14/11/2012

Cette semaine, Saint-Priest nous donne une folle envie de lire, la Fête des feuilles s’en donne à cœur joie, le festival À nous de voir ouvre ses portes et Karimouche est en concert.

 Grands frissons au château
Salon du livre - En famille
Des petits éditeurs gonflés, des illustrateurs innovants, des expos et des ateliers… 
Venez vivre le grand frisson et faire le plein d'émotions au Salon du livre de Saint-Priest traversé cette année par le thème de la peur. Par Aude Spilmont.
 
Déjà 13 ans que le Salon de la petite édition et de la jeune illustration célèbre la liberté de ton et de traits. D'où une réputation, bien méritée, à l'échelle nationale. Cette année encore, du 16 au 18 novembre, une cinquantaine d'auteurs, illustrateurs et éditeurs à la démarche artistique innovante viendront prendre leurs quartiers au château et à la médiathèque de Saint-Priest. Avec, pour la première fois, la présence d'éditeurs de romans graphiques et de micro-éditeurs de fanzines illustrés, à l'instar d'Hoochie Coochie qui sera célébré cette année à Angoulême. Une belle nouveauté qui devrait permettre de mieux faire le pont entre différentes générations de lecteurs gloutons, qu'ils soient adolescents ou très grands. Mais point de cloisonnement ! Intergénérationnel et ouvert à ce qui se fait de mieux dans la création indépendante littéraire et graphique, ce salon n'oublie pas les plus petits. Rencontre avec l'éditeur Julien Magnani et l'illustrateur Olivier Philipponeau.
 
Rencontre 
Les codes de l'image chamboulés
Créées début 2012, les éditions Magnani se distinguent déjà par la forte identité plastique et narrative de leurs albums. Rencontre avec un éditeur militant, Julien Magnani.

Letableau_magnani

 
Pourquoi avez-vous pris le risque de créer une nouvelle maison d’édition dans un paysage que certains qualifient de saturé ?
Beaucoup de livres sont conçus en amont de la chaîne éditoriale comme des contenants par défaut, que l’on pourrait retrouver sur IPad ou IPhone. Je crois essentiel d’affirmer le livre comme un support de création en tant que tel et non comme un simple outil de lecture. Mon positionnement éditorial est aussi clairement tourné vers la littérature de l’image. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir et de suivre de jeunes auteurs qui se placent dans le champ du dessin contemporain et de la modernité. Je n’ai pas vocation à éditer ce qui a déjà été vu et revu.
 
Quelle est la place de la jeunesse dans votre catalogue ?
Les départements jeunesse sont apparus dans les grandes maisons d’édition dans les années 70, par souci marketing. Mais le terme de littérature jeunesse est teinté d’ambivalence. Où placer Le Petit Prince de Saint-Exupéry ou L’Île au trésor de Stevenson ? Dans le champ de la littérature pour enfants ou pour adultes ? On voit bien que ce cloisonnement n’a pas vraiment de sens. Je publie des livres illustrés non pas sur des critères d’âges, mais pour leur importance sur le plan artistique et littéraire. Un livre fort peut avoir plusieurs niveaux de lecture selon l’âge auquel on le lit.
 
Vous êtes néanmoins très soucieux de toucher le jeune public… 
À l’heure du numérique et de la dématérialisation des contenus, je crois qu’il est très important que les enfants continuent à lire des livres, qui sont un peu comme des objets transitionnels. Il n’y a pas seulement le plaisir de l’objet livre que l’on touche, feuillète et partage entre générations. Le livre participe aussi au développement de l’enfant. Il sollicite son imaginaire et sa faculté à donner du sens aux images immobiles, à leurs silences et à leur unité.
 
