Que faire pendant les vacances ? Aller au(x) musée(s), découvrir le travail de Jérémy Gobé, admirer les dépliages d’origami d’Aï Kitahara et plonger avec délice dans la rétrospective Charlie Chaplin.
Lumières sur la ville
Jérémy Gobé n’est pas un artiste
comme les autres. Il suffit de croiser le travail du lauréat du prix
Bullukian 2011, âgé de 26 ans, pour être frappé par le talent
vertigineux et l’humanité qui s’en dégagent. Intitulée Monument
aux mains, sa première exposition personnelle révèle une vision altruiste de l’art. “Je veux donner. Je veux échanger, rencontrer, transmettre”,
dit-il
simplement. Pour ce faire, il récupère des objets anciens auxquels il
donne une nouvelle vie grâce à l’ajout de matière textile. Ainsi, sur
un miroir ovale, il a drapé et plissé minutieusement - en hommage à ses
employés - la toile écrue trouvée dans
une usine des Vosges désormais fermée. L’ensemble tient miraculeusement
en équilibre. Plus loin, ses spirales et tourbillons bicolores ont
transformé le devant d’une porte en sculpture monumentale. Mais c’est sa
rencontre avec l’artiste textile Simone Pheulpin,
née en 1941, qui est à l’origine de l’une des sculptures les plus
émouvantes de l’exposition. Elle lui a offert une pièce qu’elle ne
pouvait terminer, il l’a ourlée de délicatesse, et leurs plissés se sont
répondus pour former un seul et même un paysage immaculé.
Extraordinaire.
Exposition - Dès 6 ans
Au 18e siècle,
la ville de Lyon en plein essor occupait une place de première
importance sur l’échiquier européen.
Le musée d’Histoire de Lyon rend hommage à ces hommes et ces idées qui
ont fait palpiter la cité, à travers une exposition richement
documentée. Muséographie plus vivante et colorée qu’à l’accoutumée,
bibliothèques de la connaissance, tablettes numériques,
et surtout parcours ponctué de jeux pour les enfants, invitent à plonger
dans ce “ Siècle surprenant ” en famille.
Pour comprendre l’urbanisme, la
vie quotidienne ou les métiers d’art de l’époque, les petites mains
pourront déplacer les monuments sur un plan, réaliser une frise inspirée
de la marqueterie, trouver la correspondance
entre objets d’hier et d’aujourd’hui, dessiner le motif d’un tissu
précieux sur le mur (au musée seulement et pas à la maison !),
s’entraîner à broder sur des cartons perforés… comme au temps des
Lumières. Quelques cartels sont aussi spécialement conçus pour
répondre aux questions des petits curieux. Enfin, dans la cour du musée,
parents et enfants s’entraîneront à danser la matelote en suivant les
indications collées au sol. Les plus timides se contenteront d’une
simple révérence.
Blandine Dauvilaire
Lyon au 18e, un siècle surprenant ! : jusqu’au 5 mai 2013 aux musées Gadagne,
1, place du Petit-Collège, Lyon 5e. Tél 04 78 42 03 61. www.gadagne.musees.lyon.fr
Du mercredi au dimanche, de 11h à 18h30. Tarifs : gratuit - 26 ans, 7 € / adulte. Livret jeu gratuit pour les enfants.
> Autour de l’exposition (sur
réservation au 04 37 23 60 46) : ateliers faïence 7-12 ans ; ateliers
philo/arts plastiques 7-12 ans ; ateliers sciences 9-15 ans.
