12/07/2010

Le casse-tête du relogement de la Friche RVI

CULTURE - Le 7 juin dernier, la Ville de Lyon a annoncé aux résidents de la friche RVI qu’ils devaient avoir quitté les lieux au 31 juillet (lire). Depuis, d’intenses discussions sont engagées pour le relogement des artistes et de leur matériel sur d’autres sites, principalement l’ancienne usine Lépine, toute proche (Lyon 3e). Mais le calendrier est serré et les solutions pour l’heure insuffisantes. Comment en effet reloger en si peu de temps plus de 400 artistes, déployés sur près de 25 000 m2, comme l’estiment les frichards ? La mairie a du mal à résoudre ce casse-tête. Inquiets «mais pas déprimés», les artistes demandent une meilleure prise en compte de l’originalité de l’expérience artistique et sociale, alternative et non marchande, qu’ils développent dans cette friche en toute liberté…

C’est une ville de récup’ et de système D, jonchée de décors de théâtre, de studios d’enregistrement, d’œuvres plastiques de grand format et cernée de tags, dans la très institutionnelle et proprette ville de Lyon. Depuis un mois, ce village d’Astérix peuplé d’artistes plus ou moins alternatifs et de squatteurs hésite à résister à « l’envahisseur », en l'occurrence son hôte  la Ville de Lyon. 

Les résidents de la Friche RVI savaient depuis leur installation qu’ils devraient quitter les lieux. En 2003, ils ont signé une convention d’occupation temporaire, jusqu’à ce qu’un projet d’aménagement urbain ne les chasse. Cette portion de ville doit devenir un campus de l’alternance, avec écoles de formation, logements étudiant, jardin public et stade. Les travaux vont bientôt commencer, les artistes doivent plier bagage.

Depuis deux ans, la Ville, qui avait pris l’engagement de leur proposer d'autres espaces, leur avait demandé de présenter des projets de relocalisation. Puis «plus rien» selon les frichards, jusqu’au 7 juin dernier. La veille, les artistes sont informés de la tenue d’une conférence de presse pour annoncer leur départ au 31 juillet. «On a vécu deux années d’attente pour vivre subitement un temps d’accélération. On a un sentiment d’injustice profond, de déni et de mépris de nos réalités» estime Omar Toujid, comédien. 

«On aurait voulu que ça se passe en dialogue avec la mairie» poursuit Maud Fantini, mécano métallière, qui regrette que la discussion s’ouvre dans l’urgence, quelques semaines avant la date fatidique. «Concrètement, poursuit-elle, avec 400 personnes et tout leur matériel, c’est évidemment impossible d’être partis au 31 juillet.»

Parce qu’elle repose sur un principe de récupération, la friche RVI abrite des tonnes de matériels en tous genres qui servent à créer des décors de spectacle, à constituer des espaces de travail, mais aussi des lieux de vie. Certains se sont ainsi construit de véritables appart’ sur le site de la friche, voire un coquet chalet avec rideaux aux fenêtres. Les frichards revendiquent cette «activité de reconstruction et de remodelage d’un environnement hostile en lieu de vie » comme « acte artistique et politique». La promiscuité sur le site d’une grande diversité d’artistes, confirmés ou débutants, a favorisé le développement de formes pluridisciplinaires ou émergentes, (dans le champ des cultures numériques par exemple). 

Depuis près de 8 ans, la Friche fonctionne sur le mode de la gestion collective (et des joies éreintantes de la démocratie directe) et de la liberté : en gros, vient qui veut pourvu qu’il souscrive à l’idéal d’une gestion collective et d’une économie solidaire. «Cette université de rencontres et de savoirs a développé des choses en terme d’expérience humaine et artistique, de laboratoire social, qui ne sont pas quantifiables avec les indicateurs comptables de la ville» estime Omar Toujid. 

Même la question basique : « combien sont-ils ? » pose problème. Les frichards s’estiment 450, la Ville évoque 150 personnes - en fait celles qui lui ont présenté un projet de relocalisation. «Mais tout le monde ne s’inscrit pas dans une démarche de projet, ce concept de marketing ou de management qu’on veut nous imposer ; on peut très bien vivre et créer sans projet !» s’exclame un frichard. 

L'Ile-de-France a connu des lieux assez pérennes fonctionnant sur ce modèle. Au CAES (Centre artistique d'expérimentation sociale) de Ris-Orangis (Essonne) par exemple. A Lyon, cet espace de liberté «qui se vit sans contrôle (...) avec une volonté d’autonomie et d’autodétermination» est unique. «On a bien conscience que la friche était éphémère. Ce qu’on veut défendre, c’est l’expérience de la friche et non ses murs. On est attachés à la poursuivre» explique Maud Fantini. Oui mais comment poursuivre une expérience qui tient, en grande partie, au gigantisme des lieux qui l’abritaient ? «Il nous faut de l’espace» confirment les frichards, pour qui la solution de relogement idéale tiendrait dans «3, 4 ou 5 lieux permettant d’abriter chacun plusieurs collectifs»

Pour l’heure, la Ville de Lyon n’a proposé qu’un lieu de repli : l’ancienne usine rue Lamartine, à deux pas de la friche RVI. Un espace de 3 500 m2 répartis sur trois niveaux. Poète et plasticien, Pierre Gonzalès juge le lieu «intéressant mais trop petit, et inadapté pour un certain nombre d’activités». «On nous demande de rentrer dans un cadre très très restreint qui ne prend pas en compte nos pratiques. Ce n’est pas soutenable» ajoute Omar Toujid. «Même si quelques uns vont rue Lamartine, il resterait tous les autres. Comment les sélectionner ? Qui a légitimité à y aller ? La situation est très délicate, même humainement parlant» poursuit Maud Fantini. 