Comment expliquez-vous le succès d’estime de vos premiers ouvrages ? Je songe en particulier à l’album Le Tableau de Marion Fayolle…
Marion Fayolle est très jeune. Elle fait partie d’une génération qui a digéré les codes, autrefois segmentés, de l’album jeunesse, de la BD et de l’art contemporain, et a réussi à les amalgamer en proposant une écriture de l’image hybride et novatrice. C’est un trait qu’elle partage avec les autres auteurs que je publie : Simon Roussin, Annabelle Buxton… Tous ont également la caractéristique d’être des narrateurs de l’image autant que des mots. On peut être un illustrateur virtuose mais dénué d’intention littéraire. Cette dimension narrative transcende pour moi l’écriture du livre illustré. Je suis très attaché à la culture du manuscrit. 
 
Photo Le Tableau de Marion Fayolle – Éditions Magnani
 
 
Portrait
Un trait qui ne triche pas
Olivier Philipponneau, illustrateur pour enfants et auteur de bandes dessinées, parle de son travail avec une modestie non feinte et sans emphase. À l’écouter, on retrouve son trait simple, dont l’expressivité épurée va à l’essentiel. Qu’on ne s’y trompe pas, il faut pourtant beaucoup de temps à Olivier Philipponneau pour réaliser ses illustrations dénuées de tout oripeau artificiel. Car sa technique de prédilection, la gravure sur bois, nécessite à la fois patience et finesse d’exécution. Il dessine d’abord sur sa planche de bois de tilleul, creuse avec des gouges, imprime chaque couleur l’une après l’autre… Et s’il affectionne l’aspect organique de cette technique, il dit aussi qu’elle empêche de tricher. “On ne peut pas retoucher la gravure sur bois comme le dessin d’ordinateur. Chaque petite imperfection amène aussi de la vie, comme une part de vérité”. Depuis Le Ballon de Zébulon, magnifique album réalisé avec l’auteur Alice Brière-Haquet, le duo a continué de fonctionner sur trois autres albums. “Bien souvent, l’illustrateur n’a pas de contact avec l’auteur. Pour nous, c’est important d’être en synergie dès le début du projet et de le faire évoluer dans une sensibilité commune”. En témoigne leur dernier-né, Le Peintre des drapeaux (Éditions Frimousse). Dans cet album qui aborde sans infantilisme le thème de la guerre, texte et images semblent respirer de concert pour nous offrir une part d’humanité. 
 
Olivier Philipponneau sera présent à Saint-Priest pour des rencontres et ateliers. Une exposition permettra de découvrir l’ensemble des illustrations de son dernier album, des photos des différentes étapes de la gravure et une vitrine des outils.
 
Et encore
Même pas peur ! 
Cette année, le salon invite les enfants qui prennent un malin plaisir à avoir les chocottes à se faire de douces frayeurs… Au programme :
> Découvrir l’univers parfois étrange et inquiétant de la jeune auteure illustratrice Julie Lannes, qui signe l’affiche du Salon. Son dernier ouvrage, Chimères génétiques, a été récompensé par le prix Sorcière 2012 du documentaire. 
> Entrer dans l’exposition Le Train fantôme, parcours insolite imaginé par les Éditeurs Associés, et se laisser surprendre dans la semi-pénombre par des illustrations grand format, des livres en mouvement, une musique aux tonalités inquiétantes, des effets de rideaux...
> Attention à Minestrone, la marionnette dévoreuse de livres, qui déambulera aussi dans le Salon en quête d’auditeurs. Elle pourrait bien sortir de sa bibliothèque ambulante des histoires de monstres ou de sorcières. 
> Comme chaque année, les enfants pourront également faire le plein d’ateliers (sérigraphie, retouches photos pour transformer la plus belle personne en créature terrifiante…).
 
 
Salon du livre “Petite édition Jeune illustration” : les 16,17 & 18 novembre. Au château de Saint-Priest et à la médiathèque F.-Mitterrand. 
Entrée libre. Rens. 04 78 21 79 14. 
 
