Des moutons comme tondeuses pour des particuliers
ENVIRONNEMENT - Dans le petit bois d’une résidence, à Rillieux-la-Pape, en périphérie lyonnaise, des petits moutons broutent. Une race écossaise. Pas très grands, très jolis. Efficaces. De vraies tondeuses sur pattes. Les habitants les louent depuis vendredi, pour un mois, pour entretenir le jardin commun. En finir avec la chimie, moins polluer, retrouver un peu de campagne à la ville...
Naissances. Ils ont trouvé ces moutons auprès d’une association, Naturama, qui joue un rôle d’interface entre urbains et ruraux dans cette agglomération lyonnaise où la campagne reste à dix minutes de la ville. Elle a récupéré ses premiers moutons voilà deux ans. Ils venaient de l’Ecole nationale supérieure (ENS) de Lyon. C’est chic. Des moutons de Soay, race que les éleveurs écossais ont abandonnée depuis une centaine d’années parce que leur viande n’était pas très bonne, et leur laine pas terrible. Des moutons rustiques, semblables à de petits chamois que le jardin zoologique du parc de la Tête d’or avait acquis dans un souci de préservation. Puis il y a eu des naissances et le jardinier de l’ENS en a récupéré pour les trois hectares de l’école. Après d’autres naissances, il en a donné à Naturama. L’association a d’abord loué ses moutons aux collectivités. Ils ont par exemple entretenu le vieux cimetière de Loyasse, sur la colline de Fourvière. En lisant dans la presse locale un reportage sur l’initiative, un habitant du lotissement a eu l’idée de les louer pour le petit bois commun que partagent les résidents, et qui fait près de deux hectares.
Jusque-là, ils l’entretenaient eux-mêmes deux fois par an, et faisaient passer une entreprise pour traiter chimiquement les ronces et les endroits plus compliqués. «Tout le monde disait qu’ils passaient le produit, sans savoir ce que c’était», raconte Claude Jacquignon, enseignante motivée qui a pris les contacts et fait le forcing auprès des voisins. «On n’est pas très écolos dans nos comportements, ajoute-t-elle, mais on aimerait l’être. On réfléchit à ce qui se passe autour de nous, on réalise qu’on fait plein de choses anodines qui, mises bout à bout, deviennent horribles.» Elle a poussé les voisins à laisser tomber la chimie. Puis son mari a, avec d’autres, planté des clôtures mises à disposition par l’association. L’occasion d’un repas commun en lisière du bois. «Un moment moins surfait, plus spontané que les fêtes des voisins que l’on fait d’ordinaire.»
L’idée des moutons n’a cependant pas emballé tout le monde. Certains avaient peur de l’entretien, des vols, des chiens errants. «Il y a aussi une génération pour qui la chimie a été une révolution. Elle a remplacé l’huile de coude, pour eux cela reste le symbole du progrès et de l’efficacité», croit comprendre l’enseignante. Les moutons sont plus lents. A quatre, il leur faut quinze jours pour tondre environ 2 000 m2. Mais il y a des avantages. Plus de bruit de tondeuse. Seulement celui, apaisant, des clochettes. Plus de pollution : le crottin amende la terre et les piétinements ralentissent la repousse sur les chemins. «Mais il ne faut pas se leurrer, il y a aussi un petit effet de mode», dit Christophe Darpheuil, responsable de Naturama. Il a livré ses moutons vendredi. Fanette et Flanelle, les femelles. Faune et Fabre, les mâles. Plus deux petits,qui pour l’instant se contentent de téter leur mère et de suçoter l’herbe. Dans six mois, ce seront de vraies tondeuses. Le lot de moutons se loue 400 à 700 euros pour le mois. Une pierre à sel accrochée à un arbre, une bassine d’eau à remplir de temps en temps, et au travail. Les voisins viennent en famille les regarder brouter.
Affectueux. Au départ, le mouton de Soay est plutôt farouche, «ce qui le protège au moment de l’Aïd», glisse Christophe Darpheuil. Puis il s’habitue vite. Fanette vient déjà lécher les mains des voisins. Une viticultrice du Beaujolais, qui les a eus cet hiver pour entretenir ses vignes, raconte qu’ils deviennent vite affectueux. «De vrais pots de colle», dit-elle, enchantée du résultat. Elle envisage d’en prendre à l’année. Une idée qui traîne aussi dans la tête de Claude Jacquignon. «On clôturerait tout le bois et on leur construirait une cabane», dit-elle. Naturama est prête à céder des bêtes. Elle veut seulement diffuser l’idée. Confier ses moutons aux collectivités (ils entretiendront bientôt les douves d’un vieux fort puis les Balmes - coteaux du Rhône - de Lyon), les louer aux viticulteurs, aux particuliers, en céder. Et créer peut-être bientôt un poste de berger en pleine ville.
Olivier BERTRAND




" Le lot de moutons se loue 400 à 700 euros pour le mois". Si ma lecture est exacte, ce sont 4 moutons et 2 petits. Eh bien, vu le prix d'achat d'un mouton, les propriétaires des moutons ont trouvé le bon filon. Sinon, j'ai pour mon cas personnel essayé l'entretien d'un très grand terrain avec ces animaux : le résultat n'est pas très bon. D'abord les moutons ne mangent pas tout, et ce qu'ils évitent (par exemple les orties) prend vite le dessus sur le terrain, ensuite ils défoncent le sol qui devient rapidement bien moche, et pour finir, le mouton c'est vraiment un animal très bête, et à courir tête baissée dans un terrain fermé, ça peut être dangereux pour les petits enfants qui s'y retrouveraient. Je me suis débarrassé des moutons au bout de 2 ans et j'ai repris l'huile de coude.
PS : Les biquettes sont nettement plus sympa et bien plus intelligentes, mais il faut penser à protéger les arbres et les haies avec elles.
Rédigé par : Bêêêêééééé...... | 07/05/2010 à 10:38
Petite précision :
ENS : École NORMALE Supérieure.
Les écoles nationales supérieures sont les écoles d'ingénieurs que ce soit techniques (ENSIs) ou agronomiques (ENSAs). Les ENS (Paris, Cachan et Lyon : anciennement Fontenay-St Cloud, forment des chercheurs et des enseignants (du supérieur et des agrégés).
Rédigé par : Blop | 07/05/2010 à 10:59