Cette semaine, Georges prend la pose, Fabrice Melquiot dévoile trois nouveaux spectacles, il y a de la danse dans l’air et Daniel Pennac nous parle d’Ernest et Célestine
T'as vu Georges ?
Dans la vie, il y a ceux qui pensent que Georges est un beau gosse qui jongle avec des capsules de café… et ceux qui savent que Georges est
le plus séduisant des bookzine* pour enfants. Pour consoler les premiers et féliciter les seconds d’avoir
aussi bon goût, les Éditions Grains de Sel invitent tout le monde à rencontrer Georges et ses amis en traits et en couleurs.
Auteur de théâtre prolifique,
dramaturge et poète, le nouveau directeur du théâtre Am Stram Gram de
Genève porte trois nouveaux spectacles sur les scènes lyonnaises.
Rencontre avec un explorateur au verbe aiguisé, qui
arpente sans relâche le territoire de l'enfance et de la jeunesse. Par
Blandine Dauvilaire.
Bookzine – illustration - En famille
> Jusqu’au 3 janvier, le
petit-petit-petit magazine trimestriel qu’adorent les 7 - 12 ans (et
leurs parents) installe les illustrations issues de ses pages pour
présenter son univers graphique et décalé à la librairie Datta.
Cette exposition est calquée sur les rubriques du magazine : on retrouve
au mur des histoires savoureuses (celle d’Arnaud Boutin dans sa laverie
automatique et celle de Fleur la super-hérote de
Gwen
Keraval). Des jeux extraits des différents numéros de Georges
(moustache, valise, cupcake, éléphant, trompette, lunettes…). Ou encore
les fameuses rubriques-à-brac qui invitent à découvrir un métier, une
scène de film culte à rejouer ou encore prendre
un petit cours de langue express.
Roulement de tambour… qu’on se le dise : au centre de la galerie, mesdames et messieurs, les papertoys de Georges sont
à disposition : éléphant, trompette ou baril de lessive à monter et emporter chez soi !
> Vous en voulez encore ? Du 5 janvier au 9 février, toujours chez Datta,
10 illustrateurs talentueux exposent une affiche-jeu.
Les œuvres réalisées sont sérigraphiées et tirées au format 50 x 70 cm.
Au menu de ce festin de couleurs : Séverin Millet s’empare des 7
erreurs ; Arnaud Boutin cherche l’intrus ; Aurélie Guillerey et THTF
prennent un malin plaisir à cacher des personnages ;
tandis qu’Agathe Demois nous entraîne dans sa jungle. Et pour savoir ce qu’ont préparé Tom Henni, Fabrice Houdry et Ben Javens… il faudra vous déplacer !
Blandine Dauvilaire
* Livre-jeu graphique composé d’histoires, d’illustrations, de rubriques-à-brac et de beaucoup d’esprit.
Datta, 10 rue du Griffon, Lyon 1er. Tél. 04 82 33 68 62. Le lundi,
de 13h à 20h. Du mardi au samedi, de 11h à 20h. Entrée libre.
Georges s’expose chez Datta : jusqu’au 03/01/2013. Vernissage le 13/12 dès 18h30.
Play Ground Posters : du 05/01 au 09/02/2013.
Illustration ©Séverin-Millet
Théâtre – Dès 6 ans
Fabrice Melquiot : le metteur en mots
Vous voilà de retour avec une adaptation de Frankenstein ; Alice
au pays des merveilles, un cirque-poème dont vous signez la dramaturgie et Aucun homme n’est une île,
pièce réunissant un comédien réel et un personnage de réalité virtuelle.
Ces projets singuliers ont en commun de faire dialoguer les arts…
Frankenstein me
tenait particulièrement à cœur. Je voulais arriver au théâtre Am Stram
Gram par et avec ce livre, ça me plaisait de m’installer à côté de ce
mythe littéraire,
en tout cas de sa genèse [NDLR : le roman a été écrit par Mary Shelley
au bord du lac Léman en 1818]. C’est Paul Desveaux qui assure la mise en
scène de cette pièce musicale.
C’est une adaptation très libre…
Oui, à la fois très libre et en
même temps très fidèle à la trame figurative du roman. Je préserve la
rencontre entre le capitaine Walton et Victor Frankenstein, ainsi que
les crimes perpétrés par la créature. Mais il
n’y a jamais de violence, c’est pour ça que Paul et moi avions le désir
que la créature soit représentée par une grande marionnette que j’ai
appelée Beurk. L’humour, la distance, la poésie ne sont jamais absents
de la manière dont Paul a mis les choses en œuvre.
