19/12/2012

Que faire pendant les vacances ? Aller au(x) musée(s), découvrir le travail de Jérémy Gobé, admirer les dépliages d’origami d’Aï Kitahara et plonger avec délice dans la rétrospective Charlie Chaplin.

Lumières sur la ville 
 
Exposition - Dès 6 ans
Au 18e siècle, la ville de Lyon en plein essor occupait une place de première importance sur l’échiquier européen. Le musée d’Histoire de Lyon rend hommage à ces hommes et ces idées qui ont fait palpiter la cité, à travers une exposition richement documentée. Muséographie plus vivante et colorée qu’à l’accoutumée, bibliothèques de la connaissance, tablettes numériques, et surtout parcours ponctué de jeux pour les enfants, invitent à plonger dans ce “ Siècle surprenant ” en famille. 
Pour comprendre l’urbanisme, la vie quotidienne ou les métiers d’art de l’époque, les petites mains pourront déplacer les monuments sur un plan, réaliser une frise inspirée de la marqueterie, trouver la correspondance entre objets d’hier et d’aujourd’hui, dessiner le motif d’un tissu précieux sur le mur (au musée seulement et pas à la maison !), s’entraîner à broder sur des cartons perforés… comme au temps des Lumières. Quelques cartels sont aussi spécialement conçus pour répondre aux questions des petits curieux. Enfin, dans la cour du musée, parents et enfants s’entraîneront à danser la matelote en suivant les indications collées au sol. Les plus timides se contenteront d’une simple révérence.
 
Blandine Dauvilaire
 
Lyon au 18e, un siècle surprenant ! : jusqu’au 5 mai 2013 aux musées Gadagne, 1, place du Petit-Collège, Lyon 5e. Tél 04 78 42 03 61. www.gadagne.musees.lyon.fr 
Du mercredi au dimanche, de 11h à 18h30. Tarifs : gratuit - 26 ans, 7 € / adulte. Livret jeu gratuit pour les enfants.
> Autour de l’exposition (sur réservation au 04 37 23 60 46) : ateliers faïence 7-12 ans ; ateliers philo/arts plastiques 7-12 ans ; ateliers sciences 9-15 ans.
 
 
Arrêt sur images
Exposition - En famille
Passionné de photographie depuis sa plus tendre enfance passée dans la ferme du Garet, près de Villefranche-sur-Saône, Raymond Depardon est resté cet observateur rigoureux du monde qui l’entoure. Grand reporter, cofondateur de l’agence de photojournalisme Gamma, il voue au terroir hexagonal un amour particulier qui l’a poussé, de 2004 à 2010, à partir seul sur les routes en camping-car pour l’immortaliser. “ La France que je voulais photographier, c’est celle d’où je viens, celle du Tour de France, des ronds-points et des villages ou moyennes villes, avec des petites zones industrielles ou urbaines qui se ressemblent toutes et qui sont très peu photographiées ”, précise-t-il. C’est ce témoignage teinté de mélancolie, présenté à Paris en 2010, qu’il livre aujourd’hui à Lyon à travers 43 tirages argentiques couleurs de très grand format (1,60 m x 2 m). Des paysages de la France profonde et de son littoral (légendés dans une salle à part pour ne pas entraver le regard), où champs et petits commerces affichent des couleurs vives, comme un rempart à la morosité. Documents de travail et archives éclairent la démarche de cet artiste qui creuse son sillon avec obstination.
 
Blandine Dauvilaire
 
La France de Raymond Depardon : jusqu’au 2 mars 2013. Plateau du conseil régional Rhône-Alpes, 1, esplanade F.-Mitterrand, Lyon 2e. Du lundi au samedi, de 10h à 19h. Entrée libre.
> Et pour en savoir plus : Journal de France, film de Claudine Nougaret et Raymond Depardon, DVD (15 €) et Blu-Ray (20 €). Arte Éditions. 1h40. 
 
