29/06/2012

"A une production industrielle d'exclusion, on oppose un fabrication artisanale de solutions"

SOCIETE - Marc Uhry est le responsable Rhône-Alpes de la Fondation Abbé Pierre. Il fait le point sur le mal logement à Lyon, alors que Cécile Duflot, la ministre du Logement a fixé l'arrêt définitif du dispositif d'hébergement d'urgence de la campagne d'hiver au 1er juillet. Et que des personnes risquent donc de se retrouver à la rue dimanche ou lundi même si le préfet du Rhône promet une sortie "en sifflet". Interview.

Pourquoi des familles dorment-elles dehors à Lyon?
Le manque de capacités est important. Le 115 est très contracté. Et les associations ayant mis la pression sur l'Etat pour qu'il respecte ses obligations légales en trouvant des hébergements pour les personnes à la rue, via des référés devant le tribunal administratif, la préfecture loge prioritairement ceux qu'elle est contrainte de loger.
Vous étiez présent, mercredi, à la préfecture pour la signature du Plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées (PDALPD) du Rhône 2012-2015, que faut-il en attendre?
Un premier PDALPD avait été mis en place en 90 pour organiser les acteurs et les politiques de l'habitat à partir des besoins auxquels on arrive pas à répondre. Je pense par exemple aux personnes habitant des logements insalubres ou suroccupés, aux jeunes en formation n'arrivant pas à se loger, aux personnes âgées ne pouvant pas se maintenir à domicile. Sa mission était d'évaluer les besoins insatisfaits et d'organiser des actions et des financements. Cela a été un outil très efficace pendant une dizaine d'années.
Et puis?
C'est tombé en désuétude. L'Etat avait d'autres préoccupations, comme la rénovation des quartiers, le Conseil Général était moins investi. Cela a posé, du coup, d'énormes problèmes de gouvernance locale. Il n'y avait plus de lecture de la situation, de stratégie collective, de construction sur le long terme.
La signature de ce nouveau PDALPD est donc une bonne nouvelle?
Une fois n'est pas coutume, la fondation abbé Pierre est contente. Ce plan dit vers où on doit aller : une production massive de logement social, il dit comment on va s'organiser pour que cette production parte des besoins, garantisse des attributions plus transparentes, plus de mobilité. Il nous redonne un mode d'emploi du fonctionnement collectif sur l'agglomération lyonnaise. C'est une très bonne chose
Mais?
Mais il n'est pas à la bonne échelle. A une production industrielle d'exclusion, on oppose un fabrication artisanale de solutions. On compte à Lyon 130 000 étudiants, 48 000 boursiers et 6000 chambres de Crous. Plus 60 000 demandeurs de logements social. Plus des dizaines de milliers de personnes âgées en perte d'autonomie. Plus toutes les personnes mises à la rue avec les fermetures massives de places dans les hôpitaux psychiatriques. Bref, il faudrait que l'on passe la démultipliée.
Le recours au parc privé est-il envisageable?
A Lyon, les prix ont été très bas pendant longtemps. En 1990, la moitié du parc privé était en dessous du prix HLM, en 2005 il en restait 5%. Les loyers y ont énormément augmenté ainsi qu'à Villeurbanne. Tout l'habitat populaire privé s'est volatilisé, ce qui a désorganisé complètement les HLM. L'enjeu est maintent de faire en sorte ce dérapage ne se poursuive pas. Le Grand Lyon commence à s'y atteler. Pour la première fois, le plan local d'urbanisme et le programme local de l'habitat se préparent conjointement. L'objectif est de lier les politiques foncières et d'urbanisme afin de s'attaquer à la rente. On attend aussi des éléments de fiscalité incitatifs ou coercitifs au niveau du gouvernement ou des collectivités afin de favoriser la production de logements, et faire baisser les prix sans pénaliser l'investissement.
Faut-il raisonner à une échelle plus large que Lyon ou l'agglo pour résoudre les problèmes de logements?
Il faut chercher des solutions à l'échelle de Saint-Etienne, Grenoble, Valence, Chambéry. On pourrait, par exemple, redéployer une partie des étudiants en fac à Saint-Etienne. Cela soulagerait la pression à Lyon en enlevant de la demande, et redynamiserait Saint-Etienne.
Recueilli par Catherine Coroller