La liberté que j’ai prise par rapport au roman de Mary Shelley, c’est
qu’elle est convoquée sur scène comme une sorte de metteuse en scène de
son livre.
Alice au pays des merveilles est une toute autre aventure…
Brigitte Gruber, qui codirige le Gruber Ballet Opéra, avait le désir de travailler autour d’Alice au pays des merveilles avec
la
troupe acrobatique de Tianjin en Chine. Je sortais d’un stage avec des
artistes circassiens et j’avais envie de creuser cette théâtralité
particulière. Mon travail a consisté à déterminer une sorte de schéma
dramaturgique, en essayant de saisir quelles spécialités
circassiennes pouvaient permettre de raconter les scènes d’Alice, dans
une forme de cirque-poème. On est plus dans une évocation poétique
d’Alice, une transposition de la fable de Lewis Carroll dans l’univers
des grandes villes chinoises d’aujourd’hui. Ce qui
veut dire que j’ai écrit du silence, il n’y a pas de texte. Renaud
Cohen, le metteur en scène, a pris le relais sur la base de ce canevas.
Avec Aucun homme n’est une île, vous ouvrez les portes d’un monde virtuel…
Roland Auzet, le directeur du
théâtre de la Renaissance, m’a parlé d’Oscar, personnage de jeune
adolescent virtuel, et m’a présenté Catherine Ikam, sa conceptrice. La
première rencontre a eu lieu dans le salon de Catherine.
J’ai vu un tableau avec une belle moulure dorée posé sur un chevalet. En
y regardant de plus près, j’ai vu que le tableau bougeait, qu’il
s’agissait d’un écran et qu’il y avait une petit webcam sur la corniche
du tableau. Le visage d’un jeune adolescent entrait
dans un principe mimétique, adoptait toutes mes attitudes.
Roland voulait que j’écrive un
texte pour un acteur qui aurait le même âge qu’Oscar, qui serait dans un
dispositif scénique partagé avec le personnage virtuel. J’avais carte
blanche. Ce qui m’intéressait, c’était de questionner
et métaphoriser tout ce qui constitue la relation d’un individu avec un
ordinateur. J’ai tenté de proposer une vision nuancée de notre relation
aux machines, en donnant à sentir la menace qu’elle peut représenter,
mais aussi le réconfort.
Votre conception du théâtre jeune public a-t-elle évolué ?
Peut-être que je suis entraîné
aujourd’hui à faire encore plus confiance aux enfants. J’ai souvent
l’impression qu’on fantasme pour eux des limites qui ne sont pas les
leurs. Qu’on les sous-estime fréquemment. Je suis
de plus en plus convaincu qu’on n’écrit pas pour les enfants. Le
formuler de cette manière est une erreur. Je poursuis cette exploration
depuis l’enfance, depuis la jeunesse, ça oui, et sur des petits coins de
moi-même en attendant, en espérant des résonnances,
et je sais que je n’ai pas fini d’explorer ça.
. Frankenstein (dès 9 ans) : le 12/12 à 19h au théâtre de la Renaissance à Oullins. Tél. 04 72 39 74 91. www.theatrelarenaissance.com
. Alice au pays des merveilles (dès 6 ans) : du 18/12 au 1er/01/2013 au théâtre des Célestins, Lyon 2e.
Tél. 04 72 77 40 00.
www.celestins-lyon.org
www.celestins-lyon.org
. Aucun homme n’est une île (dès 8 ans) : le 30/01 à 17h et le 1er/02/2013 à 19h au théâtre de la Renaissance à
Oullins. Le 8/02/2013 au théâtre Théo-Argence à Saint-Priest.
Tél. 04 78 20 02 50. www.theatretheoargence-saint-priest.fr
Tél. 04 78 20 02 50. www.theatretheoargence-saint-priest.fr
Portrait de Fabrice-Melquiot © Jeanne-Roualet
Frankenstein © Elisabeth Carecchio
C'est mag(n)ifique !
