01/09/2010

Reportage dans l'hyper réinventé façon Carrefour

SECarrouf Photo : Sébastien EROME

CONSOMMATION - D’ordinaire, c’est le sale moment de la rentrée lorsqu'il faut en arrivant de vacances remplir le frigo, récupérer les fournitures scolaires pour les petits. Heureusement, cette année, pour innover dans la corvée, Carrefour a décidé de «réinventer» l’hypermarché. Il en a même déjà transformé deux, tous les deux aux portes de Lyon, avant de généraliser la mue à l’ensemble de ses magasins. Direction Ecully, pour tenter de se dépayser tout en faisant les courses, repartir en voyage vers des linéaires inconnus. Pour mener l’exploration calmement, on commence par laisser la petite dernière à la garderie qui attend désormais les enfants à l’entrée, afin que les parents fassent les courses tranquilles, ne les abrègent pas pour échapper aux cris de leur progéniture. Gratuite pour l’instant, elle coûtera 5 euros à partir du 1er octobre, pour deux heures de dessin et de jeux de société. Pour l'instant, il suffit de prendre une carte de fidélité du magasin, et de laisser un numéro de portable - qui viendra nourrir le fichier clientèle de Carrefour...

«Scannettes». A l’entrée, une armée de jeunes gens explique les transformations. Carrefour a voulu casser l’espace, les allées centrales et les linéaires interminables à angles droits. Désormais, le magasin est organisé en pôles de formes différentes, repérables aux grosses lettres lumineuses suspendues : «le marché», «le bio», «les surgelés» La lumière semble plus douce, les allées plus larges. Les clients se baladent avec des «scannettes» à passer sur les produits avant de les mettre dans le chariot pour que l’addition s’affiche au fur et à mesure sur un petit écran. Dans les rayons, des spécialistes offrent des conseils. Une «puéricultrice experte en bébé», des nutritionnistes… A partir de quel âge donner de la viande ? Quel lait lorsque bébé a les fesses rouges ? Carrefour veut casser l’image de l’entrepôt fourre-tout où le client se perd et compte se rapprocher des magasins moins impersonnels, du type BHV, Galeries Lafayette…

Le rayon multimédia est aménagé en petits kiosques, avec de nombreux vendeurs, une table où des PC permettront bientôt de télécharger sur disques ou clés USB des logiciels, de la musique et des films. Apple est très en vue avec un coin disposé comme une boutique. Carrefour s’ouvre à des partenaires, proposant des magasins dans le magasin. Il a ainsi confié son rayon culture de Vénissieux à Virgin, et son rayon beauté d’Ecully, très vaste, accueille des franchisés. Les produits ne sont plus sous blister, les clientes peuvent ouvrir, comparer - il faut en revanche payer sur place, pour éviter les vols. «Avec la crise, explique Nadia, esthéticienne recrutée le temps du lancement, des clientes viennent en hyper alors qu’elles achetaient jusque-là des crèmes à 90 euros dans des parfumeries. Elles se rabattent sur les crèmes de grandes surfaces, mais veulent les mêmes conseils qu’en institut.» L’Oréal a prêté une sorte de miroir virtuel qui vous prend en photo et permet de tester les produits choisis. Il suffit de les scanner pour voir se colorer paupières, lèvres et joues. Un peu de rouge passion hydratant pour la bouche ? Un fard à paupière brun, un peu de mascara… Avec un cobaye de sexe masculin, le test régale le pôle beauté.

Massage. Dans le même espace, des coiffeuses proposent brushing et coupes sur cheveux secs pour 10 euros, et deux larges fauteuils de massage. Une fois allongé, on chausse des lunettes qui envoient des «stimulations lumineuses» sur les paupières, et un casque dans lequel une voix susurre des conseils, sur fond de musique planante - synthétiseur et flûte de pan. L’appareil étant allemand, la petite voix a l’accent germanique. «Maintenant, dit-elle, je vais te tutoyer.» D’accord. Ses messages permettent, selon le programme, de bien démarrer sa journée («tu es aimé»,«aie confiance en toi»,«tu es quelqu’un de bien») mieux, de «réussir sa vie» ou… «vendre avec succès». On n’a pas essayé le massage de quarante minutes, qui promet une «suggestion profonde». Ce sera pour une autre fois.