 
L'homme aux doigts d'or
Art contemporain - En famille
Image2Jérémy Gobé n’est pas un artiste comme les autres. Il suffit de croiser le travail du lauréat du prix Bullukian 2011, âgé de 26 ans, pour être frappé par le talent vertigineux et l’humanité qui s’en dégagent. Intitulée Monument aux mains, sa première exposition personnelle révèle une vision altruiste de l’art. “Je veux donner. Je veux échanger, rencontrer, transmettre”, dit-il simplement. Pour ce faire, il récupère des objets anciens auxquels il donne une nouvelle vie  grâce à l’ajout de matière textile. Ainsi, sur un miroir ovale, il a drapé et plissé minutieusement - en hommage à ses employés - la toile écrue trouvée dans une usine des Vosges désormais fermée. L’ensemble tient miraculeusement en équilibre. Plus loin, ses spirales et tourbillons bicolores ont transformé le devant d’une porte en sculpture monumentale. Mais c’est sa rencontre avec l’artiste textile Simone Pheulpin, née en 1941, qui est à l’origine de l’une des sculptures les plus émouvantes de l’exposition. Elle lui a offert une pièce qu’elle ne pouvait terminer, il l’a ourlée de délicatesse, et leurs plissés se sont répondus pour former un seul et même un paysage immaculé. Extraordinaire.
Dans un autre registre, le plasticien développe jusqu’en février un projet de sculptures à partir de vêtements donnés par des Lyonnais. Enfermés dans un cocon “tissé” par l’artiste, chacun devient une œuvre unique habitée de mémoire.
Jamais décoratifs, les objets sublimés avec rigueur par ce fils de militaire racontent tous une histoire. En érigeant ce Monument aux mains, il a définitivement choisi son camp : celui de la liberté et de la poésie.
 
Blandine Dauvilaire
 
Monument aux mains : jusqu’au 16 février 2013 à la Fondation Bullukian, 26, place Bellecour, Lyon 2e. Tél. 04 72 52 93 34. www.bullukian.com Entrée libre du mardi au samedi de 12h à 19h.
 
Photo : Quatre mains, tissu des Vosges et épingles. 2012. Jérémy Gobé. Sculpture réalisée en collaboration avec l’artiste Simone Pheulpin © Jérémy Gobé.
 
 
Remise à plat
Dépliages d'origami - Dès 7 ans
Aï Kitahara expose pour la première fois ses dépliages. À partir d’éléments d’origami traditionnels, cette artiste japonaise déplie la matière, opère une destruction de l’objet existant, pour lui donner une autre forme. Au centre de la galerie trône un dépliage géant qui fut autrefois un oiseau. Remis à plat, le papier qui a conservé les traces de l’œuvre initiale évoque presque encore un animal. Autour, une dizaine de pièces-sculptures réalisées dans divers papiers, en grès, ou de manière plus expérimentale en porcelaine, attendent d’être regardées pour livrer, peut-être, un fragment de mémoire. En complément, Aï Kitahara présente une série d’œuvres sur le thème de la frontière, qui viennent dialoguer avec le travail de l’autre artiste invitée : Daphné Nan Le Sergent. Née en Corée, celle-ci questionne par le biais de l’image et de la vidéo notre rapport à la délimitation du territoire.
 
Blandine Dauvilaire
 
Dépliements : jusqu’au 19 janvier 2013 à la BF15, 11, quai de la Pêcherie, Lyon 1er. Tél. 04 78 28 66 63. www.labf15.org Du mercredi au samedi, de 14h à 19h. Entrée libre.
 
 
Transmettre l'histoire
Histoire - Dès 8/10 ans
Enfin rouvert, le Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation fête ses 20 ans avec  une nouvelle exposition permanente. Plus documenté, enrichi de 30 points audiovisuels, ce parcours raconte à partir d’éléments concrets les événements tragiques de la seconde guerre mondiale. Éclats d’obus et masques à gaz pour évoquer les bombardements de Lyon, fragment du parachute de Jean Moulin pour aborder la Résistance, matériel de faussaire, jeux confectionnés par les prisonniers dans les camps… Le but est d’interpeller les (jeunes) visiteurs sans plomber leur visite. En ce sens, la seconde partie de l’exposition apporte une respiration bienvenue. Le public est invité à traverser trois décors d’époque : une place de la Croix-Rousse à la nuit tombée, un intérieur lyonnais et une cave abritant une imprimerie clandestine. Ces reconstitutions de grande qualité, où résonnent les messages de Radio Londres, “ parlent ” vraiment à tous. Un lieu à (re)découvrir absolument.
 
