«Camaret était admiré, je n’avais aucun poids»
Justice - Les témoignages se poursuivent au procès de l’ex-entraîneur de tennis, poursuivi à Lyon pour viols et tentatives de viol.
Rumeurs. L’ex-championne est la figure centrale du procès. Si Régis de Camaret comparaît à 70 ans devant les assises pour «viols» et «tentatives de viol», risquant jusqu’à vingt ans de réclusion, c’est à cause d’elle. Jeudi, elle avait raconté les neuf années pendant lesquelles son ancien entraîneur l’aurait violée, à partir de l’âge de 13 ans. En 2005, elle a finalement porté plainte contre lui, ce qui a conduit les enquêteurs vers d’autres joueuses.
Une quinzaine ont saisi la justice. Mais ces faits étaient prescrits dans leur quasi-totalité. Seules Stéphanie Carrouget et Karine Pomares, de dix ans plus jeunes qu’Isabelle Demongeot, ont pu se porter parties civiles.
Considérant, selon ses explications hors audience, que «ça n’est pas parce que les faits sont prescrits qu’ils n’ont pas existé», l’avocate générale, Jacqueline Dufournet, a fait citer comme témoins une vingtaine des victimes présumée pour «éclairer sur la personnalité» de l’accusé.
Sandrine Ucciani est l’une d’elles. «Quand Régis de Camaret vous a violée la première fois, vous aviez 13 ans et demi», rappelle Dominique Brejoux, le président. «Je ne savais rien de la sexualité», affirme-t-elle. Interrogé, Régis Camaret répète : «Je lui ai rien fait.» «Et pourquoi elle viendrait, alors que les faits sont prescrits ?» lui renvoie le magistrat.
Comme la plupart de ses camarades, Sandrine Ucciani n’aurait pas parlé si les gendarmes ne l’avaient pas contactée. «Régis de Camaret était admiré, il avait des résultats. Je n’avais aucun poids», explique-t-elle.
Le monde tennistique bruissait pourtant de rumeurs sur les pratiques sexuelles de Camaret. «Mes entraîneurs s’étonnaient de le voir partager des chambres d’hôtel avec des filles de 15 à 17 ans», signale Jean-Paul Loth, ancien directeur technique national de la Fédération française de tennis (FFT). D’une mère de joueuse, il a également reçu une «lettre qui [lui] signalait des faits compromettants au centre et [lui] demandait de réagir». «Je lui ai répondu que l’affaire nécessitait un retrait immédiat de sa fille du centre, et un dépôt de plainte», rappelle le responsable fédéral. Qui n’est pas allé plus loin.
«Danger». Des parents, aussi, ont été alertés. «Un jour, Carine nous a appelés en disant : "Venez me chercher, sinon je fugue", rappelle François Allègre, son père. Elle nous a dit qu’il couchait avec une certaine Stéphanie.» Il s’agit de Stéphanie Carrouget. A la cour, Carine Allègre explique pourquoi elle n’a «plus voulu rester» : «Je me suis dit que peut-être mon tour viendrait.» Après avoir récupéré sa fille, François Allègre ne s’est pas préoccupé de ses camarades restées au centre. «Vous n’avez pas eu le sentiment que d’autres enfants pouvaient être en danger ?» l’interpelle Dominique Brejoux.
Gérard Moulet, président du tennis-club des Marres, à Saint-Tropez (Var), ne s’est pas inquiété non plus de voir l’entraîneur, un jour, au milieu de jeunes filles sortant de la douche en culotte et seins nus. «Vous ne lui avez pas dit : "Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?"» s’étonne le président.
Entendue hier, l’ex-numéro 1 française Nathalie Tauziat n’a «rien vu, ni entendu». «Je n’ai jamais vu [Régis de Camaret] avoir un geste sexuel envers qui que ce soit», affirme-t-elle. Retraitée du circuit international, elle est aujourd'hui entraîneuse de tennis dans un club des Landes en association «avec monsieur de Camaret». «Nous sommes partenaires», précise-t-elle. «Financiers?», lui fait préciser le président. «Oui», répond-elle.
De Régis de Camaret, elle dit : «Il m’a amenée là où j’ai toujours rêvé d’être». Au très haut niveau. «Je le considère comme mon deuxième père», ajoute-t-elle.
Fin du procès et verdict vendredi.
Catherine Coroller
Lire ici l'article présentant le procès de Régis de Camaret avant qu'il ne débute, et ici le compte rendu de l'audience au cours de laquelle Isabelle Demongeot a témoigné.




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