Direction «le marché», pôle dans lequel le client trouve de nombreux produits de la région, un fumoir à saumon, une cave à fromages (industriels), une autre à jambons (industriels aussi). Beaucoup de dégustations, des cours de cuisine, des écrans tactiles proposant des recettes (aujourd’hui la noix de veau à la savoyarde) dont les ingrédients sont envoyés par SMS. Ainsi, Carrefour récupère-t-il les coordonnées de ceux qui avaient échappé à la garderie. De la même façon, le client peut recevoir par mail les coordonnées et conseils de service de la bouteille de vin qu’il a choisie. Une borne déguisée en Playmobil et baptisée «Max le sommelier» aide en effet à se repérer parmi les centaines de crus. Il suffit de lui indiquer ce que l’on va manger (assez vaguement on opte pour bœuf, porc, volailles), de choisir entre rouge, blanc et rosé, puis d’indiquer une fourchette de prix. En scannant une bouteille, on peut aussi recevoir conseils et accords possibles. On apprend ainsi que le rosé à 1,75 euro ne sert pas seulement à brûler l’estomac. Il peut aussi accompagner les grillades. Le rayon bio, où une diététicienne conseille quatre jours par semaine, est nettement plus convaincant. Le nombre de références impressionne et le client peut venir se servir avec ses propres emballages, comme dans les épiceries bio.

Mais il est temps d’écourter la visite. Un texto de la garderie nous rappelle qu’il faut récupérer la petite dans un quart d’heure. Le temps de passer en caisse. Théoriquement, il suffit de donner sa scannette mais comme la carte de fidélité est du jour, l’appareil, méfiant, demande une «relecture». Une vendeuse vient recompter tout le chariot. Cela n’en finit pas. Elle soupire, fatiguée. Carrefour «réinvente» l’hyper, mais ses syndicats relèvent que les effectifs plongent. Les clients sont épargnés, moins stressés. Pas les salariés.

Olivier BERTRAND (avec Sarah-Lou BERTRAND, envoyée spéciale à la garderie)

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Voici les sites qui parlent de Reportage dans l'hyper réinventé façon Carrefour :

Commentaires

Les clients sont moins stressés ? La bonne blague, le stress ne voit le jour que lorsque l'on mesure l'inflation du chariot d'un mois sur l'autre - Les cernes des caissières valent bien les nôtres.

Et quelle est l'appréciation de l'envoyée spéciale à la garderie ?

La merde même ordonnancer autrement reste de la merde

Mais voilà un formidable publi-reportage !
Même si M. Bertrand parvient à y insuffler un peu d'ironie, ça manque d'infos.

Un gigantesque coup de pub pour Carrefour en guise de reportage de rentrée ! C'est vrai que l'enseigne, après l'épisode des vigiles, en avait bien besoin : http://www.libelyon.fr/info/2010/01/au-début-michaël-blaise-pousse-des-cris-puis-il-ne-dit-plus-rien.html

Vous auriez pu profiter de ce nouvel aménagement pour faire une enquête sur ce qui nous intéresse vraiment et qui n'est évoqué qu'à la dernière ligne : "les syndicats relèvent que les effectifs plongent. Les clients sont épargnés, moins stressés. Pas les salariés."

Le vrai sujet journalistique commence là. Le reste, c'est de la pub déguisée, avec quelques piques de ci de là pour faire bonne mesure.

@ CQFD : La chute n'était pas le sujet. Pour le reste, le papier n'est pas une publicité (commandée et payée par un annonceur). Il s'agit d'un reportage, qui décrit simplement, bien ou mal, ce que l'on trouve dans ce magasin, sans chercher à faire "bonne mesure". Bonne journée à vous. Ol.B.

