La Sucrière, le pari d'un lieu "culturel" 100% privé
NOUVEAU LIEU - C’est le lieu le plus emblématique de la Confluence, le nouveau quartier de Lyon en bordure de Saône. Doté de deux grands silos, le bâtiment industriel de la Sucrière est le principal vestige de l’histoire portuaire de ces Docks, datant des années 30. Hier, les propriétaires du site, Voies Navigables de France et désormais, pour 50%, GL Events qui en assurera également l’exploitation, ont présenté les derniers travaux d’aménagement du bâtiment. Après la prochaine Biennale d’art contemporain, en septembre prochain, la Sucrière pourra accueillir dès la mi-janvier 2012 des événements, salons et conventions, spectacles et expositions, ainsi qu’un club-lounge sur les toits et des bureaux. Tous l’assurent : le lieu gardera sa vocation culturelle. Mais l’équation économique, 100% privée, le permettra-t-il réellement ?
En confiant l’exploitation de la Sucrière à GL Events qui acquiert par ailleurs 50% de la SCI, Société Civile Immobilière, propriétaire des lieux, Rhône Saône Développement a fait le choix de « la plus grande solidité financière » explique son directeur Jean-Paul Viossat. « Nous avons appliqué la même logique que sur l’ensemble des bâtiments des Docks, celle d’un investisseur privé occupant le lieu » poursuit-il.
Pourtant, d’autres pistes ont été explorées. Il est en effet encore assez rare qu’un lieu à vocation culturelle appartienne à 100% au privé. Plusieurs acteurs culturels de la ville – dont Vincent Carry, directeur des Nuits sonores ou Thierry Téodori, directeur de la Halle Tony Garnier - ont donc planché sur un projet d’exploitation du lieu. Avec le souci de trouver un équilibre financier à moyen terme, et la volonté d’affirmer de vrais parti-pris culturels à l’image de ce club intergénérationnel qui devait enfin décloisonner et revifier les nuits lyonnaises. Un programme était également dédié aux arts numériques ; il a été opportunément en partie repris par la Gaîté Lyrique à Paris.
« Pendant trois ans on a imaginé beaucoup de formules » raconte l’adjoint à la Culture de Lyon Georges Képénékian qui rappelle le niveau d’investissement nécessaire pour aménager le lieu : 20 M€. La ville, qui accorde déjà près de 20% de son budget à la Culture, a donc achoppé sur cette somme, sans compter la nécessité d’accorder, au moins les premières années, un budget de fonctionnement au lieu.
In fine, c’est bien la stratégie du maire qui a prévalu : inciter le privé à investir dans des projets intéressant la collectivité publique. "Quand le privé accompagne avec force la volonté politique, tout le territoire est gagnant" résume Roland Bernard, vice-président au Grand Lyon. La chose a été plutôt facile à la Sucrière : ce lieu privé appartient à la société Rhône Saône Développement qui a toujours affiché une attention marquée pour la culture. Dès 2003, le propriétaire a procédé à une première série de travaux pour accueillir la Biennale d’art contemporain de Lyon.
« Mais attention, le lieu devra trouver un équilibre entre activités commerciales et culturelles » prévient l’adjoint à la Culture qui, sans être partie prenante du projet, estime que « le pari, qui repose sur la confiance des partenaires, est que la Sucrière réponde à la ligne éditoriale des acteurs culturels de la ville ». Rien de moins !
« Le challenge de l’opération, c’est l’équation économique, car le lieu a une vocation culturelle, et comme chacun le sait, la culture n’est pas le domaine le plus rémunérateur » » reconnaît le directeur général de GL Events. « L’équation économique passe par la mixité des fonctions : culture, mais aussi événements, bureaux (3000 m2) et clubbing (600 m2 sur les toits) » explique Jean-Paul Viossat.
Pour les activités événementielles, « le site sera un complément très important dans l’offre lyonnaise de produits événementiels » poursuit le directeur général de GL Events : « un congrès ou un très grand salon peuvent se tenir à Eurexpo et leur dîner de gala ici. Beaucoup d’événements corporate et des salons de niche peuvent avoir également lieu ici. » Mais on n’en saura pas plus sur la programmation du lieu, qui démarre pourtant dans six mois, quand les événements s’anticipent souvent un à deux ans à l’avance.
Olivier Ginon, le patron de GL Events, a confié à Patricia Houg le soin de développer la Sucrière. « L’objectif est de faire en sorte que la Sucrière soit le plus possible tournée vers la culture, et qu’elle n’accueille pas de manifestations de développement trop commercial » précise-t-il. Il rappelle également que l’occupation de la Sucrière, six mois tous les deux ans, par la Biennale d’art contemporain de Lyon donne, de fait, « une connotation culturelle très forte au lieu ». « Les Nuits sonores ont également vocation à venir ici, de même que des organisations muséographiques ou Docks art fair, qui aura lieu désormais tous les ans » annonce Olivier Ginon.
Le promoteur, Icade, qui a réalisé les travaux en moins de dix mois, remettra les clés du lieu rénové le 18 juillet. Le nouvel exploitant disposera alors de 10 000 m2 réaménagés autour d’un espace central d’où 5 poteaux ont été enlevés pour dégager un espace de 42 m de long sur 14 m de large et 9 mètres de haut. Objectif : pouvoir installer des gradins ou présenter des œuvres de grande hauteur. Voire, comme le souligne l'architecte, "suspendre une voiture".
Parce que la Sucrière est au cœur d’un ensemble de bâtiments très dessinés (par des architectes stars tels que Rudy Ricciotti ou Jakob + Macfarlane), le cabinet Z architecture a laissé le bâtiment « assez brut, en contraste avec les bâtiments alentours ». « On ne souhaitait pas perdre l’âme portuaire du site. On a donc laissé visibles les stigmates du passé » poursuit l’architecte de la Sucrière qui souhaite qu'on vienne "s'encanailler à la Sucrière".
Elément non négligeable de « l’équation économique », la Sucrière est une adresse prestigieuse "comme la Saatchi Gallery de Londres ou le Circulo de Bellas Artes de Madrid" estime Olivier Ginon. GL Events s'offre donc une belle vitrine, à quelques dizaines de mètres de son futur siège social qui rejoindra aussi la Confluence.
Anne-Caroline JAMBAUD




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