07/01/2011

La Friche RVI vit ses derniers jours

CULTURE - Postés à l’entrée de la Friche RVI, une quinzaine de policiers municipaux filtrent les entrées tandis que d’autres patrouillent dans les travées de cet espace de plus de 25 000 m2 jonché de matériaux de récup’, de sculptures, tableaux, yourtes aménagées et autres bus bariolés. Plusieurs heures par jour, les artistes qui travaillaient dans cette friche dédiée à la culture alternative ont la possibilité, en montrant patte blanche, de venir récupérer leurs affaires. Des dizaines de personnes s’activent avec fébrilité. Il faut faire vite. Au 15 janvier, le site sera fermé. Ainsi s’achèvera une aventure culturelle alternative d'une ampleur exceptionnelle.

Tout s’est précipité avec l’incendie, fin décembre, d’une portion de 2 000 m2 de la friche. Alors que les artistes avaient obtenu du Tribunal administratif de Lyon un sursis de six mois pour quitter leur lieu de travail – qui est aussi un lieu de vie pour certains – le maire de Lyon a signé au lendemain du sinistre un arrêté municipal ordonnant la fermeture totale et anticipée du site pour raisons de sécurité. Les artistes sont écœurés. Il se murmure partout que cet incendie, dont la cause n’a pas été identifiée, tombe décidément à point nommé. Et à aucun moment ils estiment avoir été traités comme des sinistrés. « Derrière les pompiers, il y avait une colonne de CRS » rapporte un frichard particulièrement furibard. « Nous sommes les victimes de cet incendie, mais personne ne s’est soucié de notre devenir » poursuit un autre.

Les frichards - qui furent jusqu'à 400 sur le site - savaient bien qu’ils devraient quitter ce lieu exceptionnel. Et cela, dès la signature de la convention avec la Ville de Lyon, en 2003, qui leur a permis de passer du squat à l’occupation temporaire. Ils ne contestent pas leur départ mais les circonstances de celui-ci. Ils regrettent l’« incompétence » des services et élus de la Ville, qui s’étaient engagés à les relocaliser mais n’ont proposé, tardivement, qu’une friche de 3 500 m2 rue Lamartine (lire).

Certes, le bâtiment est mis gracieusement à disposition des artistes, et ce n’est pas rien. Mais plus exigu, abritant des volumes plus contraints, il est en étage – or le monte-charge est en panne - et ne dispose pas de parkings. Pour beaucoup, notamment les plasticiens, cela pose un problème de stockage et d’acheminement des œuvres et matériaux. « C’est au mieux un endroit pour se retourner, mais pas plus » confie l’un d’eux. Les conditions d’accès, heures d’ouvertures et règlements sont aussi bien plus rigides. « Comme si cette ville ne pouvait plus assumer qu’une alternative culturelle puisse s’y mouvoir librement » estime un frichard.

« C’est petit ! » résume un artiste qui déplore la frilosité et le manque de reconnaissance de la Ville pour leur travail.  « Plus que du mépris, c’est à tout le moins une méconnaissance de ce s’est fait ici : créer, rassembler les gens, essayer de transformer la société » poursuit-il.

Beaucoup d’artistes sont dépités. Une quarantaine, sans solution de repli, s’obstinent à squatter le parking devant la Friche, bravant le froid et le vent. Ils avaient proposé le maintien d’une activité artistique sur une portion du site voué à devenir un campus de l’alternance avec écoles de formation, logements, jardin et stade. Ils continuent à défendre l’idée d’une friche culturelle libertaire et se désolent que leurs camarades aient capitulé si facilement pour le bâtiment Lamartine. « Ils ont accepté de jouer les sardines dans un truc pas viable » juge l’un d’eux.

Mais à l’exception de cette frange d’irréductibles, les autres frichards sont plutôt beaux joueurs. Ils évacuent leurs affaires dans le calme et commencent à fraternises avec les policiers municipaux qui, eux, découvrent avec étonnement les impressionnants tags et le bric-à-brac bordélique et créatif qui envahit l’ancienne usine Berliet. L’amertume fait déjà place à la nostalgie.

« Ce lieu nous a permis de grandir, de créer plusieurs spectacles, de tisser des liens avec d’autres artistes » reconnaît un musicien, Louis Cahu, qui a construit à la friche RVI une petite cabane facile à chauffer qui sert de bureau, une yourte en guise de salle de répétition et deux plateaux de 100 et 40 m2. « C’est dommage que ça finisse de façon aussi trash, mais on a quand même eu une chance incroyable d’avoir pu disposer de ce lieu » estime Enzo Graftieaux, directeur d’Art Gens.

Installée à la Friche RVI depuis 2003, l’association a développé une action de sensibilisation par l’art à la problématique des déchets qui emploie aujourd’hui 6 personnes et propose les services d’une cinquantaine d’artistes. Au fil des années, Art Gens a constitué une « déchethèque » de 300 m3 matériaux de récup à destination des projets artistiques, des écoles ou des particuliers.