Marc Uhry est le responsable de l'agence régionale de la Fondation Abbé Pierre. Il fait le point sur le mal logement à Lyon alors que des parents d'élèves sont mobilisés dans différentes écoles de la ville pour trouver un hébergement à familles à la rue. Et que le préfet et le président du conseil général du Rhône ont signé, mercredi, un nouveau plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées.
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> Pourquoi des familles sont-elles aujourd'hui à la rue à Lyon?
> Le manque de capacités est important. Le 115 est très contracté. Et les associations locales ayant mis la pression sur l'Etat pour qu'il respecte ses obligations légales en trouvant des hébergements pour les personnes à la rue, via des référés devant le tribunal administratif, la préfecture loge prioritairement les personnes qu'elle est contrainte de loger.
> Vous étiez présent, mercredi, à la préfecture pour la signature du Plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées (PDALPD) du Rhône 2012-2015, que faut-il en attendre?
> Un premier PDALPD avait été mis en place en 90 pour organiser les acteurs et les politiques de l'habitat à partir des besoins auxquels on arrive pas à répondre. Je pense par exemple aux personnes habitant des logements insalubres ou suroccupés, aux jeunes en formation n'arrivant pas à se loger, aux personnes âgées ne pouvant pas se maintenir à domicile. Sa mission était d'évaluer les besoins insatisfaits et d'organiser des actions et des financements. Cela a été un outil très efficace pendant une dizaine d'années.
> Et puis?
> C'est tombé en désuétude. L'Etat avait d'autres préoccupations, comme la rénovation des quartiers, le Conseil Général était moins investi. Cela a posé, du coup, d'énormes problèmes de gouvernance locale. Il n'y avait plus de lecture de la situation, de stratégie collective, de construction sur le long terme.
> La signature de ce nouveau PDALPD est donc une bonne nouvelle?
> Une fois n'est pas coutume, la fondation abbé Pierre est contente. Ce plan dit vers où on doit aller : une production massive de logement social, il dit comment on va s'organiser pour que cette production parte des besoins, garantisse des attributions plus transparentes, plus de mobilité. Il nous redonne un mode d'emploi du fonctionnement collectif sur l'agglomération lyonnaise. C'est une très bonne chose
> Mais?
> Mais il n'est pas à la bonne échelle. A une production industrielle d'exclusion, on oppose un fabrication artisanale de solutions. On compte à Lyon 130 000 étudiants, 48 000 boursiers et 6000 chambres de Crous. Plus 60 000 demandeurs de logements social. Plus des dizaines de milliers de personnes âgées en perte d'autonomie. Plus toutes les personnes mises à la rue avec les fermetures massives de places dans les hôpitaux psychiatriques. Bref, il faudrait que l'on franchisse la démultipliée.
> Le recours au parc privé est-il envisageable?
> A Lyon, les prix ont été très bas pendant longtemps. En 1990, la moitié du parc privé était en dessous du prix HLM, en 2005 il en restait 5%. Les loyers ont énormément augmenté à Lyon et Villeurbanne. Tout l'habitat populaire privé s'est volatilisé, ce qui a désorganisé complètement les HLM. L'enjeu est maintent de faire en sorte ce dérapage ne se poursuive pas. Le Grand Lyon commence à s'y atteler. Pour la première fois, le plan local d'urbanisme et le programme local de l'habitat se préparent conjointement. L'objectif est de lier les politiques foncières et d'urbanisme afin de s'attaquer à la rente. On attend aussi des éléments de fiscalité incitatifs ou coercitifs au niveau du gouvernement ou des collectivités afin de favoriser la production de logements, et faire baisser les prix sans pénaliser l'investissement.
> Faut-il raisonner à une échelle plus large que Lyon ou l'agglo pour résoudre les problèmes de logements?
> Il faut chercher des solutions à l'échelle de Saint-Etienne, Grenoble, Valence, Chambéry. On pourrait, par exemple, redéployer une partie des étudiants en fac à Saint-Etienne. Cela soulagerait la pression à Lyon en enlevant de la demande, et redynamiserait Saint-Etienne.
> Recueilli par Catherine Coroller

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