36 ans, mène la liste « Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologistes et citoyennes » avec une fougue et un plaisir manifestes. Impossible de ne pas remarquer dans les débats cette rouquine à la silhouette fluette et à l’abondante logorrhée. Elle n’en rate pas un, se bat pour prendre la parole, a du mal à la lâcher… « Je m’éclate, dit-elle. J’aime argumenter, expliquer, convaincre. Les campagnes électorales c’est fantastique : le temps des politiques publiques s’arrête et on remet en discussion tous les enjeux. » Ce soir, elle devrait prendre encore plus son pied : la liste qu’elle mène tient un grand meeting à la Bourse du travail, en présence de son mentor Jean-Luc Mélenchon, et de Marie-Georges Buffet…

Réunis devant la gare de la Part-Dieu pour prôner la gratuité des transports, les militants d’ « Ensemble pour des régions à gauche… » brandissent des pancartes  formant des wagonnets, devant une poignée de passants. L’impact public, ce vendredi 5 mars, est faible. Mais il en faut plus pour décourager la tête de liste Elisa Martin. Dans la foulée, elle tient une conférence de presse, et ce n’est pas parce qu’il n’y a que deux journalistes, noyés dans la masse des militants, qu’elle va bâcler le discours. Au contraire, elle détaille un à un, tous ses arguments, explique, chiffre. Pour le droit à la mobilité, contre la mise en concurrence programmée de la SNCF, contre le désengagement de l’Etat, pour la gratuité des TER, etc. Au passage, elle ne manque jamais de mettre en cause la politique gouvernementale « totalement schizophrénique », et contre laquelle elle appelle à « construire des résistances ».

Au delà des formules toutes faites, Elisa Martin affûte ses arguments, quitte à en faire des tonnes. « Je veux éviter les slogans comme LPA ou LO. Notre expérience des politiques régionales nous permet de donner corps et réalisme à nos propositions, dit-elle. Si on avait tous cette rigueur que j’essaie d’avoir, il y aurait moins de crise démocratique et d’abstention ». Une vingtaine d’élus sortants figurent sur sa liste, dont quatre anciens vice-présidents. « Nous sommes responsables et j’ai horreur de la démagogie, poursuit-elle. (...) C’est aussi lié à mon métier ». Prof de lettres dans les lycées de quartiers populaires du sud de Grenoble,  Elisa Martin ne peut s’empêcher de faire « beaucoup de pédagogie », auprès des militants puis des électeurs. Ses années de philo lui ont donné le goût de l’argumentation, qu’elle a appliqué dans les mouvements lycéens puis au syndicat UNEF-ID au début des années 90. « J’ai toujours eu pour fonction de décortiquer les infos, les projets de loi, etc. Mon 1er tract, je l’ai fait en 3 parties : grand A, grand B, grand C » s’amuse-t-elle. Ses racines populaires la rendent selon elle particulièrement sensible à la « catastrophe sociale, économique et politique » qui frappe surtout les plus faibles.

Elisa Martin adhère au PS en 1994, par philosophie – « Mélenchon avait fait son exposé sur le changement de nature du capitalisme, transnational et financier » - mais aussi par stratégie, pour « utiliser le plus grand parti de gauche et le faire bouger de l’intérieur ». Adjointe au maire de Saint-Martin d’Hères depuis 1999, elle est élue conseillère régionale en 2004. Mais les « dérives du PS, au centre, voire à droite » et l’épisode du traité constitutionnel européen – qu’elle refuse vigoureusement – la convainquent de quitter le PS pour participer à la création du Parti de gauche de Mélenchon en novembre 2008. Libérée, elle reste tout de même assez rigide dans ses prises de position. L’idéologie cassante, dogmatique, peut facilement prendre le dessus dans ses discours. Elle considère qu’elle a évolué sur ce point : « Je me trouvais un peu raide, dure, exigeante. Les élèves m’ont adoucie ; ils m’ont donné l’humanité qui me manquait ».

Pour mener dans cette campagne l’attelage de partis de gauche, elle a dû  faire preuve d’une certaine souplesse vis-à-vis de ses colistiers. Son objectif au soir du 1er tour : faire mieux qu’aux Européennes (5,24%), être devant le Front national « pour l’honneur » et devant le MODEM « pour l’écarter de la fusion avec la gauche ». Pour l'instant, le dernier sondage la donne à 6% et le Modem à 7 (lire). Elle promet qu'elle sera « totalement intransigeante » : si sa liste est prête à fusionner entre les deux tours avec celle conduite par Jean-Jack Queyranne, elle refuse toute alliance avec le centre. Pas sûr que cette position enchante ses partenaires du PCF. Les sortants communistes voulaient partir dès le premier tour avec Queyranne, leur base en a décidé autrement.

Pour le reste, Elisa Martin se dit assez proche des autres partenaires de gauche. « Avec Europe Ecologie, on travaille pas mal » dit-elle. Même si elle confie « ne pas supporter Cohn-Bendit : c’est un petit bourgeois qui, au final, a privé notre génération de tous les outils de la transformation sociale ». Avec Jean-Jack Queyranne en revanche, elle n'a « humainement aucun souci ». Politiquement, c’est différent : « son affichage à gauche est moins clair », poursuit-elle. « Notre participation dépendra de la reprise de certaines de  nos propositions », poursuit la tête de liste, qui rappelle les plus importantes : la non mise en concurrence de la SNCF, la mise en place d’une banque publique régionale, la priorisation de l’école publique, et la clarification des rapports de la Région à l’économie privée.

Anne-Caroline JAMBAUD

Meeting de la liste « Ensemble pour des régions à gauche solidaires, écologistes et citoyennes » (Front de gauche, PCF, gauche unitaire, Parti de gauche, mouvement politique d’éducation populaire, République & socialisme, PCOF, Les alternatifs), mardi 9 mars à 19h45 à la Bourse du travail, Lyon 3e. Avec Jean-Luc Mélenchon, Marie-Georges Buffet, Christian Picquet.

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Commentaires

Je ne connais pas le slogan de Lyon Parc Auto, je vois mieux ceux du NPA. Mais les journalistes lyonnais de Libé sont pardonnés au regard de l'emprise de LPA et des bagnoles sur la vie lyonnaise !...
On va dire que c'est une coquille.
"Si on avait tous cette rigueur que j’essaie d’avoir, il y aurait moins de crise démocratique et d’abstention". Sûrement, à condition qu'on éduque à la rigueur... C'est marrant, le mot rigueur ne voisine plus depuis longtemps avec le mot politique... Il serait temps !

C'est vrai qu'en ce moment, c'est plutôt "politique de rigueur" que "rigueur politique" ...

Tout à fait d'accord avec Tataria (commentaire précédent)

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