Danse - Dès 5 et 8 ans
L’enfance a laissé son empreinte dans l’œuvre que présente le chorégraphe Thierry Malandain. C’est d’ailleurs l’expression “ magifique
”,
qu’il employait petit pour qualifier ses coups de cœur, qu’il a choisie
comme titre pour cette pièce interprétée par le Malandain Ballet
Biarritz. Sur des tubes de Tchaïkovski (La Belle au bois dormant, Le
Lac des cygnes, Casse-Noisette),
ses danseurs composent des tableaux épurés aux reflets démultipliés par
les jeux de miroirs,
des figures à l’architecture parfaitement maîtrisée, entrecoupés de
souvenirs personnels et d’un zeste de malice. Sa danse néoclassique,
belle, vigoureuse, contraste parfois avec ces partitions si sages. Elle
impressionne aussi souvent par la liberté qu’elle
s’octroie. Malandain a grandi, ses rêves aussi.
Blandine Dauvilaire
Magifique : du 13 au 23/12 à la Maison de la danse, 8, avenue Jean-Mermoz, Lyon 8e. Tél. 04 72 78 18 00. www.maisondeladanse.com Version
longue
(dès 8 ans) : 1h20. Tarifs de 17 à 29 €. Séances Complices les 15 et
19/12 à 15h, réservées aux enfants de 5 à 14 ans accompagnés d’un
adulte : durée 50 mn, placement libre. Tarifs Complices : 11 € / enfant,
17 € / adulte.
Autour du spectacle :
. À voir avant de venir : La Minute du spectateur sur www.maisondeladanse.com
(2 mn d’infos sur la compagnie, la pièce etc.) pour profiter encore plus de la représentation.
(2 mn d’infos sur la compagnie, la pièce etc.) pour profiter encore plus de la représentation.
. Le 14/12 à l’issue du spectacle : Rencontre bord de scène (échange entre le public et les artistes). Accès libre et gratuit.
. Le 15/12 à 16h, On danse en famille (atelier d’initiation à la danse avec les danseurs de la compagnie). 5 €, sur inscription.
. Le 16/12 de 10h30 à 12h, Maison nomade : visite en famille (6-12 ans) au musée des Beaux-Arts. Réservation : www.mba-lyon.fr
Faites vos jeux
Danse - Dès 7 ans
Pour donner aux enfants comme
aux parents le goût de la danse contemporaine, aiguiser la curiosité de
chacun, l’équipe du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape a
imaginé un nouvel événement sur le thème
du jeu : Play Time. Trois propositions artistiques sont au menu :
. Partituur d’Ivana
Müller, spectacle interactif où chaque participant, équipé d’un casque
audio, accepte ou non de suivre les
consignes données par les membres de la compagnie. Transformation en
star du rock, rencontre avec un monstre etc., les choix de chacun
participent à la création d’une performance unique.
. P’Lay’s du collectif Ès, tel un jeu de société, cette chorégraphie repose sur le rapport ludique entre ses interprètes, qui
s’engagent physiquement dans la partie avec une pointe d’humour.
. Sans de Martine Pisani, réunit trois garçons sur un plateau nu. De maladresses en malentendus, ils développent une gestuelle
poétique, construisent peu à peu une vraie chorégraphie et interrogent la part du jeu qui les anime.
Blandine Dauvilaire
Play Time : au CCN, 30 ter, avenue Général-Leclerc à Rillieux-la-Pape. Tél. 04 72 01 12 30. www.ccnr.fr
> Partituur (dès 7 ans) : le 12/12 à 11h, 15h et 16h. Durée : 30 mn.
> P’Lay’s (dès 7 ans) : le
12/12 à 10h30 et 16h30. Durée : 20 mn. À 14h30, atelier danse en famille
animé par les danseurs de la compagnie, suivi d’un goûter.
> Sans (dès 10 ans) : le 18/12 à 20h30. Durée : 55 mn.
Tarifs : de 4 à 10 €.
Ernest et Célestine
Cinéma - Dès 5 ans
Dans le monde de Célestine,
celui des petites souris qui vivent sous nos pieds, l’ours est
absolument terrifiant. Il n’aurait qu’une envie : croquer le plus
possible de petits mulots pour nourrir sa grosse carcasse. Célestine
ne comprend pas qu’on puisse être aussi méchant. Aussi, lorsqu’elle
rencontre Ernest, un musicien affamé, n’a-t-elle pas vraiment peur. Elle
le convainc de ne pas la manger toute crue et de l’aider plutôt à
assumer sa passion : dessiner, quand son entourage
a, pour elle, un destin tout tracé. Elle sera dentiste, comme toutes les
souris.