Blandine Dauvilaire
 
Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation de Lyon : 14, avenue Berthelot, Lyon 7e. Tél. 04 78 72 23 11. Du mercredi au dimanche, de 10h à 18h. Entrée gratuite - 26 ans, 4 € / adulte. www.chrd.lyon.fr
Visites en famille, dès 8 ans : les 23 et 30 décembre à 15h. Le 27 décembre à 14h30. Le 3 janvier à 10h30. Durée 1h30. Gratuit pour les enfants, 3 € / adulte + entrée du musée. Sur réservation.
 
 
Cinéma - Dès 6 ans
“ Avec Chaplin, la technique inventée par les frères Lumière est devenue un art. ”
Entretien avec Fabrice Calzettoni, responsable pédagogique de l'Institut Lumière, qui consacre une rétrospective à Charlie Chaplin. Par Anne-Caroline Jambaud. 
 
Aussi connu que Mickey
Tous les grands films muets de Chaplin sont abordables dès 6 ans, jusqu’au Dictateur. Car l’univers de Chaplin est très accessible, très enfantin - le cirque, l’aventure, etc. - et sa façon de faire du cinéma est extrêmement lisible. L’image est hyperaboutie du point de vue du sens. On disait déjà à son époque qu’il pouvait être vu par n’importe qui, de n’importe quel âge, dans n’importe quel pays. Il était l’homme, la silhouette, le visage, les plus connus du monde. 
 
L'art du burlesque
Il a inventé plein de procédés comiques. Avec lui, le burlesque consiste à briser des interdits. Il crée un personnage de méchant qui, quand il a faim, n’hésite pas à piquer une pomme à un enfant ! Pour les enfants, à qui on dit sans cesse “ fais pas ci, fais pas ça ”, c’est un vrai bonheur. Chaplin prenait des situations très conventionnelles et les faisait exploser en vol. Dans Les Temps modernes, il transforme un rituel mécanique, visser des boulons, en anarchie totale. Charlot a faim dans La Ruée vers l’or ? Il mange sa chaussure !
 
Des actions universelles
Du burlesque pur – la tarte à la crème – au mélodrame pur, il met en scène des rapports entre personnes qui sont universels : aimer quelqu’un, ne pas se laisser faire par un agent de police quand on n’a rien fait. L’histoire des Temps modernes est celle d’un homme qui cherche du travail pour manger. 
 
Un sens du récit inégalé
Chaplin avait un sens du récit qui n’a jamais été égalé dans l’histoire du cinéma. Ou peut-être par Spielberg. Sa mise en scène était calculée à la microseconde près. C’était un grand perfectionniste. Comme il avait gagné beaucoup d’argent, il était son propre producteur et avait une liberté totale. Le métrage de la pellicule lui était indifférent : il tournait jusqu’à obtenir une parfaite lisibilité. Les Lumières de la ville a nécessité deux ans de tournage !
 
De Charlot à Charlie : du 12 décembre au 4 janvier. Institut Lumière, 25 rue du Premier Film, Lyon 8e. Tél. 04 78 78 18 95.
Les films dès 6 ans : The KidLa Ruée vers l’orLe CirqueLe DictateurLes Lumières de la villeLes Temps modernes
Les films dès 12 ans : Monsieur VerdouxLes Feux de la rampeUn Roi à New-York
À noter aussi : deux programmes de courts-métrages sur les débuts de Chaplin et Chaplin, de Richard Attenborough, un film s’inspirant de son autobiographie.

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