Arrêt sur images
Exposition - En famille
Passionné de photographie depuis
sa plus tendre enfance passée dans la ferme du Garet, près de
Villefranche-sur-Saône, Raymond Depardon est resté cet observateur
rigoureux du monde qui l’entoure. Grand reporter, cofondateur
de l’agence de photojournalisme Gamma, il voue au terroir hexagonal un
amour particulier qui l’a poussé, de 2004 à 2010, à partir seul sur les
routes en camping-car pour l’immortaliser. “ La
France que je voulais
photographier, c’est celle d’où je viens, celle du Tour de France, des
ronds-points et des villages ou moyennes villes, avec des petites zones
industrielles ou urbaines qui se ressemblent toutes et qui sont très peu
photographiées ”,
précise-t-il. C’est ce témoignage teinté de mélancolie, présenté à Paris
en 2010, qu’il livre aujourd’hui à Lyon à travers 43 tirages
argentiques couleurs de très grand format (1,60 m x 2 m). Des paysages
de la France profonde et de son littoral (légendés dans
une salle à part pour ne pas entraver le regard), où champs et petits
commerces affichent des couleurs vives, comme un rempart à la morosité.
Documents de travail et archives éclairent la démarche de cet artiste
qui creuse son sillon avec obstination.
Blandine Dauvilaire
La France de Raymond Depardon : jusqu’au 2 mars 2013. Plateau du conseil régional Rhône-Alpes, 1, esplanade F.-Mitterrand, Lyon 2e. Du
lundi au samedi, de 10h à 19h. Entrée libre.
> Et pour en savoir plus : Journal de France, film de Claudine Nougaret et Raymond Depardon, DVD (15 €) et Blu-Ray (20 €). Arte
Éditions. 1h40.
L'homme aux doigts d'or
Art contemporain - En famille
Dans un autre registre, le
plasticien développe jusqu’en février un projet de sculptures à partir
de vêtements donnés par des Lyonnais. Enfermés dans un cocon “tissé” par
l’artiste, chacun devient une œuvre unique habitée
de mémoire.
Jamais décoratifs, les objets
sublimés avec rigueur par ce fils de militaire racontent tous une
histoire. En érigeant ce Monument aux mains, il a définitivement choisi
son camp : celui de la liberté et de la poésie.
Blandine Dauvilaire
Monument aux mains : jusqu’au 16 février 2013 à la Fondation Bullukian, 26, place Bellecour, Lyon 2e.
Tél. 04 72 52 93 34. www.bullukian.com Entrée
libre du mardi au samedi de 12h à 19h.
Photo : Quatre mains, tissu des Vosges
et épingles. 2012. Jérémy Gobé. Sculpture réalisée en collaboration avec l’artiste Simone Pheulpin © Jérémy Gobé.
Remise à plat
Dépliages d'origami - Dès 7 ans
Aï Kitahara expose pour la
première fois ses dépliages. À partir d’éléments d’origami
traditionnels, cette artiste japonaise déplie la matière, opère une
destruction de l’objet existant, pour lui donner une autre forme.
Au centre de la galerie trône un dépliage géant qui fut autrefois un
oiseau. Remis à plat, le papier qui a conservé les traces de l’œuvre
initiale évoque presque encore un animal. Autour, une dizaine de
pièces-sculptures réalisées dans divers papiers, en grès,
ou de manière plus expérimentale en porcelaine, attendent d’être
regardées pour livrer, peut-être, un fragment de mémoire. En complément,
Aï Kitahara présente une série d’œuvres sur le thème de la frontière,
qui viennent dialoguer avec le travail de l’autre
artiste invitée : Daphné Nan Le Sergent. Née en Corée, celle-ci
questionne par le biais de l’image et de la vidéo notre rapport à la
délimitation du territoire.
Blandine Dauvilaire
Dépliements : jusqu’au 19 janvier 2013 à la BF15, 11, quai de la Pêcherie, Lyon 1er.
Tél. 04 78 28 66 63. www.labf15.org Du
mercredi au samedi, de 14h à 19h. Entrée libre.
Transmettre l'histoire
Histoire - Dès 8/10 ans
Enfin rouvert, le Centre
d’histoire de la Résistance et de la déportation fête ses 20 ans avec
une nouvelle exposition permanente. Plus documenté, enrichi de 30 points
audiovisuels, ce parcours raconte à partir d’éléments
concrets les événements tragiques de la seconde guerre mondiale. Éclats
d’obus et masques à gaz pour évoquer les bombardements de Lyon, fragment
du parachute de Jean Moulin pour aborder la Résistance, matériel de
faussaire, jeux confectionnés par les prisonniers
dans les camps… Le but est d’interpeller les (jeunes) visiteurs sans
plomber leur visite. En ce sens, la seconde partie de l’exposition
apporte une respiration bienvenue. Le public est invité à traverser
trois décors d’époque : une place de la Croix-Rousse
à la nuit tombée, un intérieur lyonnais et une cave abritant une
imprimerie clandestine. Ces reconstitutions de grande qualité, où
résonnent les messages de Radio Londres, “ parlent ” vraiment à tous. Un
lieu à (re)découvrir absolument.