C'est bien ça le pire, le sujet n'est ni commandé, ni payé ! C'est une pub qui ne dit pas son nom. Carrefour a besoin de se refaire une image et vous y participez, ce qui peut étonner les lecteurs.

@ cqfd : Difficile de vous expliquer des choses visiblement. La pub, c'est commandé et payé au journal. Là, il s'agit d'un choix rédactionnel, même si vous en auriez fait un autre. Peu nous importe que Carrefour cherche à se refaire une image (nous continuera par ailleurs de travailler les sujets sociaux comme les faits divers concernant l'enseigne). Notre objectif est cette fois d'aller voir si le nouveau concept revendiqué réinvente effectivement quelque chose dans la façon de consommer dans les hypers. Ensuite, le lecteur n'est pas un crétin. Il lit, traduit, se fait un avis. Ce que la pub lui permet rarement.

J'étais ce matin dans le Carrefour d'Ecully,

mon attente pour payer à une caisse traditionnelle (avec une caissière) fut plus long que le temps passé à faire mes courses.

Je n'ai pas apprécié

" Peu nous importe que Carrefour cherche à se refaire une image" dites vous ? Je confirme, ça n'a pas l'air de trop vous gêner. D'autant que vous avez visiblement pris une carte de fidélité. La carte de presse vous allait mieux.

Mais peu vous importe de décevoir vos lecteurs, semble-t-il. En guise d'article de rentrée, vous auriez pu nous pondre quelque chose de plus percutant qu'une balade dans un hypermarché qui veut se refaire une virginité. Je trouve ça très décevant et je vous le dis. Vous pouvez ne pas en tenir compte.

Comme vous dites, le lecteur n'est pas un crétin. J'irai désormais voir ailleurs. J'avais l'habitude de corriger vos nombreuses fautes d'orthographe en off sous un autre pseudo. Terminé. Dommage, il y en a une énorme dans le premier paragraphe…

@ cqfd : Je ne sais pas si vous avez passé de sales vacances, mais quel retour hargneux ! Quand je vous réponds qu'il ne nous importe pas que Carrefour cherche à se refaire une image, c'est dans le choix du sujet. Sans être dupe, on peut choisir de faire un sujet, de décrire. Quand aux fautes... je regretterai moins votre inélégance finale que l'humour dont vous faisiez souvent preuve. Bonne ballade. Ol.B.

@cqfd : La faute du premier paragraphe étant corrigée, vous pouvez aller prendre l'apéro au soleil en toute sérénité. Même si, comme vous, je n'ai pas de goût immodéré pour l'enseigne, l'idée qu'un reportage nous ouvre les yeux sur les tentatives marketing destinées à faire de nous de bienheureux consommateurs n'est pas non plus une hérésie. Si ?

C'est bien ce que je disais même en publi-rédactionnel par omission ça reste de la merde!

Curieuse coïncidence ma boite au lettre vient de se faire spamer de 2 ou 3 dépliants carrefours nouveau concept ... en long, large travers... et pour le coup Libé m'apparaît plus fiable ;-)

« Les clients sont épargnés, moins stressés. Pas les salariés. »

Ah !

Carrouf essaie que les courses ne soient plus vécus comme une punition, mouaif... de toute façon au bout de deux heures on sent plus rien et le frigal est toujours pas rempli. Vaincu par Ko. Avant au moins on était efficace : pâtes là, beurre là, côtes de porc ici, zou on se casse. Maintenant obligé de sillonner leur fichu hangar en long en large et en travers... une horreur.

Sinon la caissière hier soir avait l'air certes très sympathique, mais très fatiguée aussi. Qui a parlé de stress ?

Hyper bof quoi. C'était déjà pas jobard avant d'aller dans ces temples de la consommation, là c'est encore plusse pire que tout. Et toujours pas de magasin de quartier. Banque, agence, banque, pizzéria, banque, fleuriste... commode pour bouffer.

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