« En terme de logistique, c’est une montagne à déplacer » estime Enzo Graftieaux qui a prévu de lancer un appel à tous les bénévoles de l’association pour charger le semi-remorque la semaine prochaine. Direction Villeurbanne ou Art Gens va investir un bâtiment à loyer modéré de 600 m2 que l’association est en train de négocier à un privé. In extremis. D’autres seraient encore en recherche de solution, comme l’Atelier de réparation de vélos Le Chat perché.

Anne-Caroline JAMBAUD

 

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Voici les sites qui parlent de La Friche RVI vit ses derniers jours :

Commentaires

Vous avez oublié de préciser que l'incendie était presque éteint, grâce à l'intervention des artistes, quand les pompiers sont arrivés. Et là, c'est devenu du grand n'importe-quoi:
Camion citerne en panne, une heure pour choisir la borne sur laquelle se raccorder, des pompiers qui s'engueulaient entre-eux. Pendant ce temps, le feu a repris de plus belle, et quand ils ont réussi à faire fonctionner 2 lances, qui auraient été bien suffisantes au début, il en aurait fallu, une heure plus tard, une dizaine. Les renforts ont été appelés plus de 2 heures après. J'aimerai connaitre les raisons de ce massacre.
Sinon, qui emploie les pompiers ?

Une élections approchent qui concerne le quartier, les artistes ne votent pas ou alors toujours à gauche... Certains élus sont des artistes à leur manière...

@ témoin,

C'est le Conseil Général, qui emploie les sapeur-pompiers, pas la Mairie de Lyon.

L'art pompier c'est la fin de tout!

quelques irréductibles dites-vous? A opposer semble-t-il à ceux qui "fraternisent" (sic!) avec les policiers municipaux. Misère... Où se trouvent en ce moment même la solidarité et l'autogestion autre qu'en parole, quelques bons mots? Paroles lointaines suintant régulièrement le ressentiment?

Sur le parking n'en doutez-pas!

Heu...bon%... reso kingpark !!!!! eh...heu... alors.......; bon bah ... on est encore là et on vous emmerde grave !!! et puis bah... on est au chaud koi... on vous attends tous aussi .... la motivation des acharnés n'est pas encore détruite. Elle ne fait que naître. Comme un nouveau-né sur la découverte, l'humain se construit tous les jours.

De la réactivité de certains .... et du bien pensant des autres.

Collaborer et fraterniser sont des mots à ne pas mélanger pour moi, tout comme activité propriétaire et collective...

Des avis d'expulsion du parking aujourd'hui, de la dictature en place... et de la Réflexionaire

Conseiller général du canton de Thizy depuis 1978, Michel MERCIER préside le Conseil général du Rhône depuis le 2 février 1990.

UDF Modem

Fonctions (les principales parmi d'autres)

* Au niveau national :

- Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Libertés depuis le 14 novembre 2010
- Ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire du 23 juin 2009 au 14 novembre 2010

* Au niveau local :

- Président de l'OPAC du Rhône
- Président du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) du Rhône

A droite le karcher, au centre-gauche le lance-flamme.
Dernière information: 2 permis de démolir ont été affichés sur la friche RVI, accordés à la SEPR et aux compagnons par le maire de Lyon. Le seul problème, c'est qu'ils sont datés du 17 décembre, soit 2 jours avant l'incendie. Alors que la justice, rendue au nom du peuple français, avait donné 6 mois de délais au Collectif Friche Autogéré RVI et que l'appel du Grand Lyon ne devait être jugé que le 26 janvier. Avec aucune assurance pour le Grand Lyon de le gagner.
Mais, comme on dit en Corse, faute de combattants, il n'y a plus de combat.
Gouverner c'est prévoir, donc anticiper. Mais là l'anticipation est un peu grosse, et stupide. Les services municipaux sont vraiment incompétents de ne pas avoir daté ces permis du 21 ou 22, soit APRES l'incendie.
Il ne reste plus que la cour européenne de justice pour y voir clair, le garde des sceaux étant le président du conseil général du Rhône et le président des pompiers du Rhône. Et travaille main dans la main avec Collomb depuis tellement longtemps.
Logés à la même "enseigne".

Comment se fait-il que la fermeture d'un des plus grand centre d'art alternatif d'Europe ferme ses portes suite à un drôle d'incendie et qu'aucun des médias nationaux ne relaient l'information. Peut-être que ça intéresse personne, ou trop de monde, plus justement. Tous ces va-nu-pieds assis sur des millions d'euros, et les campagnes électorales qui arrivent !!
Saint LOPPSI 2, sauve-nous de ces saltimbanques de tous poils !!

Cet incendie est vraiment tombé à point !
Mais pas pour les artistes.

Où en est l'enquête ?...

Un bon artiste est un artiste mort.

Et une friche artistique, une réserve d'indiens.

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