Blandine Dauvilaire
Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation de Lyon : 14, avenue Berthelot, Lyon 7e.
Tél. 04 78 72 23 11. Du mercredi au dimanche, de 10h à 18h. Entrée gratuite - 26 ans, 4 € / adulte. www.chrd.lyon.fr
Visites en famille, dès 8 ans :
les 23 et 30 décembre à 15h. Le 27 décembre à 14h30. Le 3 janvier à
10h30. Durée 1h30. Gratuit pour les enfants, 3 € / adulte + entrée du
musée. Sur réservation.
Cinéma - Dès 6 ans
“ Avec Chaplin, la technique inventée par les frères Lumière est devenue un art. ”
Entretien avec Fabrice
Calzettoni, responsable pédagogique de l'Institut Lumière, qui consacre
une rétrospective à Charlie Chaplin. Par Anne-Caroline Jambaud.
Aussi connu que Mickey
Tous les grands films muets de Chaplin sont abordables dès 6 ans, jusqu’au Dictateur.
Car l’univers de Chaplin est très accessible,
très enfantin - le cirque, l’aventure, etc. - et sa façon de faire du
cinéma est extrêmement lisible. L’image est hyperaboutie du point de vue
du sens. On disait déjà à son époque qu’il pouvait être vu par
n’importe qui, de n’importe quel âge, dans n’importe
quel pays. Il était l’homme, la silhouette, le visage, les plus connus
du monde.
L'art du burlesque
Il a inventé plein de procédés
comiques. Avec lui, le burlesque consiste à briser des interdits. Il
crée un personnage de méchant qui, quand il a faim, n’hésite pas à
piquer une pomme à un enfant ! Pour les enfants, à
qui on dit sans cesse “ fais pas ci, fais pas ça ”, c’est un vrai bonheur. Chaplin prenait des situations très conventionnelles et les faisait exploser en vol. Dans Les
Temps modernes, il transforme un rituel mécanique, visser des boulons, en anarchie totale. Charlot a faim dans La Ruée vers l’or ?
Il mange sa chaussure !
Des actions universelles
Du burlesque pur – la tarte à la
crème – au mélodrame pur, il met en scène des rapports entre personnes
qui sont universels : aimer quelqu’un, ne pas se laisser faire par un
agent de police quand on n’a rien fait. L’histoire
des Temps modernes est celle d’un homme qui cherche du travail pour manger.
Un sens du récit inégalé
Chaplin avait un sens du récit
qui n’a jamais été égalé dans l’histoire du cinéma. Ou peut-être par
Spielberg. Sa mise en scène était calculée à la microseconde près.
C’était un grand perfectionniste. Comme il avait gagné
beaucoup d’argent, il était son propre producteur et avait une liberté
totale. Le métrage de la pellicule lui était indifférent : il tournait
jusqu’à obtenir une parfaite lisibilité. Les Lumières de la ville a
nécessité deux ans de tournage !
De Charlot à Charlie : du 12 décembre au 4 janvier. Institut Lumière, 25 rue du Premier Film, Lyon 8e.
Tél. 04 78 78 18 95.
Les films dès 6 ans : The Kid, La Ruée
vers l’or, Le Cirque, Le Dictateur, Les
Lumières de la ville, Les Temps modernes.
Les films dès 12 ans : Monsieur Verdoux, Les
Feux de la rampe, Un Roi à New-York.
À noter aussi : deux programmes de courts-métrages sur les débuts de Chaplin et Chaplin,
de Richard Attenborough, un film s’inspirant de son autobiographie.




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