 
Feuilles volantes
Land art - En famille
Rouges, jaunes ou ocre, les feuillages des arbres s’invitent sur les trottoirs. Pour l’occasion, le Festival des feuilles, insolite rendez-vous lyonnais, imagine une programmation art et nature. Première étape : mettre l’automne sens dessus dessous dans les piscines de feuilles mortes installées au parc de la Tête d’Or, au sol, et même à la cime des arbres ! Des œuvres éphémères de land art parsèment aussi les sous-bois, tandis que s’organisent ateliers créatifs, écriture de haïku ou cours de tai-chi. Et puisque l’automne est partout, le quartier de la Guillotière imagine également une journée festive, autour d’une grande soupe collective et de multiples rendez-vous artistiques sur le thème de la nature. Une belle réponse aux citadins qui se demandent parfois : où sont les arbres ?
 
Julie Banos
 
Fête des feuilles : du 17/11 au 2/12. Les 17 et 18/11 : animations au Parc de la Tête d’Or. Le 24/11 : une journée Art / Nature au cœur de la Guill’. www.fetedesfeuilles.com
 
Derrière les images
Sciences - Dès 6 ans
La 26e édition du festival À nous de voir s’intéresse à l’invisible et au non-dit. Un programme ambitieux pour un festival qui cherche depuis ses débuts à partager avec les spectateurs, de tous les âges, les différentes pistes de compréhension des images. Qu’est-ce qui se lit à travers les films qui nous racontent le monde ? Comment les comprendre ? Comment en parler ensemble ? Les pesticides, mais aussi le bonheur, les jardins, ou encore l’énigme physique du Boson de Higgs sont ainsi mis à la portée de chacun. Pour découvrir le plaisir de voir par soi-même, cinq séances sont organisées pour le jeune public. Ainsi, “La nature à hauteur des yeux”, “Moi et les autres”, ou encore “Un monde à imaginer” proposent une sélection de longs et de courts métrages qui éveillent à la fois les sens et la compréhension des plus jeunes.
 
Julie Banos
 
Festival À nous de voir. Cinéma et sciences : du 16/11 au 25/11, Théâtre de la Renaissance, Oullins. Journée Jeune public le mercredi 21/11. www.anousdevoir.com
 
Karimouche : en garde !
Musique - Dès 8 ans
Festival de chanson française, La Voix des mots invite des chanteurs à textes qui sont aussi, et surtout, des artistes de scène, comme Dominique A ou Claire Diterzi. Avec eux, la chanson devient un véritable spectacle, drôle, enlevé, visuel, incarné. Comédienne à 12 ans, Karimouche assurait déjà des one woman show à 18 ans. Après dix ans de tournée avec la compagnie Käfig, comme costumière puis comédienne, c’est une évidence : Karimouche est taillée pour la scène. Sa gouaille, son humour et son tempérament de feu transforment ses concerts en irrésistibles stands up musicaux. À rebours des clichés de la beurette de banlieue, Karimouche – qui est une Lyonnaise d’origine charentaise ! – ne s’enferme pas dans du R’n’B clinquant ou du rap vindicatif. Fan d’Eminem et de Brel, de Miss Dynamite et de Frehel, la grande chanteuse réaliste des années 30, Karimouche mêle avec talent les musiques urbaines à la chanson réaliste. Elle aime “l’écriture cash, les mots simples, les situations très imagées, comme des courts métrages”. Dans Emballage d’origine, son premier album, elle raconte des histoires du quotidien, d’amour, de galères de trentenaire - Ché pas ce ke j’veuxParasites. Ses chansons, elle les écrit “comme des sketchs” : il faut donc les déguster en live, et se laisser emporter par cette tornade d’humour et d’énergie communicative.
 
Anne-Caroline Jambaud
 
Karimouche : vendredi 16/11 à 20h30 au centre culturel Charlie-Chaplin de Vaulx-en-Velin. www.centrecharliechaplin.com

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