La situation est très délicate pour la Ville de Lyon aussi… Après avoir obtenu l’usine Lépine pour les frichards (la Ville en deviendra propriétaire début septembre et prendra en charge les travaux de remise aux normes) l’adjoint à la Culture Georges Képénékian a eu la désagréable surprise de découvrir un tag «tête de mort» sur le mur mitoyen du bâtiment. Rien de tel pour pimenter la première réunion de concertation avec les riverains – qui se sont illico constitués en association. 

Parallèlement, «d’autres lieux sont activement recherchés par la Ville pour accueillir du stockage et d’autres artistes qui souhaitent s’installer hors de Lyon», notamment à Tarare. La ville de Lyon a donc entamé une intense série de réunions. Avec les collectifs de la friche RVI «pour l’attribution des espaces dans le bâtiment Lamartine». Avec les riverains «pour écouter leurs interrogations sur cette relocalisation». Avec d’autres communes susceptibles d’accueillir des artistes sur leur territoire. Mais tout cela ne se fera pas en 15 jours. Georges Képénékian parle désormais d’une relocalisation progressive des artistes de la friche RVI dans le courant du mois de septembre, après un été qui s’annonce tendu. 

Anne-Caroline Jambaud

Dernier événement à la friche RVI ? Le festival Sortie d'usine 2, expos, performances, spectacles, repas partagés, projections, ateliers, etc. Du 15 au 18 juillet de 14h à 23h, prix libre. 84 avenue Lacassagne, Lyon 3e. http://friche-rvi.org

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00e54eeea00788340133f23738e5970b

Voici les sites qui parlent de Le casse-tête du relogement de la Friche RVI :

Commentaires

Autogéré mais c'est au contribuable de financer leur lieu d'installation. J'imagine également plusieurs fonctionnaires à temps plein payés à faire des démarches auprès des villes avoisinantes...

Ils peuvent pas se débrouiller seuls réellement en finançant eux même leurs installations ?

Soutenir la friche RVI, sur le web c'est fastoche:

http://www.petitionduweb.com/ Soutien___224__la_Friche_RVI_ de_Lyon-7356.html
http://www.facebook.com/ neRizPG#!/group.php?gid= 131021200251064
http://friche-rvi.org

Même les Bling Nuits Sonores connaîtront la même évolution que les occupants de la friche.

Demain, ce petit monde aura l'air malin quand il n'y aura plus aucun lieu alternatif pour faire la fête une semaine par an. Il n'y aura bientôt plus un seul mètre carrés de notre bonne ville de Lyon qui ne soit la propriété d'un promoteur pour un énième projet qui ressemble à celui de l'arrondissement d'à côté.

Tout sera bientôt rutilant façon confluence et tout autant sans âme.

Moralité : Kepenekian-Buna / même combat,
avec un petit écriteau "Sold Out" sur la porte.

En 2003, le sort des artistes et de leur collectif "les diables bleus", la brêche résidant dans la Caserne Saint Jean d'Angely a connu un autre sort à Nice. La ville les a expulsés pour ceux qui n'avaient pas pu être relogés... il serait intéressant que vous vous rapprochiez d'eux pour avancer dans vos demarches,
Une alternative convaincue...

@Bibiloute : il n'y aurait aucun contribuable qui paierait pour leur relocalisation s'ils n'étaient pas relocalisés, justement ...

Et quoi qu'il en soit, je préfère payer pour ça que pour la police municipale ou pour les pubs "ramassez les merdes de vos caniches".

Un choc, il y aurait au moins 450 artistes méconnus à Lyon ! Et ben !

La Ville de Lyon aime les subtilités. Il ne faudrait surtout pas confondre artistes dérangeants et artistes qui dérangent…

A l'occasion de la Biennale d'art contemporain, il est de bon ton d'inviter des artistes dérangeants qui viennent de loin et coûtent bien cher.

Mais quand on a sous la main des artistes qui ne coûtent rien, ils se transforment subitement en artistes qui dérangent !

Allez, on l'a compris, ce qui intéresse la Ville, c'est le fric qu'elle espère se faire en vendant une fois de plus des terrains municipaux à des promoteurs privés. Et après, le maire nous redira qu'il veut faire de Lyon une ville aussi créative que Barcelone, Berlin, etc. Il y a bien longtemps que plus personne ne croit le discours municipal.

Le mieux, pour se faire une idée, reste d'aller sur place pendant les quatre jours de festival du 15 au 18 juillet. C'est à prix libre et pourtant non subventionné. Le programme ici :
http://www.friche-rvi.org/V3/index.php?id=52

Pas sympa à la friche.
J'y suis allé et ça représente exactement la pensée faussement alternative qui se dit de gauche. Je me suis fait refouler sous prétexte qu'il faut connaitre quelqu'un pour rentrer. C'est encore plus élitiste et sectaire que l'ENA ou quoi???

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce blog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Si vous avez déjà un compte TypePad ou TypeKey, merci de vous identifier.



Partenariat

Liens

Alertes Messenger

Sur Liberation.fr