Adapté des albums de Gabrielle
Vincent, l’amitié d’Ernest et Célestine est un miracle de l’animation
française. Une histoire hors du temps magnifiquement mise en images, en
aquarelle même, par un jeune réalisateur de
24 ans, Benjamin Renner, astucieusement animée par le duo belge Pic Pic
André et merveilleusement racontée et dialoguée par Daniel Pennac. Tout
est réussi : l’intrigue est riche et variée, peuplée de personnages et
de situations justes, les dessins sont d’une
maîtrise infinie, la relation idéale entre l’ours (l’adulte) et l’enfant
(la souris) subtilement décrite et parfaitement équilibrée. Il faut
voir ce magnifique conte d’aujourd’hui, cette apologie nécessaire,
tendre et drôle de la tolérance et de la différence
qui a eu les honneurs de la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes en
2012. Ce qui est suffisamment rare pour être noté…
Véronique Le Bris
Sortie le 12 décembre.
De Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier. Durée 1h19.
> Au Comœdia dès le 12 décembre + Ciné-goûter et atelier le 19 décembre à 14h.
3 questions à Daniel Pennac, scénariste et dialoguiste d'Ernest et Célestine
Que saviez-vous d’Ernest et Célestine avant d’arriver sur le projet ?
Quand Didier Brunner, le producteur, m’a appelé, je lui ai raconté ceci. Dans les années 1980, je venais de finir Cabot-caboche,
un livre pour enfants où un chien dresse sa maîtresse, quand j’ai découvert dans une librairie Un jour, un chien,
un recueil de dessins au crayon et au fusain, sans texte,
dans lequel un chien était jeté d‘une voiture et errait jusqu’à sa
rencontre avec un petit garçon. Ce livre m’a tellement plu que j’ai
écrit à son auteur et entretenu avec elle une relation épistolaire d’une
dizaine d’années. Je n’ai jamais ni parlé ni rencontré
Gabrielle Vincent, mais elle a beaucoup évoqué les albums sur lesquels
elle travaillait, notamment toute la série des Ernest et Célestine que je lisais à ma fille le
soir.
Comment avez-vous abordé l’écriture de ce scénario, une activité nouvelle pour vous ?
J’ai d’abord tenu à me mettre
bien d’accord avec le producteur sur l’histoire à écrire. Les albums
sont de tout petits motifs, de brèves intrigues et aucun d’eux ne peut
faire l’objet d’un long métrage. Il fallait donc
créer la rencontre des deux héros, les sortir de leur monde pour sceller
leur amitié. Célestine vient du dessous, un univers où il est difficile
de vivre si on est différent, et la petite souris refuse d’être
dentiste comme on le lui impose. Ernest a rejeté
la lignée familiale de juges pour être musicien. Dans mon histoire,
chacun sort de son monde, Ernest trouve Célestine dans une poubelle, une
amitié naît entre eux, qu’ils devront défendre envers et contre tout.
Ensuite seulement, les différents albums de Gabrielle
Vincent prennent leur place dans le scénario.
Les dialogues sont de très grande qualité. Qu’est-ce qui vous a inspiré ?
Je les ai soignés bien sûr et
adaptés aux contraintes techniques. J’ai pensé à Dickens, à son humour
si particulier qui crée une petite distance, pas très réaliste, de
manière à ce que la réalité décrite soit supportable.
Pour dédramatiser. J’ai adoré ce travail d’équipe qui me change de ma
solitude habituelle. C’est un texte qui doit être traduisible en images.
Pour le tester, j’ai fait une lecture devant toute l’équipe. Quand je
lisais, j’ai remarqué que les réalisateurs prenaient
des notes… sous la forme de dessins. Et quand ils n’ont pas pu le faire,
c’est que la scène n’était pas représentable comme telle. Il fallait
donc la réécrire. C’est une très belle expérience, où toutes les
conditions étaient idéales pour chacun d’entre nous.
Propos recueillis par Véronique Le Bris.
> Daniel Pennac a écrit un livre à partir du scénario. “Un livre qui reprend l’histoire et sur lequel j’ai mis en place un principe narratif dont je suis content : Ernest et
Célestine discutent avec moi, le lecteur s’en mêle et leur histoire est tout de même racontée”, précise-t-il.
Le Roman d’Ernest et Célestine (Éditions Casterman). 